"J'ai choisi mon camp, je choisis la paix"

"Nos douleurs sont communes, elles doivent devenir collectives", le collectif "Guerrières de la Paix" appelle à un rassemblement pour la paix au Proche-Orient ce dimanche 22 octobre à Paris, sur le parvis de l'Hôtel de ville. Voici leur tribune publiée dans la presse. 

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Guerrieres de la paix

Le collectif Guerrières de la paix publie une tribune dans la presse pour la paix au Proche-Orient.

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Il y a dix jours, les Guerrières de la Paix, un mouvement de femmes pour la Paix, la Justice et l'Égalité né en France il y a deux ans, partait pour un voyage en Israël et en Cisjordanie avec une délégation de femmes militantes du monde entier : Iraniennes, Ouighoures, Marocaines, Sénégalaises. Ukrainiennes, une opposante russe. Des françaises musulmanes, juives, chrétiennes ou athées, venant de Sarcelles, de Paris et d'Aubervilliers. 

Elles sont rentrées au moment où les attaques ont commencé…

Avec notre délégation de militantes du monde entier, nous venons de passer plusieurs jours en Israël et en Palestine. Pendant notre voyage, nous avons sillonné la région, des kibboutz du sud, proches de Gaza, à Jérusalem, Haïfa, en passant par Ramallah et Huwara.

Nous sommes allées à la rencontre de militants palestiniens et israéliens qui luttent au quotidien, sur le terrain, pour la Paix et la Justice. 

Nous avons participé à la grande Marche The Mother’s Call organisée par nos sœurs palestiniennes et israéliennes de Women of the Sun et Women Wage Peace. Depuis des années, ces femmes ont décidé d’agir ensemble pour qu’enfin, une solution juste de paix soit trouvée pour leurs communautés, leurs familles, leurs enfants.

Nous gardons en mémoire tous ces visages illuminés par l’espoir, mais aussi la gravité dans les regards de celles qui savent dans leur chair que la paix n’est pas une posture ou une utopie mais bien une question de survie, le seul moyen d’arriver à la justice pour toutes et tous.

Nous gardons en mémoire ce moment puissant où notre amie iranienne, en notre nom à toutes, leur a adressé une vibrante déclaration de solidarité, et que des femmes du monde entier réunies à Jérusalem se sont levées le poing levé pour crier ensemble "femme, vie, liberté". 

Les Israéliens, comme les Palestiniens, ne sont ni des slogans, ni des étendards, ni les échantillons d’une humanité réduite à des fantasmes. Sur place, ils nous ont expliqué à quel point la récupération de leur souffrance pour justifier la haine était non seulement indigne, mais qu’elle était aussi un frein à leur plaidoyer visant à trouver une issue à l’impasse dans laquelle se trouvent leurs deux peuples. 

Ces personnes ont des noms, des histoires. Elles sont le vrai visage de la résistance, celui de celles et ceux qui, malgré les deuils et toutes les raisons de désespérer, continuent de miser sur la solidarité, la sororité, la fraternité et la reconnaissance de l’Autre, en dénonçant avec courage le pire dans leur propre "camp" et en tentant d’en incarner le meilleur.

Ce visage, c’est celui de Vivian Silver, cette Guerrière de la Paix de 74 ans, du kibboutz Beeri qui nous a accueillies pour nous raconter comment son association lutte quotidiennement pour convoyer vers les hôpitaux israéliens, les enfants malades de Gaza. Son sourire ne nous quitte pas.

C’est aussi celui d’Ali Abu Awad, qui a perdu son frère assassiné par un soldat israélien à un checkpoint, qui fut emprisonné pour son implication dans la lutte armée palestinienne, et qui a désormais décidé de jeter ses forces dans le plus courageux des combats, la reconnaissance de la légitimité de l’Autre et la lutte pour la Paix et la Justice. 

Nous leur avons fait la promesse de transmettre leur histoire et leurs combats. 

Nombre d’entre nous n’avaient jamais mis les pieds sur cette terre. Nous avons parlé, pleuré, marché, et ri ensemble. Beaucoup ont prié à la mosquée Al Aqsa, puis nous nous sommes retrouvées au Mur des Lamentations, glissant dans les interstices de ces antiques pierres nos prières de paix et de justice. 

Ce voyage a bouleversé à jamais nos visions du monde, nos certitudes, nos narratifs, et nos appartenances. 

À notre retour, le monde a basculé. 

Les images atroces du pogrom antisémite perpétré par le Hamas, la peur pour nos proches et les militantes restées là-bas, l’annonce que Vivian fait partie des nombreux otages enlevés à Gaza… 

La riposte violente et les frappes meurtrières du gouvernement israélien, les familles entières qui meurent sous les bombes, celles et ceux qui se retrouvent pris au piège, privés d’eau, d’électricité et même d'hôpitaux. Les terribles images, encore et encore.

Le chaos et la mort. 

Face à cela, nous assistons depuis une semaine à un bien triste spectacle. Celui des responsables politiques qui hésitent sur leurs postures ou choisissent un camp plutôt que d’avoir les mots justes pour toutes et tous. Les commentateurs qui, à l’abri des conséquences directes de ce conflit, jouent à la guerre par procuration, sur les réseaux sociaux et dans les médias. Les amitiés qui se déchirent, la guerre des drapeaux, les camps qui s’affrontent "pro Israël" contre "pro Palestine". 

Et pire encore, l’indifférence face à la souffrance de l’Autre, l’impossible solidarité avec les victimes. Le résultat d’années de confusions, de déshumanisation qui a conduit à une incapacité de solidarité et d’empathie collective face à l’horreur.

Pourtant, nos chagrins ne s’annulent pas les uns les autres, ils s’additionnent. Nos douleurs sont communes, elles doivent devenir collectives. 

Toutes ces victimes sont les nôtres, chacune d’entre elles a un visage, un nom, une histoire, des rêves. 

Les deux seuls camps qui existent dans ce conflit opposent en réalité celles et ceux qui luttent pour la Paix, la Justice et la Liberté face aux propagateurs fascistes de haine, de destruction et de guerre.

Avec les Guerrières de la Paix, nous avons choisi notre camp. 

A l’heure où chaque personne est sommée de faire bloc avec les siens, où la moindre nuance est suspecte et apparaît comme de la trahison, ce combat pour la Paix demande beaucoup de courage. Celui de prendre le risque de penser contre soi et de reconnaître la légitimité pleine et entière de l’Autre. Ce courage est peut-être le plus bel horizon de notre humanité. 

C’est la grande leçon que nous ont transmise ces militantes et militants qui affirment avec force que la Paix n’est ni impossible ni une posture déconnectée, ils sont le dernier rempart qui nous reste contre l'embrasement du conflit armé dans l'ensemble du Moyen Orient. Ils sont la seule voie possible, la seule voix juste, la seule issue pour les deux peuples.

Nos leaders politiques et nos institutions peuvent et doivent agir en utilisant les leviers diplomatiques, le droit, mais surtout leur voix pour mettre fin à cette escalade de violence qui se répercute déjà bien au-delà des frontières d'Israël et de Palestine. Ils doivent choisir le camp de la paix, mais pour cela, ils doivent voir que toutes et tous, au-delà de nos histoires et de nos amitiés, de nos sensibilités ou affiliations, nous sommes capables de nous rassembler. 

Les tyrans de ce monde ne sont pas si nombreux, et pourtant, ils se soutiennent et se renforcent. Face à eux, levons ensemble la plus belle des armées, la seule qui puisse nous sauver de la terreur et du chaos, celle qui se bat pour la paix et la justice, pour que chaque vie compte. 

Les Guerrières de la Paix

Signataires : Hanna Assouline Réalisatrice Présidente Fondatrice des Guerrières de la Paix, Ken Bugul Écrivaine et militante féministe sénégalaise , Fatima Bousso militante antiraciste membre des Guerrières de la Paix, Dilnur Reyhan sociologue, présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe, Sonia Terrab réalisatrice et militante féministe marocaine, co-fondatrice du collectif “Hors la Loi”, Aïda Tavakoli, co-fondatrice de We are Iranians Students, Zalina Steve activiste, membre de Russie Libertés, Fariba Razavi, militante iranienne Education Far away, Brigitte Stora, autrice et sociologue militante contre le racisme et l’antisémitisme, Diouma Ndiaye, membre du comité citoyen des femmes de Sarcelles, Sabrina Azoulay, productrice d’impact, Sarah Durieux activiste engagée pour la Justice et l’Égalité, Clémence Elazem, fondatrice Agence Pour-parlers, Maïmouna Ba, membre du comité citoyen des femmes de Sarcelles, Aalya Ghouli, co-présidente de l’association Salam Lekoulam, Soraya Sebti,Membre de l’association Salam Lekoulam, Farida Gueroult, membre active  engagée associations contre le racisme l’antisémitisme pour le bien vivre ensemble, Asma Cherki, militante antiraciste, Claire Leproust Maroko, productrice média Les Haut-Parleurs, Katia Mrowiec, Fondation Kaléidoscope, Anne-Marie Codur, Dialogues en humanité, Pascale Rival, professeure des écoles, Michele Lasry membre des Guerrières de la Paix, Keren Lipiec militante des Guerrieres de la Paix, Maria Akkli, étudiante et militante Guerrière de la Paix, Inès Abdennadder, étudiante et militante Guerrière de la Paix, Hélène Fuss, fondation Kaléidoscope