Terriennes

Femmes SDF : à la rencontre de ces "Invisibles"

Des gens passent devant une femme sans-abri assise dans l'une des tentes montées par l'association "Les enfants de Don Quichotte" sur une plage de Nice le 1er janvier 2007.
Des gens passent devant une femme sans-abri assise dans l'une des tentes montées par l'association "Les enfants de Don Quichotte" sur une plage de Nice le 1er janvier 2007.
(AP Photo/Lionel Cironneau)

Avec Les Invisibles, Louis-Julien Petit signe une comédie dramatique touchante et sincère qui met en lumière le sort des femmes sans-abri, vulnérables et peu visibles dans l’espace public. Aujourd'hui, même s'il est difficile de les recenser, on estime que deux SDF sur cinq sont des femmes. 

Lady Di, Edith Piaf, Salma Hayek, Beyoncé…  Un casting de rêve, mais ce ne sont que des noms d’emprunt derrière lesquels se cachent les personnages du troisième long-métrage du réalisateur Louis-Julien Petit, Les Invisibles, sorti en salles mercredi 9 janvier 2019.

Les femmes SDF se cachent

En 2012, selon l’INSEE, 40% des SDF étaient des femmes. Il est difficile de les recenser car, souvent, ces femmes se cachent. « Les femmes sans-abri n’appréhendent pas l’espace public de la même manière que les hommes, à cause des violences qu’elles peuvent y subir. Elles se réfugient dans des endroits où elles se pensent cachées, comme les parkings », explique Françoise Khenfer, responsable du centre d’accueil et d’hébergement pour femmes sans-abri de l’Hôtel de Ville de Paris, géré par le Samu Social de Paris.
 
La terreur est la norme quand on est une femme dans la rue.
Claire Lajeunie
 « La terreur est la norme quand on est une femme dans la rue », écrit Claire Lajeunie, dans son livre Sur la route des invisibles. La réalisatrice a passé plusieurs mois dans la rue aux côtés de ces femmes. Elle en a tiré un livre et un documentaire, qui ont inspiré le film de Louis-Julien Petit.

Une femme SDF agressée toutes les 8 heures

Selon l’association l’Entourage, une femme sans-abri est agressée toutes les huit heures en France. Violences physiques, agressions sexuelles, viols sont une source d’angoisse quotidienne pour ces femmes qui, faute de structures d’accueil adaptées, dorment dehors. « Elles ont besoin de lieux non-mixtes, rassurants pour elles », explique Françoise Khenfer. A Paris, seuls deux lieux correspondent à ces critères, avec une capacité confondue de moins de 100 places, pour une population de femmes sans-abri qui serait estimée à près de 7000.
 
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Claire Lajeunie a passé cinq mois auprès des femmes SDF.
@SarahBoumghar/Terriennes

Insoumises

Dans Les Invisibles, les femmes sans-abri ne se cachent plus. Elles sont même sur le devant de la scène, au sens propre comme au figuré. Actrices professionnelles et non professionnelles, dont certaines ont vécu dans la rue, se donnent la réplique pour donner vie à l’univers de L’Envol, centre d’accueil de jour du Nord de la France destiné à recevoir les femmes SDF. Elles y trouvent, l’espace de quelques heures, confort, répit et aide à la réinsertion grâce aux travailleuses sociales, interprétées notamment par Audrey Lamy et Corinne Masiero.

 
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Ce qui a été vu ne sera plus jamais invisible

Le jour où la municipalité décide de fermer le centre, considéré comme trop peu rentable en termes de réinsertion, les assistantes sociales mettent en place un système inédit, et illégal, autour de leurs protégées pour les aider à réchapper à leur condition et à réintégrer la société.

Pour les besoins du film, le réalisateur Louis-Julien Petit a fréquenté pendant un an plusieurs centres d’accueil au sein desquels il s’est impliqué en tant que bénévole. Il y a rencontré travailleurs sociaux et femmes SDF. En résulte une œuvre juste, qui respire l’authenticité et qui relate avec justesse et humour le combat quotidien de ces femmes pour retrouver leur dignité, tout en dénonçant un système social parfois incohérent.

« La problématique des femmes sans-abri est mal connue, mais les consciences s’éveillent sur le sujet » pour Françoise Khenfer. Selon elle, c’est notamment lors de la première Nuit de la Solidarité organisée à Paris que la mesure du problème a été prise. Et ce qui a été vu ne peut plus jamais être invisible.