Terriennes

8 mars : sous les masques, la colère des "premières de corvées" gronde

Hospitalières, caissières, vendeuses, enseignantes, agentes de services, employées de maison, aides à domiciles... Les femmes sont particulièrement exposées pendant l’épidémie de Covid-19, 37 associations et organisations féministes, dont <em>les Rosies,</em> se mobilisent pour les premières de corvée !<br />
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Hospitalières, caissières, vendeuses, enseignantes, agentes de services, employées de maison, aides à domiciles... Les femmes sont particulièrement exposées pendant l’épidémie de Covid-19, 37 associations et organisations féministes, dont les Rosies, se mobilisent pour les premières de corvée !

 
©Les Rosies

Envers et contre tout, crise Covid compris, les militantes féministes sont au rendez-vous du 8 mars cette année encore. Trente-sept organisations et associations ont appellé à la grève féministe ainsi qu'à manifester à Paris et en province. Dans le respect des gestes barrières bien sûr et surtout avec, en tête de cortège, ces "premières de corvées", car malgré les masques, les oubliées de la crise sanitaire donnent de la voix. 

Cette année, il s'agit plus que jamais de défendre les droits des femmes, largement mis à mal par la pandémie. Car ce sont elles, les femmes, qui se retrouvent en première ligne, qu'elles soient infirmières, aides à domicile, sans-abri, victimes de violences conjugales... Elles sont "les premières de corvées". Et c'est sous la forme d'un appel à la grève féministe qu'elles entendent porter leurs revendications. 

"Le 8 mars, nous serons en grève avec les femmes du monde entier pour refuser tou.te.s ensemble de payer le prix de la crise pandémique avec notre travail, notre salaire, notre corps. En France comme en Pologne, au Chili comme en Italie et en Espagne, en Argentine comme au Nigeria, nous serons toutes et tous dans la rue pour dénoncer et arrêter une société patriarcale et raciste qui nous exploite, nous soumet et nous tue", dit le collectif rassemblant 37 associations et syndicats.
 

Mireille Stivala, de la CGT Santé et action sociale, appelle à faire de ce jour "un levier pour les droits", car "l’épidémie a mis en lumière que les femmes étaient au front, en première ligne à travers différentes professions et aussi à la maison", précise-t-elle.

"Le confinement a pesé très lourd sur les femmes depuis maintenant un an que dure cette crise sanitaire, que ce soit en matière de santé, d'emploi, de risques de violences intrafamiliales accrus, sans compter que ce sont pour beaucoup des métiers à prédominance féminine qui ont assuré la continuité de la société alors qu'il y avait un arrêt brutal pendant le confinement, souligne de son côté Murielle Guilbert, co-secrétaire générale de l'Union syndicale Solidaires. La grève féministe, c’est la grève du travail, dans le sens salarié, mais c’est aussi l’arrêt du travail invisible, afin de dénoncer la charge mentale et les inégalités dans la répartition des tâches", ajoute-t-elle. 

Le travail : inégalités salariales et violences sexistes

La mobilisation réunit un large éventail d’associations (dont Osez le féminisme, Les Effronté-es, Le Planning familial…), de syndicats (CGT, FSU, Solidaires, UNEF…) et de partis politiques (PCF, France insoumise, Générations, EELV, NPA…)

Un appel à la grève CGT, FSU et Solidaires a été lancé. Dans la fonction publique, des préavis ont été déposés dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’énergie, du rail ou à La Poste. Avec ou sans préavis de grève, selon le statut de leur entreprise, les femmes sont appelées à cesser le travail, soit toute la journée du 8 mars, soit en débrayant pendant deux  heures, à 15h40 par exemple - il suffira pour cela d'en informer leur direction. 

En France, aujourd'hui, l’écart de rémunération persiste à 25 % entre les femmes et les hommes, selon la moyenne présentée par le collectif, "C’est comme si chaque jour à partir de 15h40, les femmes travaillaient gratuitement... Ce sont les métiers dits féminisés qui sont les moins rémunérés. C'est le cas notamment dans la fonction publique d'Etat où, en moyenne, une femme gagne 400 euros de moins qu'un homme", précise Sigrid Gérardin de la FSU. 

Le monde du travail reste le théâtre non seulement d'inégalités persistantes dans le domaine des salaires, mais aussi de violences et de discriminations visant les femmes. Sur ce point, une avancée a été enregistrée, comme l'annonce Sophie Binet, de la CGT, qui parle même de "bonne nouvelle" : "Grâce à MeToo, les syndicats ont réussi à gagner une loi mondiale contre le harcèlement et les violences dans le monde du travail, la Convention 190 de l'Organisation internationale du Travail... Il reste maintenant aux Etats à la ratifier, comme l'ont déjà fait la Namibie, l'Italie, l'Uruguay, l'Argentine, les Îles Fidji", relève néammoins la syndicaliste. Les autorités françaises ont annoncé, à la suite de la mobilisation du 25 novembre dernier, la ratification de cette Convention, "mais cela implique la création de nouveaux droits pour protéger les victimes et améliorer les politiques de prévention, c'est ce qui sera au coeur de notre grève féministe".

Plus d'un quart des femmes déclarent avoir été victimes de violences sexistes au travail, 80% des entreprises n'ont pas de plan de prévention, alors que c'est une obligation "en théorie", comme le précise encore Sophie Binet. Jusqu'ici, le non-respect de cette convention ne fait pas l'objet de sanction, ajoute-t-elle, "et avec le télétravail, les violences conjugales se déroulent désormais sur le lieu de travail, elles ne peuvent plus rester en dehors des radars des employeurs".  
 

Invisibles parmi les invisibles

Parmi les 37 associations du collectif de la grève féministe figure aussi un groupe de sans-papiers, d’aides à domicile, d’employées de McDonald’s, ainsi que de femmes ouïgoures. Toutes dénoncent "discriminations et harcèlement". 

Ana Azania, de Femmes égalité, porte la parole des aides à domicile, invisibles s'il en est, "Si elles ne s'étaient pas battues en organisant des pétitions, elles n'auraient pas eu la promesse du président Macron d'obtenir la prime de 400 euros. Mais de la promesse à la réalité"... Beaucoup de ces aides à domicile n'ont encore rien touché, en particulier celles du secteur privé. (...) Et puis, il y a aussi une catégorie qui fait partie des plus invisibles parmi les invisibles, ce sont les travailleuses sans-papier, qui sont très nombreuses dans ce secteur". 
 

Nous serons là pour appeller à la sororité féminine, pour dire que la femme sans-papier, c'est la voisine, la maman des copains de vos enfants à l'école, c'est la femme qui contribue à l'économie comme consommatrice, comme travailleuse !
Bchira, de la Marche des Solidarités

"Si les femmes sans-papier s'arrêtent de travailler, beaucoup de secteurs dits essentiels s'arrêtent" , indique Bchira de la Marche des Solidarités, "Nous voulons lancer un cri de SOS, car nous payons très cher le prix de la crise sanitaire. Sans travail, sans ressources, nous nous retrouvons livrées à la plus grande précarité. Le 8 mars, nous voulons briser le silence et dénoncer la double violence, patriarcale et économique, que nous subissons ajoute la militante. Privées de titre de séjour, nous sommes livrées à l'esclavage moderne... Jusque-là, aucune régularisation massive n'a vu le jour, contrairement à d'autres pays d'Europe, le 8 mars, nous serons là pour appeller à la sororité féminine, pour dire que la femme sans-papier, c'est la voisine, la maman des copains de vos enfants à l'école, c'est la femme qui contribue à l'économie comme consommatrice, comme travailleuse", dit-elle encore, des larmes dans la voix

"La crise sanitaire a mis en lumière le rôle fondamental des femmes dans la société, mais les premières de corvée ne sont toujours pas reconnues", appuie Anne Leclerc de On arrête toutes. Cette association, créée en 2019, a décidé de lancer le mouvement dès le dimanche 7 mars. Un rassemblement festif et revendicatif a été organisé Place de la République, à Paris. Ce rassemblement avait pour but de rendre visibles les mobilisations des femmes pour dire stop aux inégalités salariales et professionnelles et à la surexploitation, stop aux violences sexistes et sexuelles, aux discriminations et au racisme.

Premières de corvées en tête de cortège et en chanson

Lundi 8 mars, dès 13 heures à Paris, ce sont des femmes soignantes et membres des personnels hospitaliers qui ouvrent la marche car "avec cette crise, il était important de les mettre à l'honneur", précise Youlie Yamamoto du collectif Les Rosies. Et pour animer ce rassemblement, il faudra aussi compter sur ces figures désormais bien connues des rassemblements féministes s'inspirant de l'icône féministe "Rosie la riveteuse".
 
Le 8 mars, jour de rassemblement à Paris pour la Journée internationale des droits des femmes
©LesRosies
Vêtues de leur bleu de travail, gants jaunes aux mains, et coiffées de fichus rouges, Les Rosies rythment cette journée avec plusieurs animations thématiques organisées tout au long du défilé, et surtout avec un nouvel hymne "Stop Patriarcat". Pour la chorégraphie, les manifestantes pourront s'entraîner grâce à un tuto publié sur les réseaux.
  

Des baguettes de pain contre les violences conjugales

Dans des centaines de villes, des activistes #NousToutes fourniront aux boulangeries des emballages de baguettes de pain sensibilisant contre les violences au sein du couple et rappelant les numéros utiles. Cette opération s'inspire de celle lancée le 25 novembre dernier par la mairie de Noisy-le-Sec. Une cagnotte a été lancée et 25 000 euros ont déjà été récoltés pour imprimer et distribuer plus de 500 000 sacs à pain et toucher potentiellement 1,5 million de personnes.
 
Autre ligne de combat féministe : rendre visibles les femmes dans l'espace public. On estime qu'en France, autour de 2% des rues portent des noms de femmes. Plusieurs collectivités se sont engagées à faire bouger ce chiffre. Pour cela #NousToutes met en ligne en accès libre 300 visuels pour renommer les rues.  
A quand un boulevard Christiane Taubira, ou une rue Virginie Despentes, et pourquoi pas au nom de la chanteuse belge Angèle? 
A quand un boulevard Christiane Taubira, ou une rue Virginie Despentes, et pourquoi pas au nom de la chanteuse belge Angèle? 
©#NousToutes
Un appel à manifester samedi 6 mars contre les violences sexuelles dans l'enseignement supérieur avait par ailleurs été lancé par plusieurs collectifs sur les réseaux sociaux. Suivez l'événement Facebook ici