Terriennes

Journée mondiale de la santé : les étudiantes infirmières face au COVID-19, leur première crise sanitaire

Le monde manque de six millions d’infirmier-es, selon un rapport officiel publié ce mardi 7 avril, en cette Journée mondiale de la santé. La formation des futur-es soignant-es est un enjeu majeur à l'heure du Covid-19. 
Le monde manque de six millions d’infirmier-es, selon un rapport officiel publié ce mardi 7 avril, en cette Journée mondiale de la santé. La formation des futur-es soignant-es est un enjeu majeur à l'heure du Covid-19. 
©Marcel Kusch/dpa via AP

En cette Journée mondiale de la Santé, hommage à ces millions de soignant-es qui, au quotidien, ne comptent pas leurs heures pour venir en aide aux malades du COVID-19, dans des conditions souvent extrêmes. Coup de projecteur sur les étudiantes infirmières : alors qu'elles n'ont pas encore terminé leurs études, les voilà déjà confrontées à une épidémie mondiale. Témoignages.

Chaque soir à 20 heures, les populations confinées les applaudissent depuis leur fenêtre. Dans les hôpitaux, cliniques, centres de santé, à domicile, elles sont sur le front depuis des semaines partout sur la planète pour sauver des vies. Elles, ce sont les infirmières, parce que le personnel soignant est en grande majorité composé de femmes, et cela partout dans le monde. 

Cette année, la Journée mondiale de la Santé prend un sens tout particulier, celui de l'urgence. "Les infirmières sont la colonne vertébrale des systèmes de santé", estime le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus dans un communiqué. "Aujourd'hui de nombreuses infirmières se trouvent sur la ligne de front du combat contre le Covid-19", rappelle-t-il.
 

Selon un rapport sur l'état de l'offre infirmière dans le monde, l'agence de l'ONU, la campagne internationale Nursing Now et le Conseil international des infirmières (ICN) soulignent le rôle crucial de ces professionnels infirmiers qui représentent plus de la moitié des personnels médicaux. Un peu moins de 28 millions d'infirmier-es exercent dans le monde. Entre 2014 et 2018, leur nombre a augmenté de 4,7 millions mais "il reste un déficit de 5,9 millions", les manques les plus criants se trouvant dans les pays les plus pauvres d'Afrique, Asie du Sud-Est, Moyen-Orient et Amérique du Sud.
 

Plus que jamais, la formation de futur-es soignant-es apparaît comme un enjeu majeur en ces temps de pandémie, aujourd'hui et surtout pour le monde "d'après". Voici les témoignages de quelques-unes d'entre-elles. 

Pas encore diplômée, et déjà sur le front

Dès le premier jour de son stage au SMUR de l'Oise le 2 mars, Yasmine Hariti, 24 ans, a été placée en "cellule de crise" ouverte pour gérer l'épidémie qui prenait de l'ampleur dans ce "cluster" (région à forte concentration). "On avait plus de 1000 appels par jour ! Pour des renseignements, des inquiétudes ou parce que des personnes avaient des symptômes... On était en première ligne".
 

C'est beaucoup de pression... J'espère que cette crise s'arrêtera vite, parce qu'il y a beaucoup d'enjeux : des vies, mais aussi ce confinement.
Yasmine Hariti, SMUR de l'Oise

Désormais dépêchée sur le terrain, elle ne doit pas, en tant qu'étudiante, partir sur des cas de "Covid positifs". En tout cas ce sont les consignes, mais "les symptômes sont tellement variés, que le diagnostic est souvent posé sur place..."

"C'est beaucoup de pression... J'espère que cette crise s'arrêtera vite, parce qu'il y a beaucoup d'enjeux : des vies, mais aussi ce confinement... Tous les matins, j'espère que les médecins me diront 'ça commence à se tasser, on est sur la fin'. Ce n'est pas encore arrivé".

Gérer l'urgence

Joséphine Couteaux, 19 ans, a été "réquisitionnée" au service réanimation de l'hôpital de Nancy où elle a rapidement dû apprendre à "gérer l'urgence".
 

Je découvre au fil des jours les machines, l'appareillage du patient.
Joséphine Couteaux, infirmière étudiante à Nancy

Participer à un "plan blanc" est "une expérience particulière", une "organisation et une prise en charge des patients différentes".

Pour l'instant, le service n'est pas en "saturation", donc "on a pris le temps de m'expliquer, on me laisse le temps de tout faire". "Je découvre au fil des jours les machines, l'appareillage du patient."

Les malades sont tous atteints du coronavirus et "c'est différent des patients pris en charge habituellement". "Je ne suis pas très à l'aise avec les patients intubés, ventilés et sédatés... C'est dur... Des patients restent pendant plusieurs semaines sans évolution... On part le vendredi, on revient le lundi et il n'y a pas eu beaucoup de changement. On ne se sent pas très utile des fois".

38 euros d'indemnisation par semaine

Au service gériatrique d'un hôpital du Valenciennois (Nord), Sophie Guisgand doit "respecter les distances de sécurité" avec les autres soignants. "Pas pratique pour observer les soins..." Certes, "on apprend des choses qu'on aurait jamais vues, mais psychologiquement, ça me travaille même la nuit".
 

Même les professionnels sont à cran... On a peur de contaminer nos proches.
Sophie Guisgand, infirmière stagiaire à Valenciennes

En tant que stagiaire, elle ne peut pas entrer dans les chambres d'isolement réservées aux patients suspectés contaminés. Alors elle n'a le droit qu'à un masque chirurgical par jour, "on est censé le changer toutes les quatre heures..."

S'il est "normal" pour elle de "soutenir les professionnels", elle regrette "l'indemnisation minime" des étudiantes au vu "des risques" : 38 euros par semaine en 2e année "et le remboursement des frais kilométriques". La situation est "anxiogène... même les professionnels sont à cran... On a peur de contaminer nos proches".

Les patients non malades sont aussi en détresse. "Leurs seules visites autorisées, c'est nous, et certains sont en fin de vie. Cela les affecte énormément alors ça me tient à cœur de passer du temps avec eux, de les aider à passer des appels vidéos...".

Des sourires qui commencent à s'effacer

Dans un Ehpad près de Lille, Coralye Marono "compte ses masques" : "Si dans la journée, je vois quatre personnes à l'isolement, j'ai quatre masques, pas un de plus... C'est inadmissible d'arriver face à des personnes fragilisées avec si peu de matériel."

Je suis choquée qu'il ait fallu une pandémie pour que la population et l'Etat se rendent compte de l'importance du monde médical.
Coralye Marono, infirmière dans un Ehpad

Pour "préserver les protections", le personnel limite même ses visites aux patients isolés : "On n'entre plus dans leur chambre pour demander juste si ça va". Dans son équipe, les sourires "commencent à s'effacer... On a tous peur".

Elle trouve ça "sympa" que les Français applaudissent les soignants à 20 heures, mais ça la "choque" qu'il ait fallu "une pandémie pour que la population et l'Etat se rendent compte de l'importance du monde médical". Dans son établissement, "d'habitude plein de vie", l'ambiance est "pesante" : "les résidents confinés en chambre, pas de bruits dans les couloirs... Le matin, je prends mon chariot et je vais de porte en porte. C'est un peu du travail à la chaîne."
 

France : les infirmier-ères en formation en appellent aux pouvoirs publics 
 
"Depuis maintenant 3 semaines, la formation des étudiants en soins infirmiers (ESI) est bouleversée par la crise sanitaire du SARS-CoV-2 sur le territoire français", dit ce communiqué de la FESIL (Fédération des Étudiants en Soins Infirmiers de Lyon1) publié ce mardi 7 avril.
"Les étudiants en soins infirmiers observent de grandes disparités d'organisation entre les différents Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI). "

Les étudiants "appellent donc les pouvoirs publics et les IFSI à adapter l’encadrement pédagogique dans le but d’avoir une linéarisation sur l’ensemble du territoire". Ils demandent "qu’une continuité pédagogique soit mise en place et adaptée en fonction de la situation de chacun. En effet, le temps passé aux côtés des professionnels de santé ne doit pas entraver la continuité de l’enseignement théorique des étudiants. Cette alternance doit également être prise en compte pour les étudiants en formation continue". 

Solidarité sur les réseaux

Malgré les difficultés et des moments de grande tension, sur les réseaux sociaux, le corps infirmier, qu'il soit professionnel ou en formation, reste soudé et n'hésite pas à partager ces quelques instants pendant lesquels le verbe "décompresser" prend tout son sens... 

#Merci #RestezChezVous #TousALaMaison