Terriennes

Kolett, une compagnie de VTC par et pour les femmes : bonne ou mauvaise idée ?

Le service de VTC Kolett a été lancée mi-septembre 2018 à Paris. Une conductrice, Anaé, à gauche, et à droite, une membre de l'équipe fondatrice, Valérie Furcajg.
Le service de VTC Kolett a été lancée mi-septembre 2018 à Paris. Une conductrice, Anaé, à gauche, et à droite, une membre de l'équipe fondatrice, Valérie Furcajg.
(c)IM

Une femme au volant, une ou plusieurs femmes à l'arrière, voilà donc le concept de cette nouvelle entreprise de VTC lancée en septembre 2018 à Paris. Kolett affiche la couleur. Ici pas de voitures peintes en rose, mais la possibilité pour les conductrices ou chauffeures, qui ne sont que 5% dans ce secteur, de mieux et plus travailler.

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Septembre 2018, petit buzz au salon du VTC Porte Champerret à Paris ... Non pas en raison de l'éternelle guerre entre chauffeurs privés et taxis, mais cette fois parce qu'on nous y annonce le lancement d'une nouvelle plate-forme, uniquement composée de chauffeures. Oui vous avez bien lu, chauffeures, avec un e, car chez Kolett, c'est son nom, il n'y a que des femmes au volant, mais aussi que des passagères.

Si cette nouvelle plate-forme n'est pas totalement la première à arriver sur ce marché en France, elle est la première à assumer complètement le fait d'être 100% faite par et pour les femmes. Les plateformes déjà existantes acceptent la clientèle masculine. Chez Kolett, les clients hommes ne sont acceptés qu'à l'unique condition, qu'ils soient en compagnie d'une femme. Voilà donc la source du buzz évoqué plus haut. Dans les médias, des débats sont organisés pour commenter ce que certain.e.s commentateurs.trices qualifient de discrimination. Les fondateurs de Kolett n'en reviennent pas et se retrouvent alors submergés par les demandes d'interviews et autres invitations sur les plateaux des chaînes d'info. Il faut dire que MeToo est passé par là, et que tout ce qui touche désormais aux questions "féminines" pour ne pas dire "féministes" devient matière à discussion. Effet bénéfique, pervers, ou pas, à vous de voir...

Un service discriminant ?

Au moment de notre reportage dans les locaux de Kolett, un bureau situé au rez-de-chaussée d'un immeubre d'un quartier chic de l'ouest parisien, on rencontre une équipe un peu devenue frileuse face à la presse suite à cette couverture médiatique inattendue. Pourtant, cela pourrait avoir permis un joli "coup médiatique" ? "Oui et non. Oui car nous avons eu d'un coup beaucoup d'inscriptions de conductrices sur notre site, et non car beaucoup de médias n'ont présenté notre projet que dans la caricature, opposant ce service aux autres, le présentant comme un service anti-hommes, mais moi je ne suis pas anti-hommes ! D'ailleurs, nous sommes trois associés, deux hommes et une femme, moi, à l'origine de Kolett. Notre but n'est pas d'exclure les hommes, mais quand un espace n'est pas dévolu aux femmes et bien c'est à nous de nous l'approprier, et c'est ce qui a motivé la création de Kolett", nous dit Valérie Furcajg, l'une des trois fondateur.trices de cette plateforme.

Alors pourquoi lancer une nouvelle plateforme de VTC pour femmes, alors que d'autres existent déjà à Paris ? S'agit-il uniquement d'une question de sécurité ? De nombreux cas d'agression sexuelles et de viol ont fait l'objet de plaintes et de procès chez Uber aux Etats-Unis, le numéro un mondial du VTC. En France, des clientes ont rapporté avoir eu des expériences traumatisantes, les chauffeurs harcelant des jeunes femmes sur leur portable via des SMS sans équivoque sur leurs intentions...

Selon une enquête de CNN, ce sont près de 103 chauffeurs de la compagnie Uber qui ont été poursuivis pour agression sexuelle au cours de ces quatre dernières années.

Valéry Furcajg, 41 ans, vient du secteur de l'audit et rêvait de se lancer dans l'entreprenariat dans un secteur de service, elle a lancé Kolett avec deux amis, hommes.
Valéry Furcajg, 41 ans, vient du secteur de l'audit et rêvait de se lancer dans l'entreprenariat dans un secteur de service, elle a lancé Kolett avec deux amis, hommes.
(c)IM

"On ne recrute pas les conductrices ce sont elles qui viennent vers nous, elles s'inscrivent sur notre plateforme. Leur motivation, c'est de pouvoir travailler dans des conditions les plus sereines possibles, dans les créneaux qui leur conviennent, et notamment si elles le désirent le soir et la nuit, car ce sont les créneaux les plus rentables" , ajoute Valérie Furcajg, "Notre envie c'est de valoriser leur travail, ce qu'elles apportent de plus dans cette filière où elles sont peu nombreuses. Cela se traduit très concrètement par une marge moins importante, alors que sur d'autres plate-formes, cette marge est de 25%, chez Kolett on l'a fixée à 15%."
 

L'objectif de Kolett ce n'est pas de discriminer mais de répondre à une situation discriminante !
Valéry Furcajg

Face aux accusations de discrimination, l'initiatrice du projet s'explique : "C'est une réaction légitime, bien-sûr on peut se poser la question de savoir dans quelle société on a envie de vivre. Sauf que pour la filière du VTC, quand on est 5% de femmes et qu'on nous dit qu'il faut la partager, elle ne l'est pas justement. Kolett cherche à se réapproprier cet espace, c'est tout. L'objectif de Kolett ce n'est pas de discriminer mais de répondre à une situation discriminante !"

Se réapproprier un espace masculin

Valérie Furcajg veut insister sur le caractère inclusif de ce projet pour les conductrices. A 41 ans, venue du secteur de l'audit, elle fut aussi athlète de haut-niveau, et elle revendique sa fibre féministe. Selon elle, le milieu automobile, si masculin, l'outil même automobile ne doit pas être réservé aux hommes, il peut et doit devenir un outil d'émancipation féminin. Le constat est parlant : aujourd'hui 95% des chauffeurs VTC sont des hommes. Pourquoi ? Tout est une question d'algorithme répond-on chez Uber, les horaires les plus demandées et aussi les plus rentables sont celles du soir et de la nuit, et à ces horaires là, les femmes chauffeures ne sont pas forcément disponibles. "Faux!" nous répond Valérie Furcajg, "Cet argument ne tient pas. Notre premier objectif chez Kolett, c'est justement de permettre à des femmes d'accéder à un emploi, de gagner leur vie, tout en décidant de leur planning comme elles l'entendent, et surtout aussi en toute sécurité pour elles, car si des clientes de VTC ont porté plainte pour s'être fait harcelées par des chauffeurs Uber ou autre, l'inverse arrive aussi. Une femme chauffeure peut se retrouver dans une situation à risque."

Quand un espace ne nous est pas délivré, on le prend, c'est ça l'empowerment, il n'est pas question de se battre contre les hommes.
Valéry Furcajg

"Quand un espace ne nous est pas délivré, on le prend, c'est ça l'empowerment, il n'est pas question de se battre contre les hommes. Chez Kolett, on créé le moyen de se réapproprier cet espace et nos droits, pour permettre aux femmes de travailler dans les conditions les plus appropriées", ajoute la jeune entrepreneure.

Du côté de la clientèle, que trouve-t-on de plus chez un service comme Kolett ? "En plus de la sécurité , il y a un aspect très important, c'est le service pour les familles, il y a des parents qui nous confient leur jeunes adolescentes pour leurs sorties du soir. C'est un transport qui se fait dans la sérénité, dans un espace confiné, on leur offre une bulle de confort. Il y a des petits kits, des lingettes, et aussi pour les plus petits, des sièges bébé."


Des sièges bébé, mais chez Kolett, pas de voitures roses, comme les "girltaxi" de Londres ou d'ailleurs, les voitures  ressemblent à s'y méprendre à toutes celles que l'on voit circuler dans ce secteur, plutôt de grosses berlines, assez luxueuses, en tout cas, propres et confortables. Nous noterons malgré tout que le logo de la marque ainsi que le site internet affichent des tons mauves presque rosés ...

L'application Kolett met en relation des chauffeures femmes et des clientes femmes, pour plus de sécurité mais aussi pour permettre aux conductrices de travailler, elles ne sont que 5%.
L'application Kolett met en relation des chauffeures femmes et des clientes femmes, pour plus de sécurité mais aussi pour permettre aux conductrices de travailler, elles ne sont que 5%.

Chauffeur (e) un métier d'homme ?

Nous montons à bord de la berline d'Anaé. Cette jeune femme de 43 ans, née au Brésil, est de l'aventure Kolett depuis le début. "J'ai tout de suite été séduite par l'idée, il y a une très bonne ambiance au sein de l'équipe, on n'est pas soumises au même système de notation des autres plate-formes, qui fait que dès qu'on ne peut dire oui à une course on se retrouve au bas de la liste". Cette maman de deux enfants a d'abord vécu en Italie où elle était responsable d'un restaurant, avec son mari. Quand sa fille a eu 6 ans, elle décide de venir à Paris pour être conductrice. Cela fait 10 ans maintenant.

Anae, Brésilienne de 43 ans, vit son rêve depuis 10 ans, celui d'être chauffeure, a choisi Kolett.
Anae, Brésilienne de 43 ans, vit son rêve depuis 10 ans, celui d'être chauffeure, a choisi Kolett.
(c)IM

Pourquoi travailler avec Kolett ? "Tout est dans l'attitude, je n'ai rien contre les hommes, c'est juste que le soir, si on travaille avec des clientes ça nous rassure. Avec des hommes, pour avoir travaillé sur d'autres applications (de VTC, ndlr), c'est plus limité, je n'ai pas peur, mais on ne sait jamais, et j'ai pu connaitre quelques expériences assez désagréables. Les clientes me racontent aussi qu'elles ont eu de leur coté des expériences négatives avec d'autres plateformes et des chauffeurs hommes, certaines se sont fait draguer lourdement, et parfois harceler. L'autre avantage, avec Kolett, c'est que cela crée un réseau, une clientèle d'habituées, ça me donne plus de travail. Ça me permet de travailler plus le soir, et de gagner mieux ma vie !"
 

Vraiment ça me plait, je suis indépendante, je gagne ma vie, et mon mari est rassuré depuis que je travaille chez Kolett, il n'a pas peur que je me fasse agresser ou malmener par un client.
Anaé

Chauffeur.e, un métier d'homme ? "Pour moi pas du tout, je n'ai jamais fait la différence, j'ai une clientèle de touristes brésiliens. Souvent les hommes me voient porter et mettre les valises dans le coffre et ils sont surpris ! "

"J'ai toujours voulu faire ça en fait, depuis toute gamine, je pense que je suis une pilote née ! Vraiment ça me plait, je suis indépendante, je m'organise et mon mari est rassuré depuis que je travaille chez Kolett, il n'a pas peur que je me fasse agresser ou malmener par un client", confie-t-elle.

Affichant plus de 80 chauffeures aujourd'hui sur la région parisienne, Kolett a bien l'intention d'agrandir sa famille en doublant voire triplant son effectif, et puis dans un second temps en séduisant de nouvelles clientes dans d'autres grandes villes de France et pourquoi pas d'Europe. En voiture Kolett !

Luksika Yathong, membre de l'Association des Motos-Taxis de Thaïlande, porte le gilet orange des moto-taxi.
Luksika Yathong, membre de l'Association des Motos-Taxis de Thaïlande, porte le gilet orange des moto-taxi.
DR/GavrocheThailande
De plus en plus de femmes "motosai", ou motos taxis à Bangkok

"Il faut avoir le coeur bien accroché", confie Ar,
une des rares femmes à se frotter à cette profession risquée et physiquement éprouvante dans les rues de Bangkok, mégalopole de plus de dix millions d'habitants.
Traditionnellement, cette corporation, tenue par une mafia liée à la police de l'aveu même de l'Association des motos taxis, est très masculine. Désormais les femmes représenteraient jusqu'à 30% des 130.000 chauffeurs de motos taxi à Bangkok, des chiffres invérifiables en l'absence de données officielles. Chaloem Changtongmadun, président de l'association des motos taxis de Thaïlande, explique l'afflux de femmes dans la profession par leur recherche de flexibilité, dans ce pays marqué par une importante économie informelle.
En fonction du temps travaillé, les chauffeurs interrogés par l'AFP disent réussir à gagner entre 500 et 1.200 bahts par jour (entre 13,50 et 32 euros), dans un pays où les ouvrières d'usine sont souvent au minimum légal de 300 bahts par jour (8 euros).
Au début, "certains hommes refusaient de s'asseoir sur ma mobylette parce que je suis une femme, ils pensaient que je ne savais pas conduire", souligne Buayloy, une des doyennes du secteur, âgée de 53 ans.
"Mais les choses changent", assure-t-elle.

(AFP)