Terriennes

Invincibles : "Women Safe" met les survivantes à l'honneur

L'équipe de Women Safe 
L'équipe de Women Safe 
(c) Traoré Bintou

"Invincibles :  cœur des violences, prenons la parole" était une soirée caritative organisée par Women Safe / Institut en Santé Génésique le jeudi 29 novembre 2018 à la mairie du 3eme arrondissement de Paris, en vue de récolter des fonds pour les femmes victimes de violences. Reportage.

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Des visages différents qui ont l’air  marqués par des luttes intérieures toutes aussi différentes. On sent dans le regard de ces femmes qu’elles ont su dépasser des choses dues à leur condition de femmes. La photographe Julia Granperret, à travers son exposition "Dourgas" qui en sanskrit veut dire “invincibles”, a  photographié ces femmes qui ont toutes le désir de mettre fin à une situation néfaste et de se reconstruire. Dourgas est en chacune de ses femmes. L’artiste était venue exposer ce soir du 29 novembre 2018 dans le hall de la mairie du 3eme arrondissement  de Paris pour une soirée caritative.

Photographie exposition "Dougras" 
Photographie exposition "Dougras" 
(c) Traoré Bintou

Là où les droits des femmes seront bafoués, le pays s'effondrera
Frédérique Martz, directrice générale de Woman Safe

Ce qui nous réunit ce soir est la cause des femmes, la cause de la moitié de l’humanité. La part invisible qui nourrit, transmet et contribue à l’économie d’un pays. Là où les droits des femmes seront bafoués, le pays s'effondrera” ce sont les mots de Frédérique Martz, directrice générale de Woman Safe, association installée à Saint-Germain en Laye avec l'Institut en santé génésique, pour lancer la soirée caritative “Les invincibles “, au profit de la lutte contre les violences faites aux femmes .

A retrouver dans Terriennes, l'Institut en santé génésique de Frédérique Martz et de Pierre Foldès : 
Mieux dépister les femmes victimes de violence

 La sociéte commence à changer. On prend conscience aujourd'hui que c'est l'action qui va devenir essentielle pour l'avenir.
Frederique Martz , directrice de Women Safe

« On prend conscience aujourd’hui que c’est l’action qui va devenir essentiel pour l’avenir. (…/…) Et nous comptons beaucoup sur la jeune génération pour revendiquer un changement total de la division femmes/hommes » dit encore la directrice de Women Safe dans un entretien accordée au cours de la soirée. 
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Entretien avec Frédérique Martz, durée - 1'05

C’est en 2013 que  Frédérique Martz, femme engagée dans l’associatif et Pierre Foldès chirurgien urologue précurseur de la chirurgie réparatrice des femmes excisées, créent ensemble  l’Institut en Santé Génésique, devenu Women Safe en 2017 pour venir en aide efficacement aux femmes et enfants victimes de violences. C’est pour eux la fusion d’une innovation chirurgicale et d’une conception issue du monde de l’entreprise. Le 25 novembre 2018, comme tous les ans, le monde célébrait la journée de lutte contre les violences faites aux hommes .

Place au Spectacle 

Au programme ce soir, d’abord  un Cabaret d’improvisation en interactions avec le public autour des thématiques de l’égalité femme/homme et de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Les comédiens d'impronet 
Les comédiens d'impronet 
(c) Traoré Bintou Mariam

La scène se libère et les quatre comédien.es  d’impronet, troupe spécialisée dans l’improvisation, montent sur scène sous les applaudissements de la salle. Ce soir ils seront "invincibles", avec chacun.e des superpouvoirs choisis par le public. La première comédienne se lance  pour mimer le superpouvoir de donner le même salaire aux femmes qu’aux hommes. Elle donne l’impression d'être une révolutionnaire avec un fusil en main “ Un salaire équitable pour une vie plus fiable!” S’ensuivent les autres comédiens. Les invité.es s’en donnent à coeur joie. Une femme lance “J’aimerai qu’elle ait le pouvoir de faire taire les connards." Chose dite chose faite pour la comédienne :"Je suis Ta gueule girl et avec ta gueule girl tu la fermes même si tu es un super connard piou piou”. Le cabaret suit son rythme, entre donner vie à un signe astrologique ou à la reine berbère Kahina, les comédien.e.s régalent le public par leurs interprétations et spontanéité .

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Les comédiens imitent la puissante reine berbère Kahina
(c) Traoré Bintou
Après une heure, ils quittent la scène sous les ovations.

Un parterre de personnalités et d'intervenants  

La soirée se poursuit par les interventions des professionnels de WOMEN SAFE, les associations qualifiées, les partenaires et personnalités bienfaitrices, qui apportent leur expertise. Comme l'ancienne ministre et candidate à la présidence de la République Ségolène Royal : “ La première fois que je suis allée à l'Assemblée nationale, j'ai entendu quelqu’un crier  'A POIL' ! Même si aujourd'hui il y a plus de femmes en politique il reste encore beaucoup à faire. Il faut que les femmes cessent de s'auto-dénigrer. Mes deux premières années de mandat de députée on m'a demandé mes papiers alors qu'à mes collègues masculins jamais parce que forcément pour eux je ne pouvais pas être parlementaire, mais juste qu'une  assistante. Cette mise en doute de la compétence féminine  continue aujourd'hui .” 

Une femme victime de violences  est une femme qui a honte
Dany Hamon, infirmière

Dany Hamon, elle, est infirmière chez Woman Safe. Elle se confie sur la difficulté  pour les femmes victimes de violences de se faire entendre  : “Une femme victime de violences  est une femme qui a honte. Nous avons recensé plus de 2.000 femmes dans le cadre de nos activités chez Women Safe venant de toute la France. 53% des enfants reçus ont été témoins de violences conjugales "

Farida Adlani, vice présidente du conseil régional d'Ile de France pense que "ce qui ne tue pas rend plus fort" comme l'avait écrit le philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Les Francais regardent ailleurs, pointent  du doigt les pays dont l'absurdité règne en maître face aux femmes. Ces violences existent aussi en France. Tous les trois jours, une femme meurt des suites des violences de son conjoint, ou d'un proche. Tous les cinq jours, c'est un enfant qui décède des violences familiales. En s'adressant aux franciliennes, elle salue le travail de Women Safe. “Je suis heureuse d'avoir croisé leur chemin. Ils sont venus dans mon bureau demander des subventions. J'ai demandé à visiter le centre de Woman Safe et j'ai vu des femmes prises en charge mais de manière pluridisciplinaire dans un écosystème bienveillant. C'est à dupliquer.

J’entends encore parler aujourd’hui de foyers pour accueillir les femmes victimes de violences . Non les femmes doivent rester chez elles, ce sont aux hommes de partir !
Luc Frémiot, procureur de la République

Luc Frémiot est procureur de la République. Il est connu pour la politique pénale qu'il met en place afin de lutter contre les violences conjugales. “Je pense malheureusement qu’il y a énormément de Français encore qui n’accordent même pas par an 3 minutes pour réfléchir aux violences faites aux femmes. On a assisté ces dernières années à des marches, des manifestations. On pensait enfin que l’opinion publique avait ouvert les yeux. Mais avec le procès de Jacqueline Sauvage on a eu l’impression que rien n’avait été compris. J’entends encore parler aujourd’hui de foyers pour accueillir les femmes victimes de violences . Non les femmes doivent rester chez elles, ce sont aux hommes de partir!

Abi jeune sénégalaise raconte son excision 
Abi jeune sénégalaise raconte son excision 
(c) Traoré Bintou Mariam

Plusieurs personnes montent à tour de rôle sur scène raconter leur vécu. Comme Abi cette jeune fille qui s'est rendu compte qu'elle avait été excisée et a pu se reconstruire grâce à Women Safe...

La soirée se termine sur une note d'humour avec un sketch de Noémie de Lattre, actrice et essayiste,  actuellement en tournée dans la pièce "Féministe pour homme".

« Excision : ne pas céder à la pression communautaire » rappelle Linda Weil-Curiel

Dehors les gens se bousculent. Nous reconnaissons Linda Weil-Curiel. Toute sa carrière, cette avocate a lutté pour que des crimes sexistes comme l'excision soient reconnus comme tels en justice. Elle a permis la criminalisation de cette atrocité en 1983 .

"Depuis que nous avons commencé notre travail en justice, beaucoup de jeunes n’ont pas été excisées. Parce que les procès ont eu beaucoup de retentissement, jusqu’en Afrique, et les parents ne pouvaient plus ignorer non seulement que c’était interdit, mais pourquoi c’était interdit. Je leur dis dans les cours d’assises : ‘ne regardez pas l’avenir de vos enfants avec votre regard tourné vers votre passé. L’avenir de vos enfants est ici en Europe. Laissez leur choisir leur avenir." explique Linda Weil-Curiel.

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Linda Weil-Curiel, avocate au Barreau de Paris depuis 1973, a obtenu la pénalisation de l'excision en France puis en Europe - durée 1'31
(c) Traoré Bintou

Le 24 novembre, une déferlante féministe a réuni 50.000 personnes dans toutes la France pour dénoncer les violences faites aux femmes . Le lendemain 25 décembre , Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, Onu femmes à lancer sa campagne #16joursd'activisme ! Le temps de les rejoindre ainsi que des activistes engagées en faveur d'un monde plus sûr, plus juste&des millions de personnes avec qui dire « trop c'est trop ! ».