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L'IVG dans le monde : de la prise en charge au crime passible de prison

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De la Pologne, qui tente de restreindre encore l'une des législations sur l'avortement les plus dures au monde, à l'Argentine, qui vient de légaliser l'IVG après un siècle d'interdiction, tour d'horizon des lois sur l'avortement, toujours très inégales dans le monde.

De cinquante ans de réclusion criminelle pour une interruption de grossesse, comme au Salvador, à l'avortement autorisé jusqu'à 14 semaines de grossesse et pris en charge par l'assurance maladie, comme ce qui a récemment été envisagé en France, les lois sur l'avortement varient du tout au tout dans le monde.  

Ces pays où avorter est un crime

Dans les années 1990, le Salvador a adopté une législation draconienne qui interdit l'interruption de grossesse en toutes circonstances, même en cas de risque pour la vie de la femme. L'avortement est théoriquement passible de deux à huit ans de prison mais, dans les faits, les juges considèrent toute perte du bébé comme un "homicide aggravé", puni de 30 à 50 ans de réclusion. Selon des organisations non gouvernementales, une vingtaine de femmes sont actuellement détenues au Salvador en raison de cette loi.

Malte, où le catholicisme est religion d'Etat, reste le seul pays de l'Union européenne prohibant totalement l'interruption volontaire de grossesse (IVG). La peine encourue va de 18 mois à trois ans de prison. En Europe, mais pas dans l'Union européenne, Andorre, qui a relancé le débat fin 2019, et Saint-Marin interdisent l'avortement, tout comme le Vatican.

Dans le reste du monde, l'Interruption volontaire de grossessse est interdite dans une quinzaine de pays : Congo, Djibouti, Egypte, Guinée-Bissau, Madagascar, République démocratique du Congo, Sénégal en Afrique; Honduras, Nicaragua, Surinam, Haïti et République dominicaine en Amérique; Philippines et Laos en Asie; Palaos en Océanie.

Ces pays où l'avortement est toléré

Dans de nombreux autres pays, le droit à l'avortement reste soumis à des conditions extrêmement restrictives. Ainsi, l'IVG est-elle accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la mère dans des pays comme la Côte d'Ivoire, la Libye, l'Ouganda, le Soudan du Sud, l'Irak, le Liban, la Syrie, l'Afghanistan, le Yémen, le Bangladesh, la Birmanie, le Sri Lanka, le Guatemala, le Paraguay ou encore le Venezuela.

Fin octobre 2020, la Cour constitutionnelle de Varsovie votait la quasi-interdiction de l'avortement en invalidant l'article autorisant l'IVG en cas de malformation grave du fœtus, déclenchant une vague de protestation dans tout le pays. Une interdiction provisoirement suspendue, toutefois, après une manifestation particulièrement virulente, le 30 octobre, une mobilisation mondiale sur les réseaux sociaux et dans un contexte de pandémie mondiale.

Les sociétés d'Amérique du Sud, empreinte d'un catholicisme encore très présent, appliquent en règle générale des législations très restrictives sur l'avortement. Au Brésil, dirigé par le très conservateur Jair Bolsonaro, l'accès à l'IVG est longtemps resté très limité, en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus. 

En Argentine, la loi n'a longtemps autorisé l'avortement que dans des cas de viol ou de risque pour la santé de la mère. En 2020, le nouveau président de centre-gauche Alberto Fernandez s’est fermement engagé à présenter devant le Parlement un nouveau projet de loi en faveur de sa légalisation - projet de loi adopté par le Parlement, puis validé par le Sénat fin décembre. 

En 2017, le Chili, dirigée par une femme, Michelle Bachelet, a mis fin à près de 30 ans d'interdiction totale de l'IVG. L'avortement y est désormais autorisé en cas de risque pour la vie de la mère, de viol ou de non-viabilité du fœtus.

En Thailande, hier encore, l'IVG n'était légale que dans certains cas, lorsque la santé de la mère était menacée ou en cas de viol, par exemple, mais une femme pouvait toujours être poursuivie et encourir jusqu'à trois ans de prison. Et puis le 18 novembre 2020, sous la pression de la rue, le puissant cabinet des ministres approuvait un amendement du code pénal qui criminalisait l’avortement :


En Corée du Sud, la plus haute juridiction du pays a ordonné en avril 2019 la levée de l'interdiction de l'avortement, jugée anticonstitutionnelle, et demandé une évolution, d’ici fin 2020, de la législation très restrictive (IVG en cas de viol, d'inceste ou de menace pour la santé de la mère). Réalisant un grand écart sur ce sujet, le gouvernement présentait, début octobre, un projet de loi autorisant l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse, provoquant la colère des anti-avortement sans satisfaire les partisans de l’IVG. Le 9 novembre 2020, après 66 ans d’interdiction, la Corée du Sud légalise l’IVG.

Ces pays où le droit à l'IVG reste sous pression

Ce sont les femmes d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Océanie qui bénéficient des législations les plus libérales, acquises parfois récemment. La Nouvelle-Zélande, cependant, n'a dépénalisé qu'en mars 2020 l'avortement, qui était jusque-là passible de 14 ans d'emprisonnement dans ce pays pourtant réputé progressiste. 

En Australie, l'Etat du Queensland a légalisé l'avortement en octobre 2018, abolissant une loi de 1899 adoptée durant l'ère coloniale britannique. Seule la Nouvelle-Galles du Sud, l'Etat le plus peuplé du pays, continue à proscrire l'IVG.

En Irlande, l'avortement n'est légal que depuis septembre 2018, à la suite d'un référendum historique abrogeant l'interdiction constitutionnelle de l'IVG dans ce pays catholique. Il a également été libéralisé en octobre 2019 en Irlande du Nord, seule partie du Royaume-Uni où il restait interdit.

Aux Etats-Unis : un enjeu électoral

Aux Etats-Unis, où l'avortement est autorisé par un arrêt de la Cour Suprême en 1973, le débat a été relancé par la campagne présidentielle. Le futur président Joe Biden a promis d'inscrire dans la loi le droit à l'IVG, accusé par Donald Trump de soutenir les "avortements tardifs". Les défenseurs de l'avortement craignent toutefois les résistances de la Cour Suprême, où Donald Trump a fait entrer trois magistrats conservateurs, dont la juge Amy Coney Barrett, opposée à l'avortement, désignée in extremis avant l'élection du 3 novembre pour remplacer la juge féministe Ruth Bader Ginsburg, décédée en septembre.