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Forum Génération Égalité : 26 ans après Pékin, entre avancées, reculs, et promesses à tenir

En marge du Forum Génération Egalité, ONU-femmes a organisé un concours de dessin international, dont voici le gagnant, Brice Tadé Tangou, du Cameroun. 
En marge du Forum Génération Egalité, ONU-femmes a organisé un concours de dessin international, dont voici le gagnant, Brice Tadé Tangou, du Cameroun. 
©ONU-femmes/Brice Tade Tangou

Le Forum Génération Egalité organisé par ONU-Femmes, coprésidé par la France et le Mexique, se tient du 30 juin au 2 juillet 2021 à Paris, sous format numérique. Rassemblant des centaines de représentants d'Etat, d’organisations internationales, d’associations féministes, et d'acteurs et actrices de la société civile, cette conférence entend mettre les gouvernements face à leurs engagements de politiques concrètes. "Plus de promesses mais des financements", alerte un collectif féministe international dans une tribune. 

Un 25ème anniversaire raté l'an dernier pour cause de pandémie de Covid-19, qu'à cela ne tienne, ce sera pour 2021. Le symbole est fort car il s'agit de marquer les esprits, 26 ans après la Déclaration de Pékin, premier grand texte international d'engagement et de législation pour la défense des droits des femmes de l'histoire contemporaine.

"Hillary Clinton déclarait 'les droits des femmes sont des droits humains'. Cette conférence avait marqué une nouvelle mobilisation pour les droits des femmes avec la plate-forme et la déclaration d'actions de Pékin", déclare Cécile Ondoa Abeng, conseillère Amériques et prospectives internationales au cabinet du Président de la République française Emmanuel Macron. "Vingt-cinq ans plus tard, nous voulons dire deux choses : la première, c'est que les progrès ont été accomplis. Bien sûr, on pourrait y revenir. Il y a beaucoup de choses positives qui ont été faites pour les droits. La deuxième, en même temps, c'est qu'on a vu des reculs, qu'on a vu des attaques et que, justement, les acquis qu'on croyait assurés et consolidés ont été remis en cause", ajoute-t-elle lors d'une conférence de presse donnée à quelques jours du coup d'envoi du Forum.
 

©ONU femmes
La Déclaration et le Programme d'action de Beijing, adoptés à l'unanimité par 189 pays, constituent un programme pour l'autonomisation des femmes considéré comme le principal document de politique mondiale en matière d'égalité des sexes.

Réputée en tant que plan le plus progressiste au sujet de l’avancement des droits de la femme, la Déclaration de Beijing, avec son Programme d’Action, a été réimprimée en édition spéciale, incluant une copie de la déclaration politique, atteinte lors de la 23eme session spéciale de l’Assemblée générale en l’an 2000, qui examine le progrès envers le Programme d’Action cinq ans après son adoption.

 
A (re)lire >25 ans après la déclaration de Pékin, peut-on parler de nouvelle ère pour les filles ?
Le Forum Génération Egalité tournera autour de 4 thèmes principaux : les droits et la justice économique, pour répondre à la question de la pandémie et de la manière dont cela affecte les femmes ; les droits et la santé sexuels reproductifs ; les violences faites aux femmes ; et, enfin, les défenseures des droits et le fait que les femmes sont en première ligne pour porter leurs propres combats. Il est structuré autour de six coalitions d'action, des partenariats multi-acteurs innovants regroupant des États, des organisations internationales, de la société civile et de jeunesse, ainsi que des entreprises et des fondations philantropiques du secteur privé. 
 
Une occasion essentielle pour recréer un agenda progressiste et féministe à l'échelle internationale (...) Nous ne devons rien céder.
Emmanuel Macron, Président de la République française
Un Plan mondial d’accélération pour l’égalité entre les femmes et les hommes sera lancé à Paris, comprenant des actions élaborées par les délégués des six coalitions d’action à mettre en œuvre d’ici 2026. Le Forum Génération Égalité lancera un nouveau Mécanisme de suivi de l’Agenda “Femmes, Paix, Sécurité et Action humanitaire”, vingt-et-un ans après sa création suite au vote de la résolution 1325 par le Conseil de Sécurité de l’ONU. 
 
"Ce forum marque le 25ème anniversaire de la Déclaration de Pékin, qui est un moment, un jalon très important pour l'égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi, quelque part, les 230 ans de la Déclaration universelle de la femme et de la citoyenne écrit par la révolutionnaire française Olympe De Gouges à Paris" a lancé de son côté Olivier Ray, conseiller à l'Elysée du Forum génération égalité. "Une seule illustration : 12 millions de femmes dans le monde auraient perdu accès à une méthode de contraception à cause de la crise Covid et de ses conséquences économiques, ce qui pourrait entraîner 7 millions de grossesses non désirées. C'est juste une illustration de comment une crise sanitaire et ses impacts économiques et sociaux peuvent avoir des effets particuliers sur les femmes aujourd'hui. Donc, à court terme, on est dans un moment de régression du fait de la crise Covid, et à la sortie de cette pandémie, il y a l'enjeu de remettre ce sujet au cœur de nos préoccupations pour s'assurer que la relance sera inclusive.​", ajoute-t-il.
 
On estime qu'au rythme actuel, il faudra plus de 200 ans au monde pour parvenir à l'égalité des sexes.
Delphine O. ambassadrice Forum génération égalité
Le 30 juin, coup d'envoi du Forum lors d'une cérémonie organisée au Carrousel du Louvre, à Paris, en présence du président français et d'Elisabeth Moreno, ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances, entouré.e.s de nombreux autres représentants politiques et de gouvernement du monde entier, ainsi que de nombreux autres invité.e.s prestigieux.ses, dont Hillary Clinton, et la vice-présidente américaine Kamala Harris, qui s'exprimera par visioconférence.  
 
[Vingt-six ans après Pékin, il ne suffit plus de parler des droits des femmes. Nous devons parler du pouvoir : qui l'a, qui n'en a pas, et comment nous affrontons ce déséquilibre.]

"Les enjeux concrets de ce forum, ils ne sont pas déclaratoires, il ne s'agit pas de faire de nouveaux discours, de nouveaux textes. Il n'y aura rien de tout ça, tout ce qu'il y aura en revanche, ce sont des annonces concrètes, de la part des Etats, des organisations internationales, de la société civile, mais aussi des entreprises, des fondations, de tous les acteurs de l'égalité. On leur a demandé d'arriver avec des engagements concrets, qu'ils soient financiers ou politiques. 'Mettez quelque chose sur la table', c'était vraiment la condition de participation à ce forum",  tient à préciser Delphine O. , ambassadrice du Forum Génération Egalité, lors d'une visioconférence sur les réseaux sociaux. 
 
Pour voir le clip du Forum génération égalité sur les réseaux sociaux >


Le Secrétariat général du Forum Génération Égalité a confié à l'artiste Mai Hua la réalisation de la série Leur Génération Égalité : des portraits de femmes singulières qui constituent une source d'inspiration universelle. Voici ici la bande annonce >

 
ONU-Femmes, la Commission Européenne, la France, la Belgique et le Mexique organisent un concours mondial de dessins sur l'égalité femmes-hommes.
©ONU-femmes
Les droits des femmes en dessin

ONU-femmes, en collaboration avec la Commission européenne, la France, la Belgique et le Mexique, ainsi qu'en partenariat avec Cartooning For Peace, a organisé un concours mondial de dessin et de bande dessinée pour marquer le 25ème anniversaire de la Déclaration et du programme d'action de Pékin. 

Plus de 1200 jeunes artistes âgés de 18 à 28 ans, originaires de plus de 120 pays, ont participé au concours et ont soumis leurs dessins pour partager leur vision de la #GenerationEgalite. 
Les finalistes ont été départagés par un jury de dessinateurs.trices professionnel.le.s, d'expert.e.s en égalité des sexes et d'une jeune activiste.
©ONU-femmes/Baraka Lurhakwa
Ces dessins seront exposés pendant le Forum à Paris et virtuellement sur son site officiel ; d'autres expositions auront lieu durant la seconde moitiée 2021.  

"Les bonnes intentions ne suffisent plus"

"Au cours des dernières décennies, des voix se sont élevées pour dénoncer les violences sexuelles et sexistes partout dans le monde. Malgré l'onde de choc provoquée par #MeToo et les mobilisations féministes à travers le monde, force est de constater que les États n'ont pas pris les mesures adéquates pour s'attaquer aux racines systémiques du problème, de même qu'ils sont encore trop nombreux à continuer d'ignorer les violences qui touchent les femmes (cis et trans), les personnes trans et non binaires. Ce n'est pas acceptable. Tant que les gouvernements n'auront pas agi de manière concrète, le système patriarcal violent continuera de prévaloir, infligeant au passage des souffrances injustifiables aux femmes (cis et trans) et à toutes les personnes trans et non binaires," lit-on dans la tribune intitulée
Emmanuel Macron, les féministes du monde entier vous regardent, publiée dans la presse par le collectif Générations féministes. 
 
"Quatre ans après l'annonce de l'égalité femmes-hommes en tant que 'grande cause du quinquennat', les féministes françaises attendent toujours que des efforts concrets soient faits pour lutter contre tous les types de violences basées sur le genre, à commencer par les féminicides", écrit encore le collectif, à une semaine du Forum Génération Egalité organisé à Paris et en visioconférence.

Le collectif s'appuie sur un récent rapport de l'OCDE montrant que "les organisations de défense des droits des femmes ne reçoivent que 0,1% du total de l'aide publique au développement et 0,4% de l'ensemble de l'aide liée au genre. Les groupes travaillant sur des formes croisées de discriminations (LGBTQI+, femmes autochtones, jeunes féministes et travailleur·euse·s du sexe/personnes prostituées) sont encore moins financés". 

"Nous, féministes de France, rejoint·e·s par d'autres organisations et réseaux de différents pays, attendons plus que des mots sur le 'multilatéralisme renouvelé', insistent encore les militantes. Les bonnes intentions ne suffisent pas face à cette 'pandémie de l'ombre'. Si chaque gouvernement allouait au moins 0,1% de son PIB à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, les pays se positionneraient sur une voie plus réaliste pour y mettre fin et atteindre l'égalité des sexes".

En marge de cette tribune et en amont du Forum Génération Egalité, le collectif a organisé pendant 24 heures un tour du monde des luttes contre les violences sexuelles, à suivre sur les réseaux sociaux et sur internet. 

Des droits à consolider face à la "pandémie de l'ombre"

"Les progrès accomplis en vingt-six ans ne doivent pas nous éblouir. Les droits des femmes restent fragiles et doivent être constamment consolidés", a déclaré Elisabeth Moreno, lors d'une conférence de presse en amont du forum. 
La crise sanitaire a eu un impact disproportionné sur les jeunes filles et les femmes, en première ligne de la réponse à la pandémie et victimes des conséquences économiques, sociales et des violences sexistes et sexuelles que les militantes ont appelé la "pandémie de l’ombre".
 
La cause des femmes n’est pas un combat d’arrière-garde. C’est au contraire éminemment contemporain.
Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l'Egalité femmes-hommes
Dans le même temps, de nombreux États ont adopté ouvertement des positions conservatrices, prônant un retour aux valeurs dites familiales et prétextant des différences culturelles ou religieuses pour revenir sur les droits universels acquis par les textes internationaux, insiste la ministre. Dans ce contexte, elle a rappelé l’urgence de prendre des engagements "solides et définitifs pour éradiquer ces injustices et ces inégalités, et faire de nos sociétés des sociétés pleinement égalitaires. La cause des femmes n’est pas un combat d’arrière-garde. C’est au contraire éminemment contemporain."

Un combat contemporain, un combat au quotidien, car #YaEncoreDuBoulot comme on le dit dans Terriennes.