Terriennes

France : sous les accusations de viols, les pratiques des gynécologues remises en question

Utilisé pour l'examen du vagin et du col de l'utérus, le speculum est un <em>« instrument permettant d’agrandir et de maintenir béantes certaines cavités naturelles afin de pouvoir mieux en examiner l’intérieur » </em>Selon le Dictionnaire de Médecine Flammarion, édition 1991.
Utilisé pour l'examen du vagin et du col de l'utérus, le speculum est un « instrument permettant d’agrandir et de maintenir béantes certaines cavités naturelles afin de pouvoir mieux en examiner l’intérieur » Selon le Dictionnaire de Médecine Flammarion, édition 1991.
Joséphine Bitat

Derrière les récentes accusations de viols visant d'éminents gynécologues français, dont la secrétaire d'Etat Chrysoula Zacharopoulou, c'est toute la profession qui s'estime "rattrapée par la société" et l'exigence croissante de consentement et de bienveillance exprimée par les femmes.

Les pieds dans les étriers, une patiente "tendue et bloquée" fait face à une gynécologue qui insiste pour l'ausculter puis lui lance "tu vas devoir ouvrir". Une scène vécue "au moins comme une agression sexuelle" par cette jeune femme, qui "hésite" à déposer plainte, plus de cinq ans après.

Accusations de viol et de violences 

Un témoignage parmi d'autres visant le Dr Zacharopoulou, spécialiste reconnue de l'endométriose et objet d'une enquête en France après deux plaintes pour viol et une troisième pour "violences" déposées ces dernières semaines.

Des accusations que l'intéressée à démenti "avec force" vendredi, affirmant dans un communiqué n'avoir "jamais imposé le moindre examen à aucune de (ses) patientes sans leur consentement".

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Plaintes pour viol: Chrysoula Zacharopoulou rejette des "accusations inacceptables"

Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’État chargée du Développement, qui se voit reprocher par des patientes des gestes assimilables selon elles à des "viols" quand elle exerçait comme gynécologue, a rejeté vendredi 24 juin ces accusations, les jugeant "inacceptables et révoltantes".

Après le dépôt de deux plaintes pour viol, Mme Zacharopoulou a été visée vendredi par une troisième plainte pour violences sans incapacité de travail par personne chargée d'une mission de service public, selon le parquet de Paris. 

La plainte a été déposée jeudi, selon la même source. 

La chaîne TMC a recueilli le témoignage de cette patiente, qui dit avoir subi des "violences gynécologiques" lors d'un rendez-vous en 2018 avec Mme Zacharopoulou pour soigner son endométriose, dont cette gynécologue franco-grecque de 46 ans a fait sa spécialité.

Le 27 mai le parquet de Paris avait ouvert une enquête après le dépôt de deux plaintes pour viol contre contre Mme Zacharopoulou.

Selon l'hebdomadaire Marianne, qui a révélé l'affaire, les faits reprochés auraient été commis dans le cadre de sa profession de gynécologue.

Sollicitée précédemment par l'AFP, en vain, la secrétaire d'Etat a finalement réagi pour la première fois vendredi à ces attaques.

"Les accusations graves à mon encontre, portant sur des examens cliniques médicaux réalisés afin de diagnostiquer et de soigner la maladie de mes patientes, sont inacceptables et révoltantes", a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis par son avocat, Antonin Lévy. 

Affirmant avoir appris l'existence de ces plaintes par "voie de presse", Mme Zacharopoulou se dit "choquée et profondément blessée" en tant que "femme et médecin".

Mme Zacharopoulou assure encore n'avoir "jamais imposé le moindre examen à aucune de mes patientes sans leur consentement". "Je soigne mes patientes de façon consciencieuse et dévouée", écrit-elle.

Son cas fait écho à celui du Pr Emile Daraï, chef de service déchu mais toujours en exercice de l'hôpital Tenon à Paris, visé par une vingtaine de plaintes depuis septembre. D'abord sous le coup d'une enquête pour "viols", il fait désormais l'objet d'une information judiciaire ouverte en janvier pour "violences".

Signe de la difficulté à qualifier des faits qui associent un acte de pénétration et un accord présumé entre médecin et patiente.

"Une femme qui prend rendez-vous, à qui ont dit +souhaitez-vous un examen?+, qui dit oui, qui s'installe en position gynécologique (...), comment les gynécologues pourront-ils prouver qu'ils ont eu le consentement ?", s'est demandé le Pr Israël Nisand vendredi sur la radio RTL.

Pour l'ancien président du Collège national des gynécos-obstétriciens (CNGOF), "cet usage du mot viol inquiète toute la profession, car le viol sous-entend une intentionnalité sexuelle".

Le CNGOF demande d'ailleurs dans un communiqué "que soient bien distingués les actes à caractère sexuel et les examens médicaux". Il souhaite "ouvrir une réelle discussion à ce sujet" avec magistrats, avocats et associations de patientes.

"Trop de témoignages"

Mais le mal est plus profond. Depuis plusieurs années, les témoignages dénonçant des "violences obstétricales" ou des "violences gynécologiques" se multiplient.

"Le regard de la société change sur la manière dont on doit réaliser notre métier", constate Bertrand de Rochambeau, président du principal syndicat de la profession (Syngof).

"Avant, quand une femme venait nous voir, on supposait qu'elle acceptait la pénétration a priori. La donne a changé, la société nous rattrape", reconnaît-il, conscient que pour certains de ses confrères, "tenir compte de ce que disent les patientes" est une sorte de "révolution culturelle".

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Dans la foulée de l'affaire Daraï, les sociétés savantes de gynécologies ont édicté une "charte de la consultation", qui rappelle notamment que "l'accord oral de la femme est recueilli avant tout examen clinique" et que l'acte "doit pouvoir être interrompu dès que la patiente en manifeste la volonté".

"C'est de notoriété publique, on ne peut pas l'ignorer", explique le Dr de Rochambeau. Mais "il faut du temps" pour que les pratiques évoluent.

Une inertie que n'accepte pas Sonia Bisch, fondatrice du collectif "Stop aux violences obstétricales et gynécologiques", qui "voudrait que le gouvernement agisse contre ces violences". Car "sans modification de la formation des médecins, sans prise en compte de la parole des patientes, les pratiques médicales ne changent pas".

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"Il faut que ça bouge, nous avons trop de témoignages", ajoute-t-elle, disant en recevoir 200 par mois "d'un peu partout", preuve selon elle que "les mauvaises pratiques sont généralisées", à l'opposé de "la bienveillance et la bientraitance" réclamées.

Elle juge toutefois que grâce au "travail militant", la population prend "conscience que ce n'est pas normal". Désormais, "les médecins se retrouvent devant des patientes qui connaissent leurs droits et ne peuvent plus aussi facilement tout leur imposer".

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