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La Corée du Sud présente ses excuses pour les viols commis par l'armée en 1980

Le ministre sud-coréen de la Défense Jeong Kyeong-doo, le 21 septembre 2018 à Séoul
Le ministre sud-coréen de la Défense Jeong Kyeong-doo, le 21 septembre 2018 à Séoul
afp.com - KIM HONG-JI
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Le ministère sud-coréen de la Défense a tourné mercredi la page de décennies d'omerta en présentant ses excuses officielles pour les viols commis par l'armée en 1980 lors de la répression d'un soulèvement populaire pro-démocratie.

Le ministre Jeong Kyeong-doo a déploré "la douleur et les cicatrices profondes et indicibles" infligées à des "femmes innocentes" qui furent violées et soumises à des "tortures sexuelles" causées par les militaires réprimant les manifestations contre le putsch commis en 1979 par le général Chun Doo-hwan.

La sanglante répression, en 1980, du soulèvement populaire de Gwangju est un épisode sombre de l'histoire sud-coréenne, qui fit officiellement plus de 165 morts et 70 disparus dans cette grande ville du sud-ouest.

Si elle contribua à court terme à consolider le pouvoir du général Chun, elle fut un jalon important dans le combat contre l'autoritarisme.

Certaines associations avancent que le bilan véritable fut trois fois plus élevé.

Il y eut des manifestants et de simples passants battus à mort, torturés, tués par balle ou à coups de baïonnette.

Les militaires sud-coréens furent aussi accusés de viols généralisés. Mais le sujet resta longtemps tu car, dans une société très patriarcale, rares étaient les victimes qui osaient témoigner.

Le climat a cependant évolué avec l'arrivée a pouvoir en 2017 du président de centre-gauche Moon Jae-in, un ancien avocat spécialisé dans les droits de l'homme qui avait annoncé une semaine après son élection une nouvelle enquête sur la répression du soulèvement de 1980.

Le mouvement #metoo a également contribué à libérer la parole.

En mai, une manifestante de Gwangju, Kim Sun-ok, avait raconté à la télévision son viol en 1980 lors d'un interrogatoire, ce qui avait poussé les autorités à lancer des investigations qui ont permis de confirmer 17 cas.

"L'enquête a confirmé les viols, les agressions sexuelles et les tortures sexuelles commis par les soldats chargés de faire appliquer la loi martiale", a déclaré dans un communiqué le ministre de la Défense.

Parmi les victimes, figuraient des adolescentes, et même "de jeunes étudiantes et une femme enceinte qui n'avait même pas participé aux manifestations", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

"Au nom du gouvernement et de l'armée, je m'incline et présente mes paroles d'excuse pour la douleur et les cicatrices profondes et indicibles infligées à des victimes innocentes", a dit M. Jeong.

Mme Kim, elle, n'est pas prête à pardonner.

"Je n'ai pas écouté car le traumatisme est trop fort", a-t-elle dit à l'AFP. "A moins que les responsables soient traduits devant la justice et punis en conséquence, un million de paroles d'excuses ne valent rien."

La société sud-coréenne demeure très clivée sur la mémoire historique et nombre de conservateurs présentent toujours le soulèvement pro-démocratie de Gwangju de le présenter comme une révolte fomentée par les communistes.