Terriennes

#lapistedelafrancophonie : à New York, Chloé Perrier chante le jazz en français

Chloé Perrier, ambassadrice francophone et chanteuse de jazz face à la baie de New York.
Chloé Perrier, ambassadrice francophone et chanteuse de jazz face à la baie de New York.
©Jesse Green

Installée à New York depuis quelques années, Chloé Perrier a pris le parti d'interpréter en français, devant un public anglophone, des reprises de Serge Gainsbourg, Edith Piaf, Claude Nougaro. Pour cette ambassadrice du français outre-atlantique, faire son trou n'a pas toujours été facile. Le milieu du jazz ne laisse pas forcément la place aux femmes. Terriennes l'a rencontrée lors d'une escale parisienne.

Chloé Perrier avait deux rêves : chanter à New York et passer une audition pour entrer à l'Actor's Studio. Son premier voeu est devenu sa vie. Le deuxième reste à accomplir. 

Musicienne, comédienne et chanteuse depuis toute jeune, c'est en vacances, tout simplement, qu'elle découvre New York. C'était en 2010 et, elle le dit sans fausse modestie : "Je ne parlais pas un mot d'anglais." Emportée par l'énergie positive qui s'en dégage, elle tombe amoureuse de la ville, s'installe à Brooklyn. A New York, elle ne se repose jamais, mais elle se sent vivante : "On ne peut jamais se laisser aller, on se sent obliger de progresser. Tout le monde travaille et encourage la créativité. Il n'y pas les freins qu'il y a en France et on a toujours l'impression qu'on peut y arriver."

Alors pour y arriver elle enchaîne les stages de langue et travaille la musique avec acharnement pour obtenir un visa d'artiste aux Etats-Unis. "C'est grâce à la musique que je suis à New York," dit-elle aujourd'hui, et depuis, c'est grâce à New York qu'elle chante et... parle anglais - "à force d'embaucher des musiciens qui ne parlent pas un mot de français."

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Si elle est convaincue qu'elle passera le reste de sa vie aux Etats-Unis, Chloé Perrier ne se voit pas forcément rester à New York. Car depuis, elle a découvert la Californie, Los Angeles et un autre mode de vie. Un mélange de positivisme américain et de convivialité à la française : "On prend le temps de dîner entre amis, comme on le ferait en France, alors qu'à New York, les gens n'ont jamais le temps." Sa langue de cœur ? Ça reste le français, dit-elle, en écho au titre de son premier album Coeur de Française.

Rencontre avec Chloé Perrier, chanteuse de jazz 

Pourquoi ce choix de chanter en français à New York ?
Pour me démarquer, déjà, car il y a déjà beaucoup chanteuses américaines très talentueuses. Et puis pour représenter la langue française aux Etats-Unis, aussi, d’autant que les Américains adorent le français. 

Comment composez-vous votre répertoire ?
Je cherche partout : sur Internet, sur les vinyles, partout… Mon choix est instinctif, je prends ce qui me touche. Le titre de mon dernier album, Petite Fleur, du grand Sidney Bechet, est celui de la chanson préférée de mon grand-père. Il y a beaucoup d’affectif dans ma démarche. 

Comment le public américain le reçoit-il ?
J’ai choisi un répertoire assez classique auquel j’ai mêlé du moderne. Essentiellement des reprises. Dans mon premier album, j’avais repris Gainsbourg, Nougaro. A l’exception de quelques élites, les Américains ne connaissaient pas. Ce qui est grand public pour les Français reste un peu trop pointu pour les Américains. Mon nouvel album, en revanche, va des années 1920 à 1940, une période que le public américain connaît beaucoup mieux, dont les rythmes et les références sont plus familiers à un public new-yorkais. Aussi parce qu’ils connaissent l’original en anglais de pas mal de standards de jazz de ces années-là. 


Comment le public américain exprime-t-il son émotion ?
Les Américains sont beaucoup plus expressifs que le public européen. Les Français attendent la fin la chanson pour applaudir, alors que les Américains peuvent se mettre à crier au milieu d’un morceau. Au début, j’étais interloquée, mais maintenant que j’ai compris, j’en joue pour parler avec eux. Ici, on ne peut pas juste monter sur scène et chanter, il faut communiquer. Il faut se mettre le public américain dans la poche. Et quand c’est fait, alors là, ils s’extériorisent et c’est très agréable.
 

Les Américains étreignent, les Français embrassent.
Chloe Perrier

Comment se fait l’échange avec un public qui ne connaît pas les paroles ?
Je crois qu’ils n’ont pas besoin de comprendre les paroles pour ressentir les émotions. Comme je suis aussi comédienne, j’interprète mes chansons en les chantant. Ils ressentent, donc ils comprennent. Et puis au début de la chanson, je fais un petit résumé et une présentation pour qu’ils sachent de quoi on parle.  Il y a parfois des correspondances amusantes, comme le titre de cette chanson qui est Just squeeze me en anglais et qui, en français, donne Lorsque tu m’embrasses. Les Américains étreignent, les Français embrassent !

French accent or not French accent ?
Comme chanteuse, quand je dis que je prends des cours de diction, on me dit de ne surtout pas perdre mon accent. En tant que comédienne, en revanche, on me fait comprendre que mon accent est difficile à comprendre au fin fond du Tennessee, par exemple. A force de discuter et de travailler en anglais, j’avoue que l’anglais parfois prend le pas sur le français. C’est perturbant, par ce que je perds d’un côté sans gagner la perfection de l’autre. Quand j’écris, c’est en français, et si j’écris en anglais, je me fais aider.

Est-ce un avantage d'être femme dans le milieu du jazz ?
Rien n'est moins sûr, car c’est un milieu très macho. Beaucoup de garçons n’aiment pas être dirigés par une femme, surtout si elle est jeune et qu'elle sait ce qu’elle fait. Le jazz est un milieu dur où on ne laisse pas leur place aux femmes. Il y a aussi les agents qui vous draguent. J’aimerais parfois être un  gros balèze pour ne plus être embêtée, mais il y a aussi des avantages à être une jolie jeune femme - pour être choisie pour jouer dans une soirée, par exemple.


Voyez-vous les choses changer un peu ?
Oui, les choses changent. Plus ça va, plus il y a de femmes musiciennes, plus elles se battent, plus elles réussissent, plus elles sont solides et moins il est facile de les évincer. Pratiquement inexistantes il n'y a pas si longtemps, les contrebassistes, par exemple, sont de plus en plus nombreuses à New York, même si c’est un instrument lourd à transformer. Il y a aussi de plus en plus de groupes de femmes. 

Comment choisissez-vous vos musiciens ?
Les femmes étant rares dans le jazz, ce sont surtout des hommes, que je choisis pas trop macho, ou du moins respectueux. Mes musiciens sont comme mes frères. Ils me soutiennent et se battent pour mes projets. Je travaille aussi avec une femme au violon.