Terriennes

G7 et égalité femmes-hommes : les associations féministes attendent plus que des promesses

Les portraits des sept dirigeants des pays membres du G7 ont été dessinés sur le sable de la plage de Biarritz avec cette légende en anglais "Turn the tide for Gender Equality" (trad : inverser le courant pour l'égalité des genres) , le 23 août 2019. 
Les portraits des sept dirigeants des pays membres du G7 ont été dessinés sur le sable de la plage de Biarritz avec cette légende en anglais "Turn the tide for Gender Equality" (trad : inverser le courant pour l'égalité des genres) , le 23 août 2019. 
©AP Photo/Peter Dejong
Les portraits des sept dirigeants des pays membres du G7 ont été dessinés sur le sable de la plage de Biarritz avec cette légende en anglais "Turn the tide for Gender Equality" (trad : inverser le courant pour l'égalité des genres) , le 23 août 2019. 

Emmanuel Macron veut faire de ce G7 le sommet de la lutte contre les inégalités femmes-hommes. Pourtant, le W7 (Women 7 qui rassemble une centaine d'ONG et d'associations féministes) dénonce l'absence d'associations féministes autour de la table des négociations. Derrière les belles promesses, les pays du G7 prendront-ils des engagements véritablement féministes ? 

Ce G7 sera-t-il féministe alors même que des Etats ont déjà fait le choix d'ignorer des sujets cruciaux pour les femmes ? C'est la question que se posent les associations féministes du Women 7, un collectif d'ONG internationales oeuvrant pour les droit des femmes.

Le 9 août, elles déploraient déjà d'être tenues à l'écart du G7, qui se tient à Biarritz du 24 au 26 août. Le gouvernement français n'était prêt à "accorder qu'une dizaine d'accréditations aux ONG, soit la plus faible représentation des organisations de la société civile depuis 2005", rapportent-elles. Un coup dur à encaisser, alors qu'Emmanuel Macron avait promis de faire de la lutte contre les inégalités un enjeu majeur du G7 2019.
 
De son côté, l'Elysée a expliqué ne pas pouvoir ouvrir à des dizaines d'ONG la salle de presse en raison "d'énormes contraintes logistiques", proposant néanmoins que des représentants de ces ONG soient choisis pour assister "réellement aux travaux" du G7.
 
Ce qu'on espère, c'est que cette déclaration ne soit pas pleine de paroles vides, on veut que chaque action soit accompagnée de financement, d'un mécanisme de suivi et de redevabilité.
Sophie Chassot, CARE France
Selon une tribune du W7 publiée dans le quotidien Le Monde, le collectif regrette, à la veille du sommet, que le gouvernement ait décidé de faire l'impasse sur "les sujets qui fâchent", à l'image des droits sexuels et reproductifs. "Et si les annonces faites lors des rencontres ministérielles ont fait référence aux inégalités femmes-hommes, marquant en soi un début d'avancée, elles n'ont pas été assorties d'engagements financiers à la hauteur", ajoutent les signataires.

"On sait qu'il y aura une déclaration sur l'égalité femmes-hommes [à l'issue du G7]. Ce qu'on espère, c'est que cette déclaration ne soit pas pleine de paroles vides, on veut que chaque action soit accompagnée de financement, d'un mécanisme de suivi et de redevabilité", précise Sophie Chassot, chargée de plaidoyer et experte en droit des femmes pour l'association CARE France.  

Les engagements financiers figurent en tête de liste des demandes des féministes en vue du G7. Dans ses recommandations générales, le W7 le dit clairement. Sans appui financier, associations féministes, organisations non gouvernementales et chercheur.euse.s ne pourront poursuivre de manière efficace leur travail sur le terrain, au plus près des femmes.
 
Même quand on parle géopolitique, il faut inclure 50% de la population et inclure leurs droits
Sophie Chassot
Autre nécessité, également relayée par les recommandations générales, la participation des filles et des femmes dans l'élaboration des politiques publiques de leur pays. Selon le collectif, impossible de mener une politique réellement féministe sans les premières concernées, à tous les niveaux et dans tous les domaines.

Reste qu'aujourd'hui, comme le précise le W7, aucun pays au monde n'a atteint l'égalité femmes-hommes, les discriminations sexistes existent toujours et touchent tous les pays du monde. Autant de raisons pour placer le sujet au coeur des discussions.

Une grande cause mondiale ?

En septembre 2018, devant l'ONU, Emmanuel Macron avait appelé à faire des droits des femmes une "grande cause mondiale" et avait annoncé un G7 2019 au format revu "en profondeur" focalisé sur le Sahel et la lutte contre les inégalités. A la veille du rendez-vous de Biarritz, le président français a tenu à confirmer cet engagement en annonçant un “Partenariat de Biarritz”, dans lequel les pays membres du G7 devraient "s'engager à éliminer les discriminations" entre les femmes et les hommes, et "se battre pour de nouveaux droits et de meilleures pratiques"

L'escalade dans le golfe Persique entre Washington et Téhéran, la guerre commerciale des Etats-Unis avec la Chine ou l'urgence climatique ... Autant de dossiers qui, selon certains, risquent d'occulter le thème des inégalités. Mais dans tous ces dossiers, l'approche féministe "peut et doit être intégrée", comme le préconise le W7. "Aucun grand défi, qu'il soit diplomatique, écologique ou économique, ne sera relevé sans l'émancipation des femmes et des filles, et sans leur participation effective au processus décisionnel", lit-on dans la tribune. 
 
Le W7 appelle les dirigeants à "placer les femmes au coeur de la prévention et résolution des conflits, de la réponse humanitaire et du relèvement de leurs pays et communautés".

Sophie Chassot l'affirme, l'égalité femmes-hommes n'est pas à placer en opposition avec les grands dossiers de géopolitique : "Il faut arrêter d'estimer que ces sujets là sont prioritaires. Très clairement, nous ne voulons pas que les sujets relatifs à l'égalité femmes-hommes soient relayés derrière les sujets géopolitiques". Et d'ajouter : "ce qu'il faut comprendre, c'est que l'égalité femmes-hommes est un sujet en soi et un sujet transversal". Donc, "même quand on parle géopolitique, il faut inclure 50% de la population et inclure leurs droits".

Alors que se tient un contre-sommet à Irun et Hendaye, une question se pose : le G7 est-il la meilleure plateforme sur laquelle agir ? Cette instance semble avoir perdu de son poids d'antan, ne représentant plus que 40 % du PIB mondial et 12 % de sa population. Mais selon l'experte de CARE, il est important d'avoir une "approche pragmatique". "Le G7 existe, ces pays ont une réelle diplomatie qui peut être influente donc nous nous disons, autant l'utiliser à bon escient et leur demander d'axer leurs politiques et leurs financements sur le droit des femmes", estime-t-elle.

Tout repose maintenant sur la volonté politique des puissants. Une chose est néanmoins sûre pour les associations féministes présentes, comme l'assène Lucie Daniel, experte plaidoyer d'Equipoq : "On a estimé que l'on n'avait pas vraiment le luxe de passer à côté de ces opportunités, puisqu'elles manquent cruellement, pour parler des droits des femmes".