Terriennes

Il y a 50 ans : les premiers pas de l'Homme sur la Lune, grâce à une femme

A gauche, Margaret Hamilton, jeune mathématicienne, à côté du code du logiciel de navigation du programme Apollo. A droite, en novembre 2016 à Washington, elle pose devant l'acteur Tom Hanks, après avoir reçu la médaille de la Liberté, remise par le président Obama.
A gauche, Margaret Hamilton, jeune mathématicienne, à côté du code du logiciel de navigation du programme Apollo. A droite, en novembre 2016 à Washington, elle pose devant l'acteur Tom Hanks, après avoir reçu la médaille de la Liberté, remise par le président Obama.
©wkipedia/AP Photo/Manuel Balce Ceneta
A gauche, Margaret Hamilton, jeune mathématicienne, à côté du code du logiciel de navigation du programme Apollo. A droite, en novembre 2016 à Washington, elle pose devant l'acteur Tom Hanks, après avoir reçu la médaille de la Liberté, remise par le président Obama.

Il y a 50 ans, sans Margaret Hamilton, le module lunaire Eagle se serait probablement écrasé sur le sol lunaire. Cette mathématicienne était chargée de développer le système de guidage embarqué à bord d'Apollo 11. Contre l'avis de ses directeurs, elle avait pris soin d'intégrer à son logiciel un programme de priorisation qui a permis au premier homme de l'histoire de marcher sur la Lune.

Margaret Hamilton est née en 1936. Elle a grandi en plein coeur du Midwest. Un père poète et philosophe et une mère professeure, mais son truc à elle, ce sont les équations et les dérivées.

A 21 ans, elle passe une licence de mathématiques à l'Earlham College dans l'Indiana. En 1958, elle obtient un master de mathématiques et de philosophie à l'université de Richmond. Deux ans plus tard, elle est embauchée comme programmeuse au prestigieux MIT (Massachussets Institute of Technology). A ce moment-là, son projet est de soutenir son mari pendant ses trois ans à Harvard.

 
Margaret Hamilton, une "computer girl" avant l'heure. Ici en 1989.
Margaret Hamilton, une "computer girl" avant l'heure. Ici en 1989.
©wikicommons
A 25 ans, elle est chargée de concevoir le système informatique à bord d'Apollo. Mère d'une fillette de 4 ans, Margaret n'hésite pas à faire des heures supplémentaire au laboratoire. Les soirs et les week-ends, elle emmène avec elle la petite Lauren, et pendant qu'elle configure le module de commande d'Apollo, elle la fait dormir à même le sol. Ce qui lui vaut pas mal de critiques de la part de ses collaborateurs. Dans l'Amérique des années 1960, rares encore sont les mamans à travailler, et encore plus dans un secteur scientifique aussi pointu. Margaret fait figure d'exception.

"Les gens me disaient : Comment pouvez-vous quitter votre fille ? Comment pouvez-vous faire cela ? " se souvient-elle sur le site Wired. Elle raconte qu'elle adorait partager des moments de camaraderie et boire des "coups" avec ses confrères geek, "au labo, j'étais l'un de ses gars".

Et c'est justement avec ses collègues masculins qu'elle participe aux premières heures de la programmation informatique, écrivant notamment le code pour le premier ordinateur portable au monde. Elle devient experte en programmation de systèmes.

"Quand je suis entrée dans le jeu, personne ne savait ce que nous faisions. C’était le Far West. Il n’y avait aucun de cours là-dessus. Personne ne l’avait encore enseigné" , dit-elle aujourd'hui.
 
(Couturières, connues sous le nom de "Little Old Ladies", enfilant des fils de cuivre dans des anneaux magnétiques. La mémoire d'Apollo était littéralement câblée !)
 
Nous avons dû simuler le vol avant.
Margaret Hamilton
Alors que la petite Lauren joue au clavier avec le simulateur d'atterrissage, un message d'erreur apparait, le "P01". Le simulateur plante. "Et si les astronautes venaient à faire ce qu'elle venait de faire ?", raconte-t-elle lors d'une conférence. Ses directeurs lui répondront qu'ils n'y croient pas : les astronautes, eux, ne feront pas la même erreur, estiment-ils.

Le soir, elle retourne au laboratoire pour corriger un fragment de code, après s'être rendue compte qu’il était défectueux. Elle imagine alors le moyen permettant aux ordinateurs de prioriser les taches.

Le 21 juillet 1969, les ordinateurs d'Apollo 11 sont submergés par le flot d'informations. Mais grâce à Margaret, la machine donne la priorité aux fonctions d'atterrissage. L'intervention anticipée de la mathématicienne a permis de sauver cette mission et d'inscrire en lettres d'or cet exploit spatial dans l'Histoire de l'Humanité.
 
Avant Margaret Hamilton,  d'autres pionnières
Katherine Johnson et ses collègues, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, ont été à l’origine de l’une des plus grandes opérations de l’histoire des États-Unis : le lancement en orbite de l’astronaute John Glenn et son retour en toute sécurité. Glenn a participé à la mission Friendship 7 en 1962, devenant ainsi le premier Américain à orbiter autour de la Terre.

Le film « Hidden Figures », adaptation du livre de Margot Lee Shetterly Hidden Figures: L’histoire des femmes afro-américaines qui ont contribué à la victoire dans la course à l’espace, leur a rendu l'hommage qu'elles méritaient. Lors de sa présidence, Barack Obama avait reçu Katherine Johnson à la Maison Blanche. En juin 2019, la Nasa a rebaptisé la rue située  à devant son siège "Figures de l'ombre". 
 

 
Valery Thomas
Valery Thomas
©NASA

Dans les années 1940, Valerie Thomas a été l'une des rares femmes à suivre des études de physique à l'université. Elle a ensuite occupé un poste à la NASA, chargée de la gestion du programme Landsat, qui consistait à collecter des images satellites de la Terre depuis l'espace.

Elle a rapidement commencé à conceptualiser la projection d'images 3D de la même manière. En utilisant une série de miroirs concaves, Valerie Thomas a inventé et breveté l'émetteur 3D-Illusion, qui produit des projections d'objets en 3D - et la NASA utilise toujours sa technologie. C’est sa technologie qui a rendu votre téléviseur 3D et l’imagerie médicale possibles.

Une femme sur la Lune ?

Entre 1969 et 1972, douze astronautes ont marché sur la Lune lors des missions Apollo. Exclusivement des hommes. Depuis, aucun humain n’y est retourné. Alors le prochain sera peut-être une femme ?

"Il est probable que la prochaine personne sur la Lune sera une femme. Et la première personne sur Mars sera aussi probablement une femme", a annoncé Jim Bridenstine dans l’émission Science Friday de la radio américaine WNYC, le 8 mars dernier, à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. "La Nasa s’engage à recruter un large éventail large de talents divers, et nous avons hâte de voir la première femme sur la Lune", a ajouté l'administrateur de l’agence spatiale américaine.

Clin d’œil à la féminisation de l’exploration spatiale, le programme développé par la Nasa pour renvoyer des humains sur la Lune d'ici 2024 a été baptisé Artemis, du nom de la sœur jumelle d’Apollon (Appolo en anglais).

De nombreuses femmes ont été dans l’espace depuis la première, la Soviétique Valentina Terechkova en 1963. C'est seulement depuis 1978 que des astronautes femmes rejoignent la Nasa. Aujourd’hui, 34 % sont des femmes. En avril dernier, la chercheuse Katie Bouman faisait la une des médias, après avoir permis la toute première photo d'un trou noir. Depuis le mois de mai, trois des quatre pôles scientifiques de la Nasa sont dirigés par des femmes. Une première dans l'histoire de l'agence spatiale américaine.

Qui parmi les douze ?

La première femme à poser le pied sur la Lune pourrait bien se trouver parmi ces douze astronautes. Elles ont entre 40 et 54 ans, anciennes pilotes militaires, médecins ou titulaires de doctorats, elles ont été recrutées parmi des milliers par l'agence spatiale américaine depuis la fin des années 1990.
 
D'ici 2024, les ingénieur.e.s de la NASA auront le temps de confectionner des combinaisons à la bonne taille. La première sortie dans l'espace de deux femmes n'avaient pu avoir lieu faute de tenue adaptée à bord de l'ISS. Il serait dommage qu'un problème de mensuration empêche ce futur exploit au féminin (pluriel ?) La mission Artemis devrait compter quatre membres d'équipage, dont deux descendront sur la Lune. Alors pourquoi pas deux femmes ?