Terriennes

L'épidémie de Covid a eu un impact majeur sur les femmes au Québec

Les femmes ont été largement impactées par l'épidémie de Covid-19. En premier lieu, les violences domestiques : 79 % des femmes ayant répondu au sondage disent avoir vécu de la violence conjugale pendant le confinement au Québec.
Les femmes ont été largement impactées par l'épidémie de Covid-19. En premier lieu, les violences domestiques : 79 % des femmes ayant répondu au sondage disent avoir vécu de la violence conjugale pendant le confinement au Québec.
©Observatoire inégalités du Québec

Impossible de terminer cette année si particulière sans dresser un bilan de l'épidémie de coronavirus. Cette pandémie a eu un impact important sur la vie des femmes un peu partout sur la planète, un impact négatif, et les femmes qui vivent au Québec n’y ont pas échappé : c’est la principale conclusion d’un rapport réalisé par l’Association pour la santé publique du Québec et l’Observatoire québécois des inégalités publié en décembre.

Accroissement des inégalités hommes-femmes

Les deux organismes ont mené un sondage auprès de 1500 Québécoises avec l'appui d’autres organismes partenaires. Ce sondage révèle que davantage de femmes que d’hommes ont perdu leur emploi, que ce soit d’une façon permanente ou temporaire, durant la crise sanitaire : depuis un an, 68% des emplois perdus étaient occupés par des femmes au Québec selon des chiffres compilés par le ministère québécois du travail. C’est le double de la perte d’emplois chez les hommes. Beaucoup de ces emplois perdus par des femmes étaient dans les secteurs du tourisme, de la restauration, et du milieu culturel, particulièrement touchés par les mesures sanitaires imposées par la pandémie.

Elles vivent une grande précarité sociale qui leur fait craindre de ne pas pouvoir faire face à leurs obligations financières.
Marianne Dessureault, porte-parole de l'ASPQ.

Et bien sûr, ces pertes d’emploi causent un important stress financier et, par le fait même, de l’anxiété : « Elles vivent une grande précarité sociale qui leur fait craindre de ne pas pouvoir faire face à leurs obligations financières, ce qui a des répercussions majeures sur leur santé physique et mentale » déclare Marianne Dessureault, porte-parole de l'ASPQ.

Pour celles qui ont réussi à garder leur emploi, le télétravail qui s’est généralisé à cause du confinement a été un poids de plus dans la charge mentale que la majorité des femmes supportent déjà en temps normal, comme le souligne Marianne Dessureault : « Les femmes qui ont gardé leur emploi ont dû transformer complètement leur quotidien. S'occuper des tout-petits et accomplir leurs tâches professionnelles en parallèle est extrêmement complexe : tout en diminuant leurs heures de travail, elles doivent répondre aux mêmes objectifs et contourner les problèmes engendrés par la fermeture des écoles et des services de garde ou la suspension des activités de loisirs des enfants ».

Les inégalités existantes en matière d'emploi se sont aggravées et cette aggravation fait même craindre un recul de l'égalité entre les sexes.
Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire québécois des inégalités

Une femme sur deux avoue dans le sondage qu’elle a eu des difficultés à concilier travail ou études avec sa vie personnelle durant l’épidémie. Et une femme sur cinq dit s’être sentie plus stressée, angoissée à cause de la situation. 65% des femmes interrogées dans cette enquête disent que leur niveau de stress a été à la hausse.

Résultat de tous ces phénomènes : un accroissement des inégalités entre les hommes et les femmes, comme le fait remarquer Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire québécois des inégalités : « La littérature examinée nous apprend que toutes les sphères de la vie des femmes sont affectées par la crise sanitaire. Mais les inégalités existantes en matière d'emploi se sont aggravées et cette aggravation fait même craindre un recul de l'égalité entre les sexes ».

La santé des femmes impactée

Cette épidémie a aussi eu un impact majeur sur la santé physique et mentale des femmes.

Les femmes ont été davantage surexposées au virus car elles sont plus nombreuses à travailler dans le secteur de la santé, elles sont largement majoritaires par exemple dans le domaine infirmier. Au Québec, on sait que 25% des gens qui ont contracté la COVID 19 lors de la première vague travaillaient dans le réseau de la santé.

Enfin le confinement très strict imposé le printemps dernier a augmenté dramatiquement les cas de violences conjugales et d’exploitation sexuelle. Isolées, les femmes victimes de ces violences ont été davantage à la merci de leurs agresseurs. On dénombre ainsi deux fois plus de femmes, âgées de 18 à 34 ans, qui disent avoir été victimes de violence physique ou verbale depuis le printemps dernier. Une statistique qui donne froid dans le dos…

Relire notre article >Covid-19 : le Québec fait face à la recrudescence des violences familiales et conjugales
 

Femmes racisées issues de l'immigration en première ligne

De son côté, le RAFIQ a lancé un sondage afin de mieux comprendre les besoins des femmes immigrées dans le contexte de la COVID 19. Les résultats démontrent que les femmes immigrantes et racisées sont plus vulnérables aux conséquences sociales et économiques de la pandémie et que leur accès au marché du travail et leur surreprésentation dans les emplois à risque et faiblement rémunérés soulèvent des enjeux à cet égard. "Leur précarité économique est encore plus importante face au fait qu’un certain nombre d’entre-elles ne peuvent bénéficier des prestations ou des aides gouvernementales du fait de leur statut d’immigration, de leur nombre insuffisant d’heures travaillées, de la durée depuis leur installation au Québec", précise le rapport de ce sondage. 

Selon ce sondage, on comprend aussi que "l’isolement accru de ces femmes qui ont perdu un emploi ou parce qu’elles ont de jeunes enfants, les rend encore plus vulnérables à la violence notamment parce qu’elles vont se retrouver à la maison plus souvent que les hommes".

 

Mettre en avant le potentiel des femmes

Le ministre québécois du Travail, Jean Boulet, s’inquiète de cette situation : il suggère aux femmes qui ont perdu leur emploi ou qui ont quitté celui qu’elles avaient car elles ne pouvaient plus concilier travail-famille, de se recycler. Il les invite à s’inscrire au Programme d’aide à la relance avec de la formation que le gouvernement québécois a mis en place récemment. Un programme similaire existe au niveau fédéral. 

Il faut aider ces femmes-là à se requalifier. Les femmes, c’est un potentiel immense dans un contexte de relance économique.
Jean Boulet, ministre québécois du Travail 

« Il faut aider ces femmes-là à se requalifier. Les femmes, c’est un potentiel immense dans un contexte de relance économique » a déclaré à Radio-Canada le ministre Jean Boulet. 
Le ministre lance aussi un message aux employeurs : « Soyez ouverts, faites preuve de flexibilité, réalisez l’importance de ce potentiel-là, énorme pour répondre à vos besoins ! Il y a énormément de place pour les femmes et il y a une demande extrêmement urgente pour nous aider à faire une relance prospère et inclusive ».

De leur côté, les 14 organismes à l’origine de ce rapport proposent des mesures concrètes comme une augmentation du taux horaire du salaire de base, ainsi que de la mensualité d’aide sociale offerte aux plus démunis de la société. Offrir une meilleure rémunération aux emplois qui sont davantage occupés par des femmes, comme les postes d’infirmières, enseignants ou éducatrices dans les services de garde, serait aussi une solution qui ferait la différence. On suggère aussi d’assurer un meilleur financement aux organismes qui viennent en aide aux femmes, et ce, quel que soit leurs champs d’intervention.

C’est donc une panoplie d’actions à prendre pour tenter de réduire les impacts négatifs et durables que cette épidémie a eu sur les Québécoises.