Terriennes

Investir pour l’éducation des filles, rare engagement concret au G7 rocambolesque de La Malbaie

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L'ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon revient sur l'engagement du G7 en faveur de l'éducation des filles, dans le 64' sur TV5MONDE, le 19 juin 2018.
©TV5MONDE

Le sommet du G7 a peut-être été un fiasco diplomatique, par la volonté de Donald Trump, mais le Premier ministre canadien peut afficher un engagement concret pris en compagnie de ses homologues : un investissement de plus de 3 milliards de dollars (soit environ 2 milliards d’euros) pour que les filles nées dans les pays en crise ou en conflit puissent aller à l’école. Décryptage avec Isabelle Hudon, l'ambassadrice du Canada en France.

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La Banque mondiale (2 milliards de dollars US), le Canada (400 millions), le Royaume Uni (340 millions), le Japon (270 millions), l’Allemagne (120 millions) et l’Union européenne (115 millions) se sont donc engagées à ouvrir les portes de l’école à ces fillettes qui ont la malchance de vivre dans une zone de conflits. Un engagement pris alors que l’égalité des sexes faisait pour la première fois partie des thématiques abordées dans ce sommet, applaudi par Isabelle Hudon, coprésidente du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes  mis en place pour le G7.  

L’accès à l’éducation, la clé d’un meilleur avenir

Cet investissement massif est trois fois supérieur à ce que réclamaient une trentaine d’organismes pour cette cause, ce en quoi les Canadiens, à l’origine de cette initiative, ne cachaient pas leur satisfaction. « C’est vraiment historique… nous n’avons jamais vu d’engagement à ce niveau pour l’éducation des filles qui vivent dans des situations de crises et de guerre » a dit en entrevue au quotidien montréalais La Presse Caroline Riseboro, de l’organisme Plan international Canada.
Phumzile Mlambo-Ngcuka - directrice exécutive de ONU Femmes, Leymah Roberta Gbowee - militante libérienne et co-lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, Christine Whitecross - Lieutenante générale de la Royal Canadian Air Force, Melinda Gates - coprésidente de la fondation Bill-et-Melinda-Gates et Roberta Jamieson - avocate canadienne, militante des Premières nations, toutes membres du Conseil consultatif pour l'égalité des sexes, devant leur public au G7 de La Malbaie - Québec, Canada, 8 et 9 juin 2018
Phumzile Mlambo-Ngcuka - directrice exécutive de ONU Femmes, Leymah Roberta Gbowee - militante libérienne et co-lauréate du prix Nobel de la paix en 2011, Christine Whitecross - Lieutenante générale de la Royal Canadian Air Force, Melinda Gates - coprésidente de la fondation Bill-et-Melinda-Gates et Roberta Jamieson - avocate canadienne, militante des Premières nations, toutes membres du Conseil consultatif pour l'égalité des sexes, devant leur public au G7 de La Malbaie - Québec, Canada, 8 et 9 juin 2018
DR
Farah Mohamed, la directrice générale du fonds Malala, spécialement dédié à l’éducation des jeunes filles créé par Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise rescapée d’un attentat des talibans parce qu’elle aimait trop l’école et dévenue prix Nobel de la Paix, surenchérit dans l'approbation et parle d’un montant énorme qui est vraiment une bonne nouvelle. 

Les organismes estiment que cet argent va permettre d’offrir une éducation à près de 4 millions d’enfants qui se trouvent dans cette situation, soit la moitié de celles qui en ont besoin. Un bon pas en avant et un engagement concret vers une cause primordiale. "Nous venons peut-être d'horizons différents, mais nous avons tous ceci en commun : nous voulons voir et faire avancer l'histoire de l'égalité des genres à travers le monde. Merci @CanadianPM @JustinTrudeau pour cette occasion de rejoindre le Conseil consultatif sur l'égalité des sexes." a salué Phumzile Mlambo, directrice de ONUFemmes.

L’égalité des sexes, thématique prioritaire du G7

Malala Yousafzai fait justement partie du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes mis en place par le Premier ministre Justin Trudeau pour élaborer une série de recommandations qui ont été présentées aux leaders du G7 (incluant Donald Trump, qui s’est cependant permis d’y arriver en retard) lors du petit-déjeuner du samedi 9 juin 2018 matin à La Malbaie. 
 

Ce conseil, qui est coprésidé par Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France, et Melinda Gates, la philanthrope femme de Bill, comprend 21 féministes venant de différents horizons, pays et continents comme la française Christine Lagarde, dirigeante du Fonds monétaire international, ou la rwandaise Winnie Byanyima, Directrice générale d’Oxfam international, pour ne citer qu’elles. 

Pendant des mois, elles ont planché sur la définition de priorités pour les femmes dans le monde en vue de produire une centaine de recommandations qui s’articulent autour de trois axes : la sécurité et l’instruction des femmes et des jeunes filles dans le monde ; leur réussite économique ; leur participation aux décisions pour enrayer les changements climatiques. Recommandations qu’elles sont donc venues présentées à ce sommet du G7. 

Nous ne devons pas parler de l’égalité des sexes pendant une heure mais pendant tout le sommet.
Justin Trudeau

« Nous devons faire un meilleur travail d’inclusion, nous devons comprendre que ce n’est pas la chose gentille à faire, mais la chose intelligente à faire. Nous ne devons pas parler de l’égalité des sexes pendant une heure mais pendant tout le sommet. Je veux remercier tous les leaders pour votre ouverture et votre engagement » avait déclaré Justin Trudeau dès l’ouverture de cette rencontre au G7. Avant de réaffirmer que "Lorsque les femmes et les filles ont des chances égales d'apprendre et de réussir, elles aident à bâtir des économies qui fonctionnent pour tous". 

C’est un premier bon pas dans la bonne direction. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir et d’actions à déployer
Isabelle Hudon, coprésidente du Conseil consultatif sur l’égalité des sexes​

Isabelle Hudon, en entrevue avec Terriennes, s’est dite très satisfaite de cette rencontre : « Nous sommes arrivées là sereines et déterminées, nous dit-elle. On a senti un appui solide de la part des chef.fes d’Etat et de gouvernement. On a déposé notre rapport la semaine dernière, alors on ne pouvait pas espérer que les leaders arrivent avec de l’argent sur la table pour déployer toutes ces actions. Au moins aujourd’hui une de nos recommandations sur l’éducation se concrétise avec l’annonce de cet investissement pour les fillettes dans les zones de conflit. Donc c’est un premier bon pas dans la bonne direction. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir et d’actions à déployer ». 

Une deuxième année pour le Conseil consultatif

Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France, préside aussi le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes
Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France, préside aussi le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes
compte twitter d'Isabelle Hudon

Isabelle Hudon se félicite également que le président français Emmanuel Macron, qui va présider le prochain G7, ait prolongé d’un an la vie du conseil consultatif qu’elle copréside avec Melinda Gates : « C’est quand même un gain important parce qu’il y a beaucoup de travail qui reste à faire, on a livré les recommandations mais il faut aussi maintenant rassembler les moyens humains et financiers pour les concrétiser ». 

L’égalité des sexes sera aussi l’un des thèmes prioritaires abordé lors du prochain G7, en France. « Nous sommes ravies que l’égalité des sexes devienne une des priorités du G7 » conclut Isabelle Hudon qui avoue du même souffle que sa participation à ce conseil consultatif lui a ouvert les yeux sur des réalités de la cause féministe dans les pays défavorisés qu’elle ne connaissait pas : « c’est le message que j’ai livré aux leaders ce matin, après 20 ans d’activisme dans ce dossier, je me suis rendu compte que j’avais une compréhension un peu incomplète de l’enjeu parce que j’avais une perspective seulement nord-américaine et le travail que j’ai fait avec les 20 autres membres a enrichi grandement ma compréhension et en faisant ce commentaire, j’ai invité les sept leaders à nous écouter, à nous entendre avec une très grande ouverture d’esprit ».

Toutes et tous ne sont pourtant pas aussi unanimes dans l'applaudissement à l'initiative du Premier ministre canadien. Ainsi de Diane Guilbault, du groupe Pour les droits des femmes du Québec : « Mais voici que poussé soit par la bien-pensante soit par des gens qui ont d'autres intérêts à faire valoir, le Conseil sur l'égalité des sexes décide de définir ainsi les femmes : "inclure toutes les personnes qui s'identifient comme femmes, y compris les femmes trans et cis, bispirituelles, intersexuelles". Si le groupe femmes doit inclure des hommes, cela veut dire que le groupes femmes n'existe plus. (.../...) Malala qui fait partie de Conseil a été attaquée parce qu'elle était une fille, pas parque qu'elle s'identifiait comme une fille. » Voilà comment parfois, le diable se cache dans les détails...