Terriennes

Forum génération égalité : face aux conservatismes, faire des droits des femmes des bastions

Le président français Emmanuel Macron et Phumzile Mlambo-Ngucka, directrice exécutive ONU-femmes accueillent leurs invité.e.s lors de l'ouverture du Forum génération égalité au Carrousel du Louvre à Paris, le 30 juin 2021. 
Le président français Emmanuel Macron et Phumzile Mlambo-Ngucka, directrice exécutive ONU-femmes accueillent leurs invité.e.s lors de l'ouverture du Forum génération égalité au Carrousel du Louvre à Paris, le 30 juin 2021. 
©IM
Le président français Emmanuel Macron et Phumzile Mlambo-Ngucka, directrice exécutive ONU-femmes accueillent leurs invité.e.s lors de l'ouverture du Forum génération égalité au Carrousel du Louvre à Paris, le 30 juin 2021. 
26 ans après la conférence de Pékin, la Forum génération égalité se tient du 30 juin au 2 juillet à Paris, et sous format numérique. Ici, le président français Emmanuel Macron accueille par visioconférence la vice-présidente américaine Kamala Harris pour une intervention en direct lors de la cérémonie d'ouverture. 

En 1995, à Pékin, se tenait le premier grand rendez-vous féministe international. En 2021, soit 26 ans plus tard, la France se veut le nouveau carrefour de la défense mondiale des droits des femmes. 40 000 participant.e.s se sont inscrit.e.s pour suivre en ligne le Forum génération égalité, coprésidé par le Mexique et placé sous l'égide d'ONU-femmes. Annonces et engagements, voici quelques temps forts de la cérémonie d'ouverture à Paris, suivie par Terriennes. 

"Des quotas, oui, mais ce n'est pas assez, ce n'est jamais assez !", s'écrie Phumzile Mlambo-Ngucka, directrice exécutive d'ONU-femmes à la tribune du Forum génération égalité. "Les femmes ne représentent qu'un quart des parlementaires, des responsables, des émissaires en matière de climat ou de paix et des grands médias du monde entier", dénonce-t-elle. Le ton est donné. En cette deuxième année de pandémie mondiale, où les femmes ont été en première ligne, en tant qu'actrices mais aussi au niveau de son impact économique, il s'agit de trouver les meilleurs outils pour une réelle égalité.
De son côté, Emmanuel Macron s'inquiète d'"Un vent mauvais qui se remet à souffler dans beaucoup de sociétés, car des forces patriarcales veulent reprendre le pouvoir dans une internationale du conservatisme, et remettre en cause des décennies d'acquis". "Je suis féministe et je le revendique !", ajoute le président français à l'ouverture de la conférence ce 30 juin 2021, lors d'une cérémonie au Carrousel du Louvre, à Paris. Ce n'est pas la première fois que le président français fait sa profession de foi féministe face aux caméras du monde ; il a d'ailleurs fait de cette cause l'une des grandes priorités de son quinquennat. Aux femmes "qui voulaient simplement être libres de conduire, qui revendiquent simplement de ne pas porter un voile ou d'avorter, nous sommes là pour leur dire que leurs combats sont les nôtres", lance-t-il encore. 

40 milliards de dollars pour l'égalité

Le Forum a lancé un Plan d'accélération mondial pour l'égalité des genres, dirigé par six coalitions d'action, ainsi qu'un Pacte sur les femmes, la paix et la sécurité et l'action humanitaire, dans le but d'accélérer l'égalité des sexes au cours des cinq prochaines années et de faire face aux risques croissants pour les droits des femmes causés par la Covid-19. Les 40 milliards de dollars de nouveaux investissements prévus par le Forum représenteront la plus importante injection collective de ressources dans l'égalité mondiale des genres.

Parmi les annonces faites au cours de cette journée, la France annonce de nouveaux fonds au Partenariat mondial pour l'éducation (PME) dont elle est devenue l’un des principaux bailleurs. Aux 200 millions d'euros sur la période 2018-2021 s'ajouteront 330 millions pour la période 2021-2025, dont la moitié sera orientée vers l’éducation des filles.

Avec pour ambition de répondre aux conséquences de la pandémie sur l’éducation et sur l’autonomisation économique des femmes, plusieurs engagements sont donc pris. La Banque mondiale s’engage à atteindre 10 milliards de dollars de financements en faveur de l’émancipation des femmes et des jeunes filles en Afrique subsaharienne à l'horizon 2023. "Les projets concernés pourront être des projets spécifiquement dédiés au genre ou des projets dans lesquels le genre apparaît de manière transversale dans les différentes composantes", précise le communiqué. La Banque centrale promet aussi de lancer de nouveaux projets dans au moins 12 pays d’Afrique subsaharienne.

Des contributions importantes ont été apportées par les Etats participants et par les fondations de la société civile. Par exemple, la Finlande s'est engagée à verser 80 millions sur des programmes pour l’accès aux nouvelles technologies pour les femmes. L'Allemagne n'est pas en reste : 50 millions iront à l’entrepreneuriat des femmes à travers le fonds WeFi de la Banque mondiale et l’accès à la terre. Aux Etats-Unis, plus d’un milliard sera consacré à des programmes de promotion de l’égalité de genre l'année prochaine et 12 milliards sur cinq ans seront dédiés à l’entrepreneuriat féminin.
 
[Nous sommes ici en tant que communauté pour soutenir les femmes. Nous devons rendre l'invisible, visible. […] Si nous élevons les femmes, ces petites filles élèveront tout le monde. (Melinda Gates)]

Le plus gros chèque est signé par la Fondation Gates, l'une des plus importantes contributrices à la tenue de ce forum avec 2 milliards de dollars, dont 1,4 milliard sera consacré aux droits et santé sexuels et reproductifs, 600 millions iront à des projets d'autonomisation économique des femmes. D'autres fondations, telles que Kering for Women, ont aussi pris des engagements pour soutenir des projets d'action de lutte contre les inégalités femmes-hommes. 

Lutter contre les violences sexuelles pendant les conflits

Le Forum a confirmé son soutien au Fonds mondial pour les survivant.e.s de violences sexuelles liées aux conflits lancé en octobre 2019, cofondé par Nadia Murad et le Dr Denis Mukwege (prix Nobel de la Paix). Plusieurs projets sont mis en œuvre en République démocratique du Congo, en Guinée et en Irak, pour mettre en place des mesures de réparation individuelles et collectives pour les victimes et créer des fonds dédiés aux urgences médicales. 100 femmes en Guinée et 1000 en RDC devraient en bénéficier. La France soutient ce fonds à hauteur de 6 millions d’euros.
 

Hillary Clinton, Kamala Harris, marraines d'honneur

Sur la liste des invitées d'honneur, la vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, qui a tenu à adresser un message depuis la Maison Blanche, en visioconférence. "Pour défendre la démocratie, nous devons lutter pour l’égalité hommes-femmes", dit-elle.
Une autre personnalité bien connue des forums féministes mondiaux pour en avoir été l'une des grandes voix à Pékin, il y a 26 ans, est elle aussi américaine. L'ex-première dame Hillary Clinton a fait le voyage pour l'occasion jusqu'à Paris. 
 
"Des progrès ont été faits depuis Pékin, comme l'accès des filles aux études primaires et supérieures, l'accès à la santé, et le nombre de décès des femmes lors de l'accouchement a baissé, mais dans beaucoup de secteurs, la place accordée aux femmes reste très insuffisante", estime Hillary Clinton, ex-première dame des Etats-Unis, dans un entretien accordé à nos partenaires de France 2. 
["En 1995, nous avons pris un engagement accepté par 189 pays. Ce que nous espérons, c'est que de ce Forum sortira le même niveau d'engagements. […] La prochaine génération sera terriblement forte et solidaire."]

Voix de militantes

Mais les grandes stars de cette conférence resteront sans doute celles que l'on connait moins sur la scène médiatique, ce sont ces militantes porte-voix des femmes qui agissent et résistent au quotidien. A l'instar du témoignage de Roukiata Ouedraogo. Elle est la première membre de la société civile à prendre la parole, et elle ne va pas la lâcher de sitôt, prenons-en le pari ! Munie d'un papier sur lequel elle a scrupuleusement écrit son discours, la comédienne et humoriste franco-burkinabé -bien connue des auditeurs de la radio France Inter - rend hommage à sa mère, aujourd'hui âgée de 76 ans, qui pendant longtemps a aidé à l'émancipation des femmes de sa région à travers une association, en fournissant une aide éducative mais aussi au sein d'une entreprise de fabrication de beurre de karité. 
 
"L’école peut permettre de s’émanciper des aberrations telles que l’excision et les mariages forcés. Le domaine associatif, majoritairement féminin dans mon pays, constitue selon moi l’avenir de la société.", lance-t-elle, concentrée, depuis la scène. 
 
Enfin, autre temps fort, la prise de parole de la militante zambienne Yande Banda, qui oeuvre pour l'éducation des filles depuis ses 16 ans. "Aux dirigeants mondiaux, si vous êtes avec nous et si vous êtes pour notre avenir, levez-vous pour défendre notre éducation, et nous financer. Nous devons être à la table, nous devons laisser les filles retourner à l'école et nous devons le faire maintenant ! ", lâche-t-elle, invitant l'assistance à se mettre debout, sous les applaudissements.