La police israélienne cherche à faire la lumière sur des crimes sexuels du Hamas

Des corps de femmes retrouvés dénudés, des récits de survivantes, ou encore des images de vidéosurveillance : la police israélienne aurait recueilli "plus de 1.500 témoignages choquants et pénibles" sur des crimes commis pendant l'attaque du Hamas le 7 octobre, mais aussi sur des femmes retenues en otage. 

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familles des otages

Rassemblement de familles d'otages détenus par le Hamas dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre lors de la marche de Tel Aviv à Jérusalem, en Israël, le 15 novembre 2023. Sur l'affiche, Moran Stella Yanai, 40 ans, est une créatrice de bijoux capturée le 7 octobre au festival de musique Nova, où elle vendait ses bijoux.

©AP Photo/Maya Alleruzzo
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Une photo prise sur le site de la rave-party de Reim, visée par une des attaques du Hamas du 7 octobre, montre le corps d'une femme avec le bas du corps dénudé, allongée au sol sur le dos, les jambes écartées et présentant des traces de brûlure à la taille et aux membres. Une autre photo montre une femme nue, jambes écartées, sa culotte baissée.

Dans l'audition filmée par la police israélienne d'une survivante, celle-ci raconte avoir vu une femme se faire violer par plusieurs hommes : "Ils la tenaient par les cheveux. Un homme lui a tiré dans la tête alors qu'il la violait".

La police israélienne a présenté à la presse internationale quelques documents servant de base à cette enquête qui prendra "plusieurs mois", selon David Katz, l'un des chef de l'unité de police criminelle. Ce dernier a annoncé "travailler sur plusieurs cas" d'agressions sexuelles et collecter des indices médico-légaux auprès de survivants, des images de vidéosurveillance et des informations données lors d'interrogatoires d'assaillants palestiniens arrêtés après le massacre. 

Les enquêteurs israéliens ont jusqu'ici recueilli "plus de 1.500 témoignages choquants et pénibles", a déclaré une policière devant le Parlement israélien, évoquant "des filles déshabillées au-dessus et au-dessous de la taille" et rapportant le témoignage du viol collectif, de la mutilation et du meurtre d'une jeune femme.

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Des actes condamnés officiellement 

Le Hamas a "rejeté" ces accusations, les qualifiant de "mensonges".

Ils (responsables du Hamas) ne veulent pas que ces femmes racontent ce qui leur est arrivé pendant leur détention. Matthew Miller, porte-parole du département d'Etat américain

 "Il semble que l'une des raisons pour lesquelles ils ne veulent pas libérer des femmes qu'ils retiennent en otage et que cette pause a volé en éclats, c'est qu'ils ne veulent pas que ces femmes racontent ce qui leur est arrivé pendant leur détention", a déclaré à la presse Matthew Miller, porte-parole du département d'Etat. Selon lui, les Etats-Unis n'ont "aucune raison de douter" des informations sur des violences sexuelles imputées au Hamas. Le président Biden lui-même a appelé à condamner ces "crimes sexuels sans ambiguité". Le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme évoque "des faits très graves".

Le 7 octobre, des commandos du Hamas ont tué en Israël 1.200 personnes, en majorité des civils, selon les autorités israéliennes. 240 personnes ont été enlevées et emmenées dans la bande de Gaza, dont 137 sont toujours retenues en otage, selon l'armée israélienne.

L'armée israélienne a lancé des bombardements sur la bande de Gaza -interrompus durant une semaine de trêve-qui ont fait jusqu'ici, selon le ministère de la Santé du Hamas à Gaza, 15.899 morts, à 70% des femmes et des moins de 18 ans.

«Quand il y a de la barbarie, on sait qu'il y a aussi des violences sexuelles»
Céline Bardet, juriste et enquêtrice criminelle internationale, fondatrice et directrice de l’ONG We are Not Weapons of War, s'exprimait sur RFI, le 7 décembre 2023.
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«Je rentre d'Israël, on sent combien ces organisations se sentent seules, il y a la pression des otages, il faut rappeler que le 7 octobre, il y a eu une barbarie d'un degré dont on a du mal encore à se rendre compte», témoigne-t-elle.

Comment l'enquête peut-elle être menée ? «C'est délicat car la plupart des victimes ont été tuées, au Rwanda on a vécu la même chose mais on y est arrivé, il est important qu'on fasse cette enquête pour qu'un travail rigoureux et minutieux puisse être mené», répond-elle.

Elle tient à parler de ce qu'elle a pu voir sur place : «On a vu des images de ciseaux enfoncés dans le vagin de femmes. Il y a eu aussi des mutilations sur les parties génitales des hommes».

Une enquête impossible ? 

"Cette enquête est la plus importante de notre histoire", juge le commissaire en chef d'Israël Yaakov Shabtai.

La grande majorité des victimes des viols et autres agressions sexuelles du 7 octobre, dont des mutilations génitales, ont été assassinées et ne pourront jamais témoigner. Cochav Elkayam Levy

"La grande majorité des victimes des viols et autres agressions sexuelles du 7 octobre, dont des mutilations génitales, ont été assassinées et ne pourront jamais témoigner", constate Cochav Elkayam Levy, présidente de la commission parlementaire sur les crimes commis contre les femmes le 7 octobre.

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Identifier, examiner, et chercher des preuves ADN

Dean Elsdunne, porte-parole de la police israélienne, assure que des examens médico-légaux ont été pratiqués dans "la zone de combat" même, sur "des corps récupérés" et ensuite emmenés à la base militaire de Shura, dans le centre d'Israël. "Nous savons... d'après les corps que nous avons vus sur le terrain, qu'il y a eu des viols et des agressions sexuelles", a-t-il déclaré aux journalistes. "Nous avons rassemblé des indices visuels, des preuves ADN, nous avons pris des photos détaillées des corps", lorsqu'ils sont arrivés à Shura, même si tous n'ont pas pu faire l'objet d'une autopsie et de recherche des causes de la mort.

Sur les 1 000 corps recensés, "des centaines" étaient dans un état très dégradé, selon la police. Mais dès la première semaine, des témoignages des secouristes de Zaka, parmi les tout premiers sur les lieux, mentionnaient des viols.

Des femmes brûlées, avec les mains et les pieds entravés... des impacts de tirs sur les parties intimes... une tête manquante et des membres manquants. Alon Oz

Au centre d'identification des corps de Shura, le docteur Alon Oz, chargé des dépouilles des "centaines de soldats" qui figurent aussi parmi les victimes du 7 octobre, a déclaré avoir vu "des femmes brûlées avec les mains et les pieds entravés. J'ai vu des (impacts de) tirs sur les parties intimes... une tête manquante et des membres manquants", dit-il.

Une autre intervenante, chargée de la toilette mortuaire a indiqué que certaines soldates avaient des "sous-vêtements plein de sang... D'autres personnes dans l'équipe ont constaté des bassins, des jambes et des pelvis brisés", a-t-elle ajouté.

Soldates frontalières

Lorsque les combattants du Hamas ont fait exploser le poste-frontière d'Erez entre Israël et la bande de Gaza, ils sont rapidement arrivés dans une base militaire israélienne dédiée à la surveillance de la frontière, une fonction uniquement assurée par des soldates.

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Plusieurs femmes y ont été enlevées, selon des témoignages de survivantes. L'une d'elle est rapidement apparue dans une vidéo diffusée par le Hamas, tirée par les cheveux de l'arrière d'un véhicule dans Gaza, des blessures au niveau des chevilles et le pantalon maculé de rouge à l'arrière.

L'enquêteur David Katz dit ne pas pouvoir établir que le Hamas avait donné des instructions pour violer des femmes mais, assure-t-il, "rien n'a été commis au hasard".

Familles rongées d'inquiétudes

Les images devenues virales de l'Israélo-Allemande Shany Louk, 22 ans, apparue le haut du corps dénudé et malmenée par des hommes à l'arrière d'un pick-up à Gaza, ont crée un climat d'angoisse. La mort de la jeune femme, qui participait à la rave-party, a été confirmée par les autorités israéliennes en octobre.

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Dans les hôpitaux susceptibles d'accueillir des femmes otages libérées, un protocole a déjà été mis en place. Il a été conçu par des associations féministes et d'aide aux victimes qui ont sensibilisé tout le personnel à une prise en charge attentive.

"Metoo à moins que vous ne soyez juive"

Sous le slogan "Metoo à moins que vous ne soyez juive", quelque 150 femmes ont manifesté lundi 4 décembre devant le siège de l'ONU à New York pour dénoncer le silence d'organisations féministes internationales face aux crimes du Hamas contre des Israéliennes le 7 octobre. En chantant "honte aux Nations unies" et en brandissant des banderoles "un viol est un viol", des New-Yorkaises ont fustigé l'organisation internationale pour son inaction supposée contre les meurtres, viols et enlèvements d'Israéliennes par des hommes du mouvement islamiste palestinien, rapporte l'AFP.

"Je les appelle les Nations 'unies pour rien'", a brocardé Hillary Larson, infirmière de 64 ans réclamant "la protection" des femmes, "la condamnation à 100%" du Hamas et "la libération des otages et des personnes innocentes".

"Nous soutenons les femmes israéliennes qui ont été violées, cela doit être considéré comme un crime. Elles méritent notre solidarité", a renchéri Carolyn Maloney, ex-parlementaire démocrate à la Chambre des représentants du Congrès de Washington pour une circonscription new-yorkaise. 

En Israël, des juristes et des militantes dénoncent le silence d'organisations internationales de défense des droits des femmes sur les accusations de viols par des combattants du Hamas. 

Tribune "Pour la reconnaissance d’un féminicide de masse en Israël le 7 octobre"

Une Tribune a été publiée dans Libération le 10 novembre 2023 et signée par de nombreux membres de la société civile et personnalités.
"De nombreux civils sont morts, mais les femmes n’ont pas été tuées de la même façon que les autres. Elles ont été exhibées nues, violées. Un collectif de personnalités publiques, dont Charlotte Gainsbourg, Isabelle Carré ou Marek Halter, souligne que ces crimes ont été dirigés contre elles en raison de leur sexe".
Le texte conclut ainsi : "Cet appel n’est pas politique. Cet appel est purement féministe et humaniste. Nous devons tous et toutes être solidaires. Nous avons mis une pétition en ligne afin que cette solidarité puisse continuer".