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Khadidja Nefidsa, future star du football algérien - le #8mars des sportives

Khadidja Nefidsa, espoir du foot algérien, lors d'une rencontre très disputée avec le Ghana, dans le stade Omar Hamadi de Bologhine à Alger le 15 septembre 2017
Khadidja Nefidsa, espoir du foot algérien, lors d'une rencontre très disputée avec le Ghana, dans le stade Omar Hamadi de Bologhine à Alger le 15 septembre 2017
(c) Botola

L'hebdomadaire algérien Botola, dédié au football, consacre numéro après numéro de nombreuses pages aux stars féminines de ce sport si populaire. Chaque #8mars, pour la journée internationale des droits des femmes, le magazine se décline exclusivement au féminin. En voici un morceau choisi, une rencontre avec Khadidja Nefidsa, l'une des espérances algériennes du foot.  

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Khadidja Nefidsa est à 17 ans seulement, la nouvelle pépite du football féminin algérien. Découverte avec cet entretien exclusivif accordé à Botola.

Je rêvais d’une équipe où toutes les joueuses seraient habillées pareil et qui joueraient sur un vrai terrain de football et non plus un morceau de trottoir, un parking, une maison en construction ou un terrain vague

Botola : Qui se cache derrière la technicienne que vous êtes ?

Khadidja Nefidsa : Mon nom est Khadidja Nefidsa je suis née le 30 Aout 2000, j’ai donc 17 ans. Le football je suis tombée dedans dès que je suis sortie du ventre de ma mère, c’est donc tout naturellement que j’ai décidé d’en faire mon métier. Je suis footballeuse et j’évolue au poste de milieu droite au club de l’ASE Alger Centre (l’un des plus grands clubs féminin algérien, ndlr). Je porte le numéro 11.

Un jour, mon père qui discutait avec ses amis tout en me surveillant du coin de l’œil a remarqué que j’avais du talent. Il m’a demandé si cela m’intéresserait de jouer dans un vrai club.

Comment avez-vous commencé le football ?

Khadidja Nefidsa : Je suis originaire par mes parents de la région d’Ain Defla (Nord de l'Algérie) mais nous vivons à Koléa dans la wilaya de Tipaza. Et c’est dans mon quartier de Koléa que j’ai fait mes première "jongles" et mes premiers "dribbles". Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué au football dans ma rue. Et comme je me débrouillais plutôt bien, j’avais beaucoup de succès et tous les enfants du quartier me voulaient dans leur équipe. Un jour, mon père qui discutait avec ses amis tout en me surveillant du coin de l’œil a remarqué que j’avais du talent. Il m’a demandé si cela m’intéresserait de jouer dans un vrai club. J’ai répondu immédiatement oui car je rêvais d’une équipe où toutes les joueuses seraient habillées pareil et qui joueraient sur un vrai terrain de football et non plus un morceau de trottoir, un parking, une maison en construction ou un terrain vague.

Votre famille était donc derrière vous

Khadidja Nefidsa : Comme je vous l’ai dit, c’est grâce à mon père que j’ai fait carrière. Vous imaginez bien qu’il m’a encouragée plutôt que de ne pas accepter ma passion pour le football comme certaines de mes collègues. Mais au-delà de mon père, toute ma famille a toujours été ouverte d’esprit aussi bien avec les garçons qu’avec les filles. Il n’y a jamais eu de discrimination chez nous.

Votre première licence c’était où et quand ?

Khadidja Nefidsa : Je m’en souviens comme si c’était hier, j’avais 12 ans, quand mon père qui, avait pris soin de se renseigner longuement au préalable, m’a annoncé qu’il avait trouvé une équipe à Alger pour moi et j’étais folle de joie. J’ai signé ma première licence en faveur du CLT Belouizdad. Ce club a été pour moi le premier. Mais comme on dit en athlétisme ce ne fut qu’un faux départ. Car après une saison avec ce club, j’ai arrêté le football durant une année complète pour des raisons personnelles. Ce n’est qu’en 2014, à mes 14 ans, que j’ai repris le football mais cette fois-ci en faveur du club ASE Alger Centre. Un club qui a fait de moi la joueuse que je suis aujourd’hui, et que je n’ai plus quitté depuis.

De joueuse de rue à meilleure footballeuse du pays

Vous semblez aimer l’ASE comme une seconde famille ?

Khadidja Nefidsa : C’est normal que j’aime mon club. En arrivant à l’ASE Alger centre j’étais ce qu’on appelle « une footballeuse de rue », c'est-à-dire à l’aise techniquement, dribbleuse et très forte dans un petit périmètre. Aujourd’hui je joue plus collectif, j’évolue dans un périmètre plus grand et j’ai une culture tactique. Grâce à ce club, j’ai étoffé aussi mon palmarès. J’ai remporté le championnat national U17 en 2015/2016. J’ai gagné la coupe d’Algérie U17 l’année suivante en 2016/2017. J’ai même remporté la coupe de la Ligue sénior l’année dernière alors que je n’étais encore qu’une U17 et c’est une grande satisfaction pour moi. Cette saison 2016 / 2017 aura été pour moi exceptionnelle puisque j’ai même été élue meilleure footballeuse U17 du pays. Si aujourd’hui j’ai ma place dans le 11 titulaire de ce grand club, c’est grâce à mon travail et surtout grâce à tous les éducateurs qui m’ont fait progresser.

Il y a de la lumière dans vos yeux quand vous parlez foot

Khadidja Nefidsa : Bien sur que j’en parle avec de la lumière dans les yeux. Les quatre saisons que j’ai passées dans le football « FAF » (fédération algérienne de football, ndlr), c'est-à-dire en club ont été les plus belles de ma vie. J’y ai reçu une éducation footballistique mais aussi une éducation tout court. C'est-à-dire des valeurs comme la cohésion de groupe, l’altruisme, l’esprit de corps, l’appartenance à des couleurs, mais aussi le prix du travail et de l’effort et la récompense qui en découle. Si je suis arrivée en équipe nationale et si vous faites mon interview aujourd’hui c’est aussi grâce à tout ce travail éducatif de mon club et je leur en serai éternellement reconnaissante.

L’équipe Nationale c’est quoi pour vous ?

Khadidja Nefidsa : L’équipe nationale c’est… Comment dire… la plus belle chose qui puisse arriver à un footballeur ou à une footballeuse. Je serai même tentée de dire à un sportif en général. Si avoir sa passion comme métier c’est comme avoir un gros gâteau à la crème, l’équipe nationale c’est la cerise sur ce même gâteau. Lorsque l’Algérie avait battu l’Egypte au Soudan, j’avais 9 ans et comme toute l’Algérie j’avais fait la fête et j’étais très heureuse (qualification de l’Algérie à la coupe du monde 2010 après 30 ans d’absence, ndlr). Jamais je n’aurais pensé que six ans plus tard je porterai le même maillot que mes idoles. Lors de ma première sélection, en U17, j’ai eu une grosse pensée pour ma famille et toutes les personnes qui m’avaient permis de porter le maillot national. La saison passée, j’ai participé aux éliminatoires combinés CAN / Coupe du Monde 2018. Malheureusement nous avons perdu contre le Ghana. Une équipe qui a fait partie par la suite des deux qualifiées pour le mondial U20 en France. Grâce à mes belles performances lors des deux matchs aller et retour, j’ai été sélectionnée en équipe nationale sénior. Hamdoullah, cette sélection je ne la dois à personne. J’ai eu ma chance et je l’ai saisie. Mais je ne me considère pas arrivée pour autant, je me battrai à chaque séance d’entraînement avec les séniors pour gagner ma place de titulaire avec les Vertes (surnom de l'équipe nationale d'Algérie féminine de football, ndlr).

Mon rêve ? Vous voulez dire mes rêves ?

Avez-vous un rêve ?

Khadidja Nefidsa : Mon rêve ? Vous voulez dire mes rêves ? (rire) En fait ils sont imbriqués. Je rêve d’être titulaire et de briller avec l‘équipe nationale en allant le plus loin possible en coupe d’Afrique des Nations et pourquoi pas en coupe du monde. Cela me permettrait comme les Camerounaises ou les Nigérianes de me faire remarquer par un grand club européen, américain ou chinois pourquoi pas. Là-bas je serai une ambassadrice du football de mon pays. Je suis très ambitieuse et le meilleur reste à venir.

Un avis sur le football féminin en Algérie ?

Khadidja Nefidsa : Le football national est en très nette amélioration. Certes il y a encore beaucoup de choses à faire mais lorsque j’écoute les récits de mes ainées, je me dis que nous avons énormément progressé question conditions.

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