Terriennes

Isabel Diaz Ayuso, nouvelle icône de la droite espagnole

La présidente de la communauté de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, à côté du leader du Parti Populaire, Pablo Casasdo, célèbrent leur victoire aux élections régionales, le 4 mai 2021. 
La présidente de la communauté de Madrid, Isabel Diaz Ayuso, à côté du leader du Parti Populaire, Pablo Casasdo, célèbrent leur victoire aux élections régionales, le 4 mai 2021. 
©AP Photo/Bernat Armangue

Isabel Diaz Ayuso sort grande gagnante des élections régionales anticipées espagnoles à Madrid. A 42 ans, la nouvelle égérie conservatrice revendique un patriotisme madrilène décomplexé et prône la liberté à tout va en s'opposant au confinement. Pas à pas, celle que ses opposants qualifie de populiste poursuit son ascension politique, mais jusqu'où ? 

«Liberté». Elle répète ce mot à l’envi. Chaque jour. A chaque passage télévisé, chaque interview, chaque discours électoral. «Libertad», c’est le mantra d’Isabel Diaz Ayuso. Liberté d’entreprendre avec le moins possible de taxes, liberté de placer ses enfants dans le collège de son choix, liberté de faire la fête, aussi, même en pleine pandémie et même si la capitale accapare à elle seule 35% des décès de Covid-19.

«Liberté sans contrainte aucune», résume-t-elle elle-même. Un credo libéral qui l’identifie depuis son irruption en août 2019 à la tête de la Communauté de Madrid et de ses 6,6 millions d’habitants, la plus riche et influente des 17 régions du pays. Alors que le FMI recommande ces jours d’augmenter l’imposition des riches, la candidate conservatrice, elle, a promis de la réduire davantage encore.

C’est avant tout une personne qui ose et qui s’exprime sans complexe.
José Luis Martinez-Almeida, maire de Madrid, membre du PP

«Patriote madrilène» déclarée, Isabel Diaz Ayuso possède un aplomb qui décontenance adversaires et partisans. «C’est avant tout une personne qui ose et qui s’exprime sans complexe», commente le maire de la capitale, José Luis Martinez-Almeida, membre du même parti (le Parti populaire, le PP). Toute sa trajectoire le souligne: depuis 2011, lorsque cette Madrilène du quartier typique de Chamberi devient députée régionale sous la bannière du PP, elle gravit les échelons avec facilité. Plus que par ses origines – elle est issue de la classe moyenne – ou son curriculum – un master en communication politique –, elle s’est frayé un chemin vers le sommet par son aptitude à se rendre indispensable auprès de celles qui l’ont précédée à la tête de la Communauté de Madrid: Esperanza Aguirre, dont elle promena longtemps le chien et géra le compte Twitter, ou Cristina Cifuentes, dont elle dirigea la campagne en 2015.

"Une icône pop qui séduit les foules"

Non seulement la pandémie ne l’a pas affaiblie, mais elle l’a renforcée. En pleine crise sanitaire, son audace a catapulté cette quasi-inconnue parmi les personnalités les plus médiatiques, omniprésente sur les réseaux sociaux où elle est, au choix, adorée ou honnie: depuis mars 2020, elle a cherché la confrontation systématique avec le socialiste au pouvoir au niveau national Pedro Sanchez, a ouvert depuis l’été 2020 tous les commerces – restaurants et lieux culturels inclus – au motif que la vie économique est aussi importante que la santé et a permis aux Madrilènes de quitter la région à leur guise lorsque les autres régions se confinaient.

Elle dit des énormités avec un naturel désarmant
​Jordi Amat, écrivain catalan 

Son style assumé – on dit ici qu’elle a du desparpajo, un concept très espagnol, une sorte de désinvolture sympathique – fait mouche auprès d’une bonne partie des Madrilènes. «Elle est directe, claire, authentique, spontanée», la résume l’analyste Jesus Morales. Au point d’énoncer parfois des messages surréalistes. Comme lorsqu’en 2019 elle fait l’apologie des embouteillages comme «symbole identitaire» de la capitale. «Elle dit des énormités avec un naturel désarmant, comme lorsqu’elle oppose sa conception de la liberté avec le soi-disant régime communiste à la vénézuélienne de Pedro Sanchez», confie l’écrivain catalan Jordi Amat, qui la décrit comme une «icône pop qui séduit les foules».

Des manifestants défilent avec une marionnette à l'effigie d'Isabel Diaz Ayuso lors d'un rassemblement de soutien aux personnels de santé pendant la pandémie, à Madrid, le 17 avril 2021. 
Des manifestants défilent avec une marionnette à l'effigie d'Isabel Diaz Ayuso lors d'un rassemblement de soutien aux personnels de santé pendant la pandémie, à Madrid, le 17 avril 2021. 
©AP Photo/Paul White

«Guerre tribale»

Isabel Diaz Ayuso bénéficie de fait d’une large sympathie avec son style populiste, allant, parfois, jusqu’à tresser des lauriers à Donald Trump. Un bemol cependant à l'issue de ce scrutin, si elle veut obtenir la majorité absolue au parlement régional, elle va devoir s’allier avec Vox, l’ultra-droite devenue infréquentable par ses outrances. Le politologue Roger Senserrich voit en elle une figure du moment: «Cette guerre électorale n’est pas politique, mais tribale. Diaz Ayuso en a compris les clés: victimisme et identité.»

Notre article ► Vox : la tentative de l'ultra-droite contre les droits des femmes en Espagne

«Un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Espagne commence aujourd’hui», a lancé Isabel Diaz Ayuso, peu après les résultats du scrutin, devant une foule compacte réunie devant le siège de sa formation, dans le centre de la capitale espagnole. «Car aujourd’hui, en partant de Madrid, du kilomètre zéro, nous allons retrouver la fierté (…), l’unité et la liberté dont l’Espagne a besoin »« les jours sont comptés » pour le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez, a-t-elle ajouté, en affirmant s’adresser à tous les Espagnols.

La figure montante des conservateurs double son score du dernier scrutin régional de mai 2019, en totalisant plus de 44 % des voix et 65 sièges sur 136 au parlement régional. Cette victoire inflige un revers cinglant pour le premier ministre socialiste Pedro Sanchez. Elle sonne aussi cruellement la fin de la carrière de son allié, la star Pablo Iglesias, ancien vice-prėsident de l’Espagne, ex leader de Podemos, le mouvement des indignės, qui n'obtient qu'une dizaine de sièges. Madrid, l’équivalent de la région Île-de-France avec près de 8 millions d’habitants et ses 178 villes de banlieue, devient une des capitales les plus à droite d’Europe.