Jeux vidéo : les streameuses contre les attaques sexistes et sexuelles

La vague metoo n'en finit pas de déferler, et elle emporte aussi le monde du jeu vidéo en ligne. Depuis que la joueuse Maghla a fait part de son ras-le-bol dans un tweet, d'autres streameuses crient leur dégoût et dénoncent les menaces, les photos obscènes et le harcèlement auxquels elles font face depuis des années sur les réseaux. 

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Maghla devant son écran
Maghla, celle par qui le scandale est arrivé, devant son écran (capture d'écran video Youtube)
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Messages insultants, photomontages sur des corps d'actrices porno, scénarios sexuels autour de sa personne sur des forums... C'est dans un long témoignage publié sur le réseau social Twitter que Maghla, l'une des streameuses les plus suivies de France avec 700 000 abonnés sur la plateforme de diffusion Twitch, a mis en lumière l'enfer quotidien des créatrices de contenus en direct autour du jeu vidéo.

Maghla, connue comme toutes les streameuses par son pseudonyme, dénonce l'incessante sexualisation dont elle fait l'objet, s'obligeant même à surveiller son style vestimentaire pour ne pas s'exposer à des "commentaires".

"Il y a des centaines de pages de gens qui se branlent sur mes photos et les postent. Littéralement. Également des montages encore et encore et les commentaires peuvent aller (à) du "je la viole" à "je vais la pénétrer cette chienne", etc... Le forum est alimenté tous les jours", révèle-t-elle encore.

Son témoignage est fort, enrichi de nombreuses captures d'écran pour étayer son propos, et il a été partagé plus de 30 000 fois. C'est lui qui a libéré la parole, entraînant dans son sillage plusieurs autres streameuses et vidéastes françaises. Comme Shironamie et AvaMind, qui affirment avoir reçu des menaces de viol et de meurtre en live, extrait audio à l'appui.

Quant au témoignage de Trixy, il dénonce ouvertement le manque de soutien des forces de l'ordre : "Quand j'ai été voir la police pour porter plainte concrètement, malgré 300 screens (captures d'écran, ndlr) et des menaces de mort, c'était pas suffisant".

Pharos contre la haine en ligne

Début 2021, un pôle spécialisé pour lutter contre la haine en ligne a été créé au sein du parquet de Paris, tandis que le grand public peut signaler les comportements et contenus illicites sur la plateforme Pharos depuis 2009. Il faut dans tous les cas que la victime dépose plainte pour que les forces de l'ordre puissent agir. Ces moyens ont été renforcés régulièrement à mesure que le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années.  

La pointe de l'iceberg

Sur YouTube comme sur Twitch et les autres plateformes, ce sujet n'est pas nouveau et beaucoup trop récurrent, déplorent les streameuses alors que la vague metoo a déjà cinq ans. "Ceux qui tombent des nues en apprenant ça alors que ça fait des années qu'on dénonce, vous (ne) mesurez vraiment pas l'ampleur des problèmes que nous causent les hommes (oui je l'ai dit) au quotidien", déplore Lixiviatio.

J'ai dû déménager à cause de harcèlement et de 'visites' à mon appartement ; j’ai développé des angoisses énormes et mes insomnies sont devenues redoutables.
BagheraJones, steameuse

"Et là, vous voyez que la pointe de l'iceberg, complète sa consoeur BagheraJones. Personnellement, j'ai dû déménager à cause de harcèlement et de 'visites' à mon appartement, j’ai développé des angoisses énormes et mes insomnies sont devenues redoutables".

Les jeux en ligne : un monde très masculin

Présents essentiellement sur Twitch, propriété du géant Amazon, les principaux streamers francophones sont des figures masculines comme Squeezie et ZeratoR, dont les chaînes ont connu des pics d'audience d'un million de spectateurs pour l'un et 700 000 spectateurs pour l'autre.

Signataire en juin du code de conduite de l'Union européenne contre la haine en ligne, Twitch avait annoncé, en décembre 2021, la mise en place d'un système pour détecter les utilisateurs malveillants, après une vague de harcèlement raciste et homophobe.

Le code de conduite de l'Union européennes contre la haine en ligne, lancé en 2016, compte une dizaine de signataires, dont Facebook, Microsoft, Twitter, YouTube, Instagram, Snapchat, Dailymotion, Jeuxvideo.com, TikTok, et LinkedIn, ou encore l'application de messagerie Viber.

Les signataires s'engagent à évaluer dans les 24 heures la majorité des contenus signalés par les utilisateurs comme des discours de haine en ligne, et à les supprimer si nécessaire, conformément à la législation nationale et européenne.

"Faire cesser cette haine"

Le 1er novembre 2022, le ministre délégué à la transition numérique, Jean-Noël Barrot, inaugurait la Paris Games Week, le principal salon français du jeu vidéo.

A cette occasion, il a annoncé qu'il allait  organiser "dans les prochains jours" une réunion entre les victimes de cyberharcèlement, responsables de l'industrie du jeu vidéo, plateformes de streaming et principaux réseaux sociaux. Avec la ministre déléguée à l'Égalité Femmes-Hommes, Isabelle Rome, "je souhaite que nous réunissions tous les acteurs concernés (...) dans les prochains jours" pour identifier "quelles peuvent être les bonnes solutions (afin de) faire cesser cette haine en ligne inacceptable", a-t-il promis.