L'accès à l'avortement : un enjeu électoral au Canada

Justin Trudeau sera-t-il réélu ? En campagne électorale, le Premier ministre sortant a joué la carte des droits des femmes contre les conservateurs, à commencer par celle de l'accès à  l’avortement. Notre correspondante à Montréal a suivi les débats.
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©RadioCanada

L'accès à l'avortement est un droit acquis pour les femmes au Canada, mais des groupes dénoncent un problème d'accessibilité. En 2014, des manifestantes faisaient pression sur le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

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Le chef conservateur Andrew Scheer ; Jagmeet Singh, leader du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche) et le Premier ministre sortant Justin Trudeau, chef du parti libéral.
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©AP Photo/J. Scott Applewhite
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Washington, le 20 juin, 2019.
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Le 21 octobre, les Canadiens iront aux urnes pour des élections législatives après 40 jours de campagne électorale. L’enjeu principal est la réélection, ou non, du premier ministre sortant, le libéral Justin Trudeau. Les chefs des six partis en lice ont sillonné le vaste pays d’un océan à l’autre, mais étonnamment, la question des femmes a été peu abordée dans cette campagne, sauf l’inquiétude au sujet de l’avortement si jamais les conservateurs prennent le pouvoir.

L’accès à l’avortement : un enjeu électoral

Le Canada n’échappe pas à la vague conservatrice qui a remis en question aux États-Unis le droit à l’avortement. Au Nouveau-Brunswick par exemple, province des Maritimes, le gouvernement conservateur nouvellement élu vient de faire fermer la seule clinique privée d’avortement de la province.

Le vent d’inquiétude en ce qui concerne l’accès à l’avortement qui a soufflé sur cette campagne électorale, advenant une victoire des conservateurs d’Andrew Scheer, est donc tout à fait justifié. Surtout que ce dernier a finalement avoué que personnellement, il était pro-vie, mais il jure que s’il prend le pouvoir, il ne rouvrira pas le dossier de l’avortement.


Par contre, un député conservateur d’arrière-ban pourrait tout à fait soumettre un projet de loi pour restreindre l’accès à l’avortement aux Canadiennes, ce qui obligerait les députés à rouvrir le dossier et ça, c’est de l’ordre du possible quand on sait que plusieurs candidats conservateurs de l’Ouest canadien se sont clairement affichés contre l’avortement et que le mouvement pro-vie travaille d’arrache-pied en sous-main dans tout le Canada pour faire élire des députés antiavortement.

C’est ce que fait par exemple le groupe "Right now" : il a ciblé 50 circonscriptions dans tout le Canada pour faire élire "leurs députés". Et bien sûr, ce sont des candidats conservateurs, car le parti libéral du Canada et le NPD, le Parti Nouveau-Démocratique refuse tout candidat qui se dit pro-vie.

Voir le reportage sur l'accès à l'avortement au Canada du laboratoire de journalisme de Radio-Canada

Justin Trudeau va défendre les droits des femmes

Le chef libéral et Premier ministre sortant, Justin Trudeau, a joué cette carte de la question de l’avortement contre son rival conservateur en affirmant qu’il allait toujours, lui, défendre les droits des femmes et qu’en aucun cas le sujet de l’avortement ne serait d’actualité s’il garde le pouvoir.

Justin Trudeau se dit aussi prêt, s’il est réélu, à prendre tous les moyens légaux à sa disposition pour obliger le gouvernement conservateur du Nouveau-Brunswick à revenir sur sa décision qui oblige cette clinique d’avortement privée à fermer ses portes.

Où ira le vote des Canadiennes ?

Cette question d’avortement va-t-elle avoir un impact auprès des électrices ? Est-ce que Justin Trudeau, qui se proclame féministe et qui a présenté un cabinet paritaire quand il a pris le pouvoir en 2015, va avoir l’appui d’une majorité de Canadiennes ? Plusieurs lui reprochent d’avoir exclu du caucus libéral deux de ses ministres qui ont démissionné dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin. On a qualifié alors son féminisme de façade, mais est-ce que toute cette histoire aura un impact important sur le choix des électrices ? Beaucoup en doutent.

On sait qu’une majorité de Canadiennes sont soucieuses des changements climatiques et que l’enjeu environnemental a été important dans cette campagne. Ce sera probablement plus décisif dans le choix des Canadiennes, qui pourraient choisir de voter pour le Parti vert du Canada ou pour le Nouveau Parti Démocratique, afin de sanctionner les libéraux de Justin Trudeau qui ont acheté un oléoduc pour transporter le pétrole de l’Alberta vers la côte ouest du pays.

Un nombre de candidates record

Pour le reste, il faut saluer le fait qu’un nombre record de femmes se présentent à ces élections : sur les 1430 candidats, tous partis confondus, 41,9% sont des femmes, alors qu’elles n’étaient que 33,1% en 2015.

C’est le Nouveau Parti Démocratique, le parti le plus à gauche sur l’échiquier politique canadien, qui est le plus proche de la parité, avec 49,1% de femmes candidates, suivi par le Parti vert (46,2%) et le Bloc Québécois, une formation uniquement québécoise (44,9%). Chez les libéraux et les conservateurs, moins de 40% sont des femmes : 39,4% pour les libéraux, 31,1% chez les conservateurs.
 

Retrouver le dossier de TV5MONDE ► ELECTIONS FÉDÉRALES AU CANADA

La tendance des partis à ne pas présenter des femmes dans des circonscriptions qualifiées de "châteaux forts" est encore bien réelle : château fort dans le sens où leur élection est quasi acquise. Au total, seulement 2,5% des candidates se présentent dans des comtés où la victoire est certaine, contre 6% pour les hommes.

Autrement dit, oui, c’est bien d’avoir plus de femmes candidates, mais il fait aussi leur offrir des circonscriptions où elles ont des chances d’être élues. Il faudra voir maintenant combien de femmes seront élues le soir du 21 octobre…