Terriennes

Karine Jean-Pierre, la francophone qui mène la campagne démocrate aux Etats-Unis

<p>Karine Jean-Pierre en 2018, à New York.</p>

Karine Jean-Pierre en 2018, à New York.

© Evan Agostini/Invision/AP

Originaire de Haïti, Karine Jean-Pierre incarne la diversité et la jeunesse. Mariée à une journaliste et mère d'une petite fille, la cheffe de campagne de Kamala Harris, candidate à la vice-présidence, a tout pour mobiliser les progressistes dans le camp démocrate.

Elle a 43 ans, est la maman d’une petite Soleil qu’elle a adoptée avec sa femme, Suzanne Malveaux, journaliste à CNN, et a rejoint l’équipe de Joe Biden en mai, comme conseillère politique. Elle est désormais, depuis août, la directrice de campagne de Kamala Harris, colistière du candidat démocrate.

Karine Jean-Pierre est aussi la francophone de l’équipe Biden. Née à Fort-de-France, en Martinique, de parents d’origine haïtienne qui ont fui la dictature Duvalier, elle a grandi à Paris puis est arrivée avec sa famille aux Etats-Unis à l’âge de 5 ans. Jeune, noire, lesbienne, fille d’immigrés, écologiste, progressiste, qui maîtrise l’art de la communication : Joe Biden a trouvé en elle la personne idéale pour incarner la diversité, mobiliser les minorités et dynamiser sa campagne. Pour tenter de rajeunir son image, aussi.

Conseillère de Barack Obama

Après des études en administration publique à l’Université Columbia, à New York, Karine Jean-Pierre bifurque assez vite vers la politique. Elle travaille notamment pour John Edwards, candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2008, rejoint ensuite l’équipe de campagne de Barack Obama, avant de faire partie de son administration, comme directrice régionale pour le Bureau des affaires politiques de la Maison-Blanche. En 2011, elle place son énergie dans son équipe de réélection, en se concentrant sur les swing states, ces Etats pivots capables de balancer d’un camp à l’autre.

Voir cette publication sur Instagram

Happy 58th Birthday, President @barackobama We miss you!

Une publication partagée par Karine Jean-Pierre (@k_jeanpierre) le

En 2014, Karine Jean-Pierre devient chargée de cours en affaires publiques et internationales à l’université Columbia et intervient régulièrement comme analyste politique sur MSNBC. En 2016, on la retrouve dans la campagne de Martin O’Malley, ancien gouverneur du Maryland qui visait alors la présidentielle. Après la victoire de Donald Trump, elle devient la porte-parole de MoveOn, une organisation qui soutient des candidats progressistes. Un emploi qu’elle a mis entre parenthèses pour rejoindre l’équipe de Joe Biden.

Lors de sa nomination comme cheffe de campagne de Kamala Harris, en mai dernier, l’Afro-Américaine Valerie Jarrett, une ancienne conseillère de Barack Obama, a été l’une des premières à la féliciter, sur Twitter : "Félicitations tout spécialement à @K_JeanPierre, la première personne noire de l'histoire nommée cheffe de cabinet d'un.e candidat.e à la vice-présidence" :


Pugnace, déterminée, Karine Jean-Pierre ne lâche rien. Une anecdote revient souvent: le 1er juin 2019, lors d’un débat à San Francisco avec Kamala Harris, alors candidate à l’investiture démocrate, Karine Jean-Pierre, qui était la modératrice, tente de stopper un militant qui bondit sur scène et saisit le micro de la sénatrice. La vidéo est devenue virale.


Dans son livre Moving Forward (Aller de l’avant. Une histoire d’espoir, de travail acharné et de promesse de l’Amérique, paru en novembre 2019), Karine Jean-Pierre raconte son enfance avec des parents exigeants, souvent absents à force de cumuler plusieurs jobs.
 


Mon enfance était 100% haïtienne, stricte, conservatrice, catholique.
Karine Jean-Pierre

Très jeune, elle doit prendre des responsabilités, s’occuper de sa sœur et de son frère. "Mon enfance était 100% haïtienne, stricte, conservatrice, catholique. Il y avait des crucifix sur les murs, la radio était branchée sur des stations chrétiennes. Pas de télé, pas de pyjama party chez mes amies, pas d’insolence, écrit-elle. Nous étions de la classe ouvrière, ayant toujours l’impression de danser sur un fil tendu. Une dépense inattendue – une visite aux urgences, un pare-chocs de voiture cassé – pouvait faire plonger toute la famille dans un abîme et sans nourriture dans le frigidaire. Il arrivait souvent que les factures ne puissent pas être payées, nous laissant sans électricité et sans chauffage parfois pendant des jours."

Des hauts et des bas

Sous pression, elle ne cache pas être passée par des moments sombres, au point d’avoir tenté de se suicider. Une période ponctuée de crises d’angoisse dont elle a décidé de parler pour essayer d’aider ceux qui traversent des difficultés. "Mes parents sont venus ici aux Etats-Unis pour vivre leur rêve américain qui, à bien des égards leur échappait. Encore aujourd’hui, ils connaissent parfois des fins de mois difficiles. Mais voir leur fille réussir, me voir arriver à la Maison-Blanche, faire des études à l’Université Columbia…, c’était comme une concrétisation de ce rêve. Observer leur parcours était intéressant. Quand ils étaient assommés par des difficultés, ils se relevaient. Et donc, quand je fais face à un échec, je me relève. Grandir à leurs côtés m’a rendue beaucoup plus forte," a-t-elle précisé sur PBS à la sortie de son livre. Ce rêve américain, Karine Jean-Pierre le poursuit. Peut-être en faisant une nouvelle fois son entrée à la Maison-Blanche.