France – Togo : Magalie Kangni, créatrice d’un pot pour enfant qui évite la corvée de nettoyage

Depuis l’invention de son pot pour enfant qui évite de se salir les mains, tout en permettant aux tout-petits d’apprendre la propreté, Magalie Kangni collectionne les distinctions. Après les médailles de bronze (2018) et d’argent (2019) au concours Lépine, ainsi que la médaille d’or décernée par le ministère français des Outre Mers (2019), Magalie Kangni vient de remporter le premier prix de la 9ème édition de GEF Startup 2023. Grandes Ecoles au Féminin (GEF), est un réseau professionnel de femmes qui réunit 400 000 anciens élèves de dix grandes écoles françaises. Portrait.
Image
Photo de famille
Photo de famille avec notamment les lauréates de la 9ème édition du concours GEF Startup (Magalie Kangni est la 4ème à partir de la droite, au premier rang), qui s'est tenu les 25 et 26 mars 2023, à Paris. 
© D.R.
Partager6 minutes de lecture

À priori, rien ne prédestinait Magalie Kangni à devenir inventrice. Née en 1980 à Paris, de parents togolais – aujourd’hui décédés -, arrivés en France à la fin des années 1970, Magalie Kangni grandit à Aulnay-sous-Bois, une banlieue du nord-est parisien, au sein d'une fratrie de quatre enfants. Vers l’âge de sept ans, ses parents achètent une maison à Magny-en-Vexin, dans le Val d’Oise, toujours en région parisienne.

Prendre son destin en main

Au collège, ses résultats scolaires plutôt très moyens poussent ses enseignants à l’orienter en BEP comptabilité (Brevet d’études professionnelles). Une filière qui, dit-elle aujourd’hui, n’était pas du tout faite pour elle. « J’ai donc pris mon destin entre mes mains, précise-t-elle, et je me suis réorienté. Je me suis dit : « Qu’est-ce que j’aime ? » J’aime la mode, j’aime les vêtements, je vais apprendre à faire de la couture. Ma mère et ma grand-mère étaient toutes les deux couturières. Elles étaient contentes. » Dès 1997, Magalie Kangni intègre un cursus qui lui permet d’obtenir un BEP-CAP matériaux souples, diplôme qui, à l’époque, remplace les BEP industries de l’habillement, et techniques du cuir et matériaux associés. En 2001, elle décroche son baccalauréat professionnel artisanat et métiers d’art – vêtements sur mesure.

Je me suis dit : si tu peux mettre une couche dans un sac, l’enfant peut également faire ses besoins dans un sac, pour nous éviter la corvée du nettoyage.

Magalie Kangi, inventrice d'un pot pour enfant

Après l’obtention de son baccalauréat, Magalie Kangni décide de poursuivre des études d’anglais et d’espagnol à l’université de Cergy-Pontoise, au nord-ouest de Paris.  Deux ans plus tard, elle fait finalement le choix de s’installer à Londres, en Grande-Bretagne, afin d’améliorer substantiellement son niveau d’anglais. Et pour pouvoir financer en partie ses études, Magalie Kangni se lance dans le télémarketing en français, comme elle le faisait déjà en France pour les mêmes raisons. Entre 2006 et 2008, elle travaille à Brighton, dans le sud de l’Angleterre, pour le géant américain American Express.

L’année suivante, elle est en charge du service clients d’une société spécialisée en sécurité informatique. Entre 2010 et 2013, Magalie Kangni travaille successivement pour une société qui met en place des systèmes de notation des produits par les clients, puis une autre spécialisée en marketing d’entreprise.  

Toujours en 2013, Magalie Kangni rentre définitivement en France. Après une petite année au sein d’une entreprise qui fait du support téléphonique, elle rejoint un groupe spécialisé dans le transport de véhicules. Mais avant ce retour au pays natal, et parallèlement à sa vie professionnelle, Magalie Kangni crée et brevète son pot pour enfant. Comment a-t-elle eu cette idée ? « Tout simplement en observant ma sœur et son premier fils en Angleterre, répond-elle. Nous avons été confrontées à cette étape du nettoyage du pot. Et il était évident que ni l’une, ni l’autre, n’avait envie de nettoyer le pot. Et je me suis tout simplement inspirée de la poubelle à couches, puisque ma sœur en avait une. Je me suis dit : si tu peux mettre une couche dans un sac, l’enfant peut également faire ses besoins dans un sac, pour nous éviter la corvée du nettoyage. »

Un pot pour enfant pratique et écologique

Après quelques doutes concernant notamment les à priori d’une partie du public lorsqu’il s’agit d’hygiène et d’excréments humains, Magalie Kangni met en œuvre son projet d’invention d’un pot pour enfant. Les tests réalisés auprès de ses proches finissent de la convaincre du bien-fondé de son initiative. Elle met donc au point une alternative au pot traditionnel, qui permet non seulement aux parents d’éviter de se salir les mains, mais aussi aux tout-petits de faire l’apprentissage de la propreté. Le principe est simple : installer un sac plastique recyclable sur la lunette, puis le retirer une fois qu’il est rempli. Les sacs sont ensuite rangés dans le bac prévu à cet effet, avant d’être jetés à la poubelle. 

Pots
Quelques exemplaires du pot pour enfant créé par Magalie Kangni. 
© D.R.

L’invention de Magalie Kangni n’est pas seulement pratique, elle se veut aussi respectueuse de l’environnement. Cette solution permet par exemple de réduire sa consommation d’eau, puisqu’il n’est plus nécessaire de nettoyer le pot à chaque fois que l’enfant fait ses besoins. Cette démarche écologique s’applique également au pot en lui-même. Celui-ci est notamment fabriqué à partir du polypropylène ou encore du polyéthylène recyclé. « Une solution innovante, durable, issue de l’économie circulaire qui respecte l’environnement, afin de faciliter la vie des parents et des professionnels de la petite enfance », affirme Magalie Kangni. Déposée auprès de l’IPO (Intellectual Property Office) en Angleterre en 2010, l’invention de Magalie Kangni est brevetée en 2016.

pot avec sacs
Le pot pour enfant créé par Magalie Kangni, avec son bac prêt à être vidé. 
© D.R.

En 2018 et 2019, Magalie Kangni remporte successivement la médaille de bronze du concours Lépine méditerranéen, puis la médaille d’argent du concours Lépine international. « C’est dans ce cadre-là, précise-t-elle, que j’ai rencontré des personnes influentes qui m’ont encouragé à rejoindre le réseau France Active [réseau d’entrepreneurs qui aide, accompagne et finance les créateurs d’entreprises, NDLR], et la branche locale de mon département s’appelle Initiative 95. Et ils m’ont accompagné durant une année, pour me préparer à l’entreprenariat. Ensuite, j’ai intégré un incubateur en janvier 2022, La Turbine, à Cergy-Pontoise, qui fait partie du réseau Wacano [spécialisé dans l’accompagnement des startups, NDLR]. »

Le concours GEF Startup

Forte de cette expérience, Magalie Kangni s’inscrit au concours GEF Startup 2023, qui promeut l’entreprenariat féminin. Créé en 2002, Grandes Ecoles au Féminin (GEF) est un réseau professionnel de femmes qui réunit 400 000 anciens élèves de dix grandes écoles françaises : Centrale Paris, ENA, École des Ponts ParisTech, ESCP Europe, ESSEC, HEC, INSEAD, Mines ParisTech, Polytechnique et Sciences Po. GEF se définit également comme un groupe de réflexion « qui mène des études concernant la parité, la mixité et la place de la femme dans la vie économique. » Conçu sans condition d’âge, de diplôme ou encore de secteur, le concours GEF Startup s’adresse exclusivement aux femmes porteuses de projets.

Magalie
Magalie Kangni, tenant son chèque de gagnante du premier prix du concours GEF Startup 2023.
© D.R.

Et pour cette 9ème édition du GEF Startup, il y avait 51 candidatures au total. Seules huit d’entre elles ont été retenues pour la seconde partie, les autres ayant la possibilité d’aider les heureuses élues à préparer chacune un pitch de cinq minutes. Doté d’une somme de trois milles euros, mais aussi d’un accompagnement fiscal et juridique d’une valeur de quatre milles euros, auquel s’ajoute douze mois au sein d’un incubateur, le premier prix de ce concours a été remporté par Magalie Kangni. La jeune femme ambitionne désormais de créer sa propre entreprise.