Terriennes

Le festival Africolor célèbre les femmes artistes !

Pour sa 30ème édition, du 16 novembre au 22 décembre prochain, le festival Africolor « continue le combat de la prise de pouvoir scénique par et pour les femmes.» En ouverture, la Kenyanne Muthoni Drummer Quenn, auteure de la bande originale du film Rafiki, réalisé par sa compatriote Wanuri Kahiu. 

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Tout à coup, Le scopitone, l’un des deux espaces bars convivialité du Centre musical Fleury Goutte d'Or – Barbara, paraît trop étroit, et même un peu étriqué pour cet avant-goût festif d’Africolor(e).

Pour sa trentième édition, les organisateurs de ce festival nomade ont choisi de lancer leur saison à Paris, au cœur de la Goûte d’Or, l’un des quartiers les plus populaires de la capitale. Et comme toujours, ici, les femmes sont à la fête. Mais cette fois, et c’est une première, elles sont à l’honneur.

Les soeurs Hié, Mélissa et Ophélia, lors de la présentation de la 30ème édition du festival Africolor.
Les soeurs Hié, Mélissa et Ophélia, lors de la présentation de la 30ème édition du festival Africolor.
© Christian Eboulé

Et quand on sait que les dynamiques initiées par les mouvements #MeToo ou encore #BalanceTonPorc ne faiblissent pas pour le moment, et c'est tant mieux, d’aucuns pourraient croire que cette mise en avant des femmes, participe d’une démarche opportuniste, voire d’une vile stratégie marketing.

Il n’en est rien. Bien au contraire. Nous sommes plutôt en présence d’un long processus, récemment parvenu à maturité, et dont Africolor(e) – qui prend un « e » pour l’occasion – n’est que la face émergée.

Sébastien Lagrave et la DJ tunisienne Missy Ness, lors de la présentation de la 30ème édition du festival Africolor.
Sébastien Lagrave et la DJ tunisienne Missy Ness, lors de la présentation de la 30ème édition du festival Africolor.
© Christian Eboulé
Ces femmes sont artistes, africaines et elles ont décidé de mener chez elles leur révolution du désir en musique
Sébastien Lagrave, directeur du festival Africolor

Et comme le souligne Sébastien Lagrave, directeur du festival, ces femmes « sont artistes, africaines et elles ont décidé de mener chez elles leur révolution du désir en musique. Elles prennent le pouvoir sur scène, elles volent les savoirs des instruments et redessinent la carte sociologique du continent en s’imposant sans concession ».

C’est notamment le cas des sœurs Hié, Mélissa et Ophélia, présentes lors de cette conférence de presse, et qui ont contribué à la rendre festive, en interprétant au balafon, deux magnifiques titres de leur répertoire.

Des instruments interdits aux femmes

Nées à Bordeaux, où elles ont grandi, les soeurs Hié ont été formées par leur père, Adams Hié, balafoniste burkinabé, arrivé en France en 1969. Toutes les deux commencent par la danse, puis, elles sont initiées, très jeunes, au chant et au bara – tambour burkinabé fait d’une calebasse recouverte d’une peau de chèvre. 

Ensuite, elles vont apprendre à jouer au djembé et au balafon. Aujourd’hui, ces deux instruments fondent le quotidien de Mélissa, tandis que sa cadette, Ophélia, se consacre surtout au balafon.

Un privilège que les deux artistes apprécient à sa juste valeur, car elles savent que certains instruments tels que le balafon, sont interdits aux femmes dans nombre de régions du Burkina Faso, le pays d’origine de leur père. Ce dernier ne leur a d'ailleurs appris que le répertoire profane, puisque dans ce sud-ouest burkinabé qui l’a vu naître, les musiques sacrées sont réservées aux initiés.

Aujourd’hui, les sœurs Hié multiplient les expériences artistiques et s’épanouissent sur scène. Dans le cadre du festival Africolor( e ), elles seront en concert le 28 novembre prochain, au théâtre des Bergeries, à Noisy-le-Sec, en région parisienne, juste avant « Les tambours du Burundi ».

Le Kaladjula Band de la grande griotte malienne Naïny Diabaté.
Le Kaladjula Band de la grande griotte malienne Naïny Diabaté.
© D.R.

Un formidable pied de nez à cette formation exclusivement masculine, conformément aux traditions burundaises. Elles joueront également le 30 novembre, à l'Espace Marcel Chauzy, à Bondy, aux côtés du Kaladjula Band de Naïny Diabaté, l'une des plus grandes griottes maliennes.

Un festival défricheur et rassembleur

Africolor se veut en effet « un festival défricheur et rassembleur ». Initié en 1988 par Jean-Claude Fall, alors directeur du théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, et l’ancien journaliste Philippe Conrath, cet événement s’est d’abord décliné sous la forme d’une nuit de fête.

Une nuit malienne, organisée en collaboration avec les associations locales de soninkés – les Soninkés sont un peuple d’Afrique de l’ouest, dont la majeure partie vit au Mali. En 1998, avec l’aide du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, cette manifestation s’est considérablement développée, allant bien au-delà de la communauté malienne.


Désormais dirigé par Sébastien Lagrave, Africolor s’est ouvert à la ville de Paris et à l’ensemble de la région Ile-de-France. En plus des concerts, les organisateurs proposent des ateliers et masterclass. Les enfants pourront ainsi découvrir le conte, grâce à la chanteuse et comédienne malienne Kadi Diarra, ou s’initier aux percussions africaines avec Moussa Héma et Julie Marillier, deux artistes qui font un travail basé sur « la transmission orale, pour développer les qualités d’écoute et de mémoire des jeunes ». Des rencontres-débats auront également lieu, comme ce colloque autour des musulmans d’origine subsaharienne et comorienne, ou cette conférence intitulée « Récits de 1958 », qui se penchera sur la mémoire coloniale camerounaise.