Terriennes

La mort de l'ukrainienne Catherine Gandziuk allonge la liste des femmes journalistes tuées dans l'exercice de leur fonction

Catherine Gandziuk
Catherine Gandziuk
c() newsbeezer.com

Après 4 mois de lutte contre la mort, la journaliste ukrainienne Catherine Gandziuk s’est éteinte le lundi 4 novembre 2018. Agressée à l’acide le 31 juillet 2018, elle avait été transférée au centre des grands brûlés à Kiev en Ukraine. Sa disparition allonge la liste des femmes reporters tuées dans l'exercice de leurs fonctions. D'autres femmes se mobilisent contre cette tendance macabre.

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Agée de seulement 33 ans, Catherine Gandziuk était membre du conseil régional de l’oblast (département) de Kherson (Sud de l'Ukraine) et du conseil municipal de la ville du même nom mais aussi conseillère du maire. La militante et journaliste enquêtait surtout sur la corruption dans la région. Elle luttait contre ce fléau en critiquant les fonctionnaires locaux et les forces de l’ordre. Le 31 juillet 2018, aspergée d’acide sulfurique et brûlée à 30%, elle est admise en réanimation. En trois mois, elle est opérée plus de 10 fois. Elle est morte le 4 novembre 2018.
En une année en Ukraine, plus de quarante militant.es civiles et journalistes ont été agressé.e.s.

Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes

Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes
Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes
(c) Unesco.org
L’Unesco a déclaré le 2 novembre comme Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes.  D’après le baromètre des violations de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières dans le Monde, le premier semestre 2018 compte déjà quarante-sept  morts. Alors que 2017 avait été l'une des années les moins meurtrières, les six premiers mois de 2018 ont été marqués par la mort de quarante-sept journalistes et collaborateurs des médias. A l’heure actuelle, nous en sommes à soixante-dix-sept victimes.

Les femmes dans le viseur 

Catherine Gandziuk  n’est malheureusement qu’une victime de plus à ajouter sur la longue liste des femmes journalistes assassinées. Le 6 octobre 2018, on retrouvait le corps de Viktoria Marinova, 30 ans, responsable administrative et présentatrice sur TVN, une chaîne locale bulgare dans un parc de la ville. Elle enquêtait également sur des affaires de corruption.

Classé 118eme  sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, l’Afghanistan a été frappé par plusieurs attentats depuis le début de l’année. Onze journalistes ont été tuées depuis janvier et de nombreuses autres sont menacés en permanence par les différentes parties au conflit. Parmi leurs cibles les assassins privilégient les femmes journalistes, particulièrement vulnérables dans un pays où la propagande fondamentaliste est appliquée dans plusieurs régions du pays.

Mais partout dans le monde, en quelques années, les assassinats de femmes journalistes se sont multipliés. En 2012, l’américaine Marie Colvin de CNN et du Sunday Times était éliminée sur ordre du gouvernement syrien. La mexicaine Miroslava Breach assassinée en 2017 alors qu’elle couvrait depuis des années, les agissements de la pègre locale, et notamment les féminicides de Ciudad Juarez. L’indienne Gauri Lankesh, rédactrice en chef d’un magazine laïc et féministe, abattue par deux hommes à moto. En 2011, place Tahrir au Caire, Lara Logan journaliste pour CBS a été battue et victime d'agression sexuelle, le tout au milieu d'une foule survoltée à l'occasion des célébrations saluant la chute du président Hosni Moubarak. En 2013, c’était Ghislaine Dupont, de Radio France internationale, grand reporter, spécialiste du continent africain depuis vingt-cinq ans qui était enlevée, puis exécutée au Mali.
Avant et après elles, il y eut la maltaise Daphne Caruana Galizia, la suédoise Kim Wall ou encore les russes Anna Politkovskaïa, Anastassia Babourova et Natalia Estemirova.

Une liste déjà si longue…

« Leur cri nous hante »

Certes, ces femmes grands reporters ont gagné leur place sur tous les fronts, mais nous insistons sur le fait que nous sommes là face à des assassinats. Et que ces actes dûment orchestrés interpellent directement les Etats, leurs diplomaties, leurs polices, leurs services de renseignement et leurs justices. Qu’ils sont également des outils de guerre et de terreur à l’heure du tout média instantané.
Manifeste pour les femmes reporters assassinées 

Cinq ans après l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, de RFI, cinquante neufs femmes journalistes ont publié le 31 octobre 2018 un manifeste pour les femmes reporters assassinées sous le titre « Leur cri nous hante».
Le texte en forme de coup de poing, commence ainsi : "L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, le 7 octobre 2006 à Moscou, provoqua une onde de choc mondiale préjudiciable à la Russie que cette journaliste dénonçait comme «bâtie sur le sang et le mensonge». Au fil des conflits du XXe siècle, il était arrivé que des femmes reporters de guerre perdent la vie, tombées dans une embuscade ou sous les bombes. Elles en avaient pris le risque avec courage et audace. Mais, en 2006, la mort d’Anna Politovskaïa ouvrait une autre ère : celle de l’assassinat ciblé, commandité, puis exécuté."

Une étude publiée récemment  par l'International Women’s Media Foundation et Troll-Busters.com lors de la conférence annuelle de la Online News Association révèle que près des deux tiers des femmes journalistes interrogées ont été harcelées, dont plus de la moitié ont été agressées au cours de l'année écoulée.

Le sondage «Attaques et harcèlement: conséquences pour les femmes journalistes et leurs reportages» indique aussi que près du tiers des femmes interrogées envisagent de quitter la profession pour cause de harcèlement et que, au début de leur carrière, elles sont deux fois plus susceptibles d'envisager un autre emploi.