Terriennes

Le nouveau cri de l'actrice Asia Argento : "la misogynie est une maladie qu'il faut soigner !"

© AP Images/ Frank Franklin II

Asia Argento, actrice, réalisatrice, scénariste et DJ, est la première femme à avoir pris la parole contre Harvey Weinstein. Le 11 avril 2018, à la veille du Women In The World Summit, elle publie une tribune pour raconter ce qu'elle a vécu après cette révélation. Un discours poignant, traduit par nos confrères de Libération une semaine plus tard.

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"Pute, menteuse, traîtresse, opportuniste." Voilà, entres autres termes, comment Asia Argento est qualifiée par ceux qui veulent la discréditer depuis octobre 2017, ce mois si particulier qui marqua le début de la prise de parole des femmes partout dans le monde, une révolution dont elle fut l'une des instigatrices principales. Elle reçoit aussi, quotidiennement, des menaces et tentatives d'intimidation. Un victim shaming (mettre la faute sur la victime) qu'elle n'est pas seule à subir. Avec le mouvement #MeToo, les mots des femmes se sont envolés. Et de nombreuses personnalités publiques se sont exprimées pour le dénoncer et le décrédibiliser.

Dans le cas d'Asia Argento, la situation est particulièrement violente : elle a été la première à parler. Et sa carrière lui a donné une image difficile à combattre. Dans un portrait publié par Libération de juillet 2017, trois mois avant qu'elle ne s'exprime sur l'affaire Weinstein, elle déclarait : "Je suis vue comme la fille qui n’a pas de problème à être nue : alors ça veut dire des rôles de pute, de strip-teaseuse. C’est ma vie, mon destin. J’ai une sexualité très simple mais parce que j’en parle avec liberté, on me prend pour une maniaque sexuelle." 

Quand le "backlash" contre les femmes leur donne encore plus de force 

Asia Argento résume cette hostilité à #MeToo et à sa personne avec cette formule : "honte à la victime et déshonneur sur la pute." Mais l'actrice l'a affirmé à l'ouverture du Women In The World Summit 2018, (rencontre au sommet de femmes influentes depuis 2010 aux Etats-Unis) le contrecoup - backlash en anglais -, à ses révélations sur Harvey Weinstein lui a procuré encore plus d'énergie pour lutter :

Je suis une survivante. Je hais le terme de victime. Oui, je suis une victime mais je suis toujours là et je suis là pour me battre. 

Asia Argento, actrice

Et c'est pour continuer son combat qu'Asia Argento a publié une tribune à la veille du Women In The World Summit. Un texte qui a été fortement relayé sur les réseaux sociaux, où elle a trouvé un écho particulier et de nombreux soutiens, et qui a été traduit par Libération.  Pour Asia Argento, le contrecoup à #MeToo montre qu'il existe encore un fort sexisme et cette "misogynie est une maladie qu'il faut soigner." 

Durant sa prise de parole au Women In The World Summit, elle est aussi revenue sur le fait que les hommes et de nombreuses femmes ne comprennent pas ce que ressentent les victimes au moment d'être agressées. L'actrice l'affirme : c'est aussi là que réside l'importance de #MeToo, dans le fait d'exposer ces thématiques et d'améliorer le monde. Pour elle, le mouvement #MeToo est "la chose la plus importante qui se soit produite pour les femmes depuis le droit de vote" :

L'Italie, précurseure de l'hostilité à #MeToo

Dans sa tribune, Asia Argento consacre aussi de longues lignes à son pays d'origine, l'Italie, où la parole des femmes est toujours si violemment attaquée et remise en cause. Selon elle, le très fort sexisme devenu ordinaire en Italie tient à un homme : Silvio Berlusconi, l'ancien chef de gouvernement et magnat de la presse audiovisuelle. 

Quand il possédait un "vaste empire médiatique", il avait créé une émission, Striscia La Notizia, une émission satirique (au titre en forme de jeu de mots, mêlant "nouvelles et bande défilante", difficile à traduire) qui parodiait le journal télévisé et mettait en scène des femmes comme de simples objets sexuels muets. Cette image dégradante a confirmé les préjugés sexistes qui règnent en Italie.

A relire sur l'image des femmes en Italie et le système Berlusconi dans Terriennes : 
Rubygate : l'image de la femme dans le système Berlusconi
Pour le tribunal de Milan, Silvio Berlusconi aura péché par les femmes

L'Italie a longtemps été sexiste jusqu'à l'os : la misogynie y est une loi courante et le féminicide une réalité quotidienne.

Asia Argento, actrice

Là encore, elle considère que le mouvement #MeToo a un rôle majeur à jouer. Pour faire changer les mentalités et les lois, pour casser la culture du viol et pour permettre aux jeunes Italiennes de s'affranchir de cette pression à n'être qu'un "objet de désir sans voix." 

Son appel aura au moins été entendu par les membres du jury qui choisissent depuis plus d'un siècle les lauréats du prestigeux prix Pulitzer. Le 16 avril 2018, quelques jours après le vibrant appel de Asia Argento, ils récompensaient les journalistes du New York Times et du The New Yorker pour leurs révélations sur le système Harvey Weinstein. Jodi Kantor et Megan Twohey du quotidien, Ronan Farrow du magazine, ont été récompensés dans la catégorie la plus prestigieuse, celle du "journalisme de service public". En dépit des tentatives pour la museler, la parole des femmes fait de plus en plus écho...