Terriennes

Harvey Weinstein condamné à 23 ans de prison, dans le premier procès post #MeToo

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Harvey Weinstein a été reconnu coupable de trois chefs d'accusation sur cinq, à l'issue de son procès à New York, le 24 février 2020. 

Trois semaines après la fin de son procès, Harvey Weinstein a été condamné à 23 ans de prison. Ses avocats comptent faire appel. L'ex-magnat d'Hollywood a été reconnu coupable de viol et d'agression sexuelle. Epilogue d'un feuilleton qui, en septembre 2017, avait donné le coup d'envoi au mouvement #MeToo, aux Etats-Unis dans un premier temps, puis dans le monde entier.

Le producteur déchu a été jugé coupable d’agression sexuelle au premier degré et de viol au troisième degré par un jury de Manhattan. Trois semaines après, la justice a décidé de condamner Harvey Weinstein à 23 ans de prison. La peine, prononcée par le juge James Burke, est proche du maximum encouru par l'ancien producteur. Celui qui fut un temps l'un des hommes les plus puissants d'Hollywood encourait jusqu'à 29 ans de prison pour ces deux chefs d'accusation.

S'exprimant pour la première fois depuis le début du procès, l'ex-magnat d'Hollywood avait déclaré : "Il se pourrait que je ne revoie jamais mes enfants", a dit Harvey Weinstein. "J'étais le premier exemple et maintenant, il y a des milliers d'hommes accusés". "Je suis inquiet pour ce pays", a-t-il expliqué.
Ses avocats ont déjà indiqué que leur client ferait appel de la condamnation, ce qui ne l'empêchera pas d'être placé immédiatement en détention.

Un procès emblématique du mouvement #Metoo

Le jury, composé de sept hommes et cinq femmes, a rendu son verdict après cinq jours de délibérations et un mois d’un procès ultra-médiatisé, emblématique du mouvement #MeToo.
 

A la sortie du tribunal, le procureur CyrusVance a déclaré que l'affaire Harvey Weinstein "avait vraiment bouleversé notre compréhension de ce qu'est une agression sexuelle, d'où elle peut se produire, des mythes brisés qui, je pense, font partie du système de justice pénale depuis longtemps".

Weinstein échappe à la perpétuité

Une victoire, mais à moitié, pour le mouvement #MeToo. Car si Harvey Weinstein a été reconnu coupable d'agression sexuelle et de viol, il a en revanche été disculpé des accusations les plus graves. 

Le jury ne l'a jugé coupable que des deux chefs d'accusations : l'agression sexuelle de l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi, en 2006, et le viol de l'aspirante actrice Jessica Mann, en 2013. Il a, en revanche, relaxé le producteur d'un chef de viol plus grave lié à Jessica Mann, mais surtout de la circonstance aggravante de comportement "prédateur", qui aurait pu lui valoir la prison à vie.

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Les jurés devaient se prononcer sur le témoignage de trois femmes, parmi les plus de 80 qui ont accusé Harvey Weinstein de harcèlement ou d'agression sexuelle. 

Si l'agression de Mimi Haleyi et le viol présumé de Jessica Mann étaient poursuivis en tant que tels, le viol d'une troisième femme, la comédienne Annabella Sciorra, bien que prescrit, aurait pu déclencher une circonstance aggravante. Après avoir demandé à réentendre le témoignage de l'actrice durant ses délibérations, le jury a finalement déclaré Harvey Weinstein non coupable de ce viol remontant à l'hiver 1993. 

"Un jour nouveau pour les victimes de viol"

L'ex-producteur de cinéma, longtemps considéré comme l'un des plus influents d'Hollywood, avait plaidé non coupable et affirmait n'avoir eu que des relations sexuelles consenties. Son avocate a annoncé qu’il fera appel.  

Tout au long du procès, la défense avait cherché à discréditer le récit des trois femmes. Les avocats d’Harvey Weinstein ont produit une série de courriers électroniques montrant que Mimi Haleyi et Jessica Mann avaient maintenu le contact, de leur propre initiative, avec l’accusé, après les faits présumés. Dans le cas de Jessica Mann, la victime présumée a même concédé avoir eu des relations sexuelles sans opposition avec Harvey Weinstein jusqu’en 2016. 

"Weinstein est un vicieux prédateur sexuel en série, qui a utilisé son pouvoir pour menacer, violer, agresser, tromper, humilier et faire taire ses victimes", a déclaré le procureur de district de Manhattan, Cyrus Vance. Selon lui, l'ancien magnat du cinéma devrait purger une peine d'au moins 5 ans et jusqu'à 25 ans.

"C'est un nouveau jour" pour les victimes de viol, a-t-il lancé en conclusion. 

Il s’agit de la première reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-#MeToo, celle de l’acteur Bill Cosby résultant de poursuites entamées en 2015, avant que le mouvement anti-agressions sexuelles ne commence, en octobre 2017. 
 

C’est le début "d’une nouvelle ère de justice", a abondé la présidente du mouvement Time’s Up, Tina Tchen, dans un communiqué. 

"C’est un verdict mitigé, un compromis", qui permet "aux deux parties de revendiquer une espèce de victoire", a cependant analysé Bennett Gershman, professeur de droit à l’université Pace et ancien procureur. 

La "machine Weinstein"

"Pour les femmes qui ont témoigné dans ce dossier et vécu un enfer traumatique, vous avez rendu un service public aux filles et femmes du monde entier", a tweeté la comédienne Ashley Judd, qui affirme qu’Harvey Weinstein l’a harcelée sexuellement en 1997. 
 
"Alors que nous célébrons ce moment historique, notre combat pour réparer le système brisé qui a permis aux abuseurs en série comme Weinstein de prospérer continue. Les agresseurs et les forces puissantes qui les protègent doivent être informées : il n'y a pas de retour possible", a posté Tina Tchen sur le compte Twitter de l'organisation Time's up, né dans la suite de MeToo.
 
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Quant à celle qu'on a surnommé la tombeuse de Weinstein, Rose Mac Gowan, elle a récemment accordé un entretien exclusif à notre confrère Fabrice Leclerc pour Paris Match. Lorsque le journaliste lui demande si le fait que le producteur soit devant la justice et doive répondre de ses actes l'apaise, l'actrice répond "Non. Parce qu’on ne se libère jamais de son agresseur. Aujourd’hui encore, je le sens souffler sur ma nuque. Je sens encore son sexe sur mon visage". Elle évoque aussi une "machine Weinstein qui continue à intimider les victimes", citant les menaces qu'elle subit depuis qu'elle a osé parler. "Mon domicile était surveillé, on a retrouvé un traceur sur ma voiture. Mon portefeuille a été volé à deux reprises, la dernière fois, il y a encore quelques jours", confie-t-elle.

Et de conclure, en réaction à l'affaire Adèle Haenel en France : "Il ne faut pas oublier qu’une victime d’agression a perdu son innocence à jamais. Tous autant que nous sommes, nous voudrions simplement que la vie redevienne ce qu’elle était avant. Mais c’est impossible".