Terriennes

Légion d'honneur du 1er janvier 2019 : une promotion sous l'ère de la parité

Cette année, autant de femmes que d'hommes ont été distingué.es par la Légion d'honneur, distinction de la République française créée par Napoléon Bonaparte en 1802 .
Cette année, autant de femmes que d'hommes ont été distingué.es par la Légion d'honneur, distinction de la République française créée par Napoléon Bonaparte en 1802 .
©Ludovic Marin/AP

Une petite rosette accrochée à la veste du costume, un costume d'homme, le plus souvent. Heureusement, au fil des ans, et même si les termes de Chevalier ou de Grand Officier restent masculins, la Légion d'Honneur, haute distinction de la République se féminise. De là à atteindre la parité ? Petite revue des troupes distinguées en ce début 2019.

Pendant que réseaux sociaux et sphère médiatique s'agitent autour de la Légion d'honneur attribuée à l'écrivain Michel Houellebecq, et cela à quelques jours de la sortie de son dernier opus, c'est plutôt cette bonne nouvelle qui a attiré l'interêt de Terriennes: la promotion du 1er janvier 2019 de la légion d'honneur compte autant de femmes que d’hommes.

Voilà ce que dit le communiqué officiel de la grande chancellerie de la légion d'honneur : "Cette promotion rassemble au total 402 personnes réparties à parité exacte hommes-femmes entre 345 chevaliers, 42 officiers, 9 commandeurs, 4 grands officiers et 2 grand'croix".
 
©capturedecran/Legiondhonneur
Et c'est même une femme qui ouvre le bal sur la liste publiée au Journal Officiel.

Il s'agit d'une historienne, sinologue de renom. Marie-Claire Bergère, 85 ans, déjà décorée de l'insigne d'officier de la légion d'honneur il y a quelques années, est distinguée de la grand'croix, l'une des plus hautes distinctions.
 
 
Ses thèmes de recherche sont la bourgeoisie chinoise et l'histoire de la Chine urbaine au XXe siècle. Elle enseigna à l'INALCO, où elle reste professeure émérite, la civilisation chinoise pendant de nombreuses années , et est l'auteure de nombreux ouvrages. Dans la vidéo qui suit, elle nous parle d'un précédent ouvrage publié en 2002 sur l'histoire de la ville de Shangai.

Autre personnalité distinguée en ce début 2019 au grade de chevalier, Ginette Kolinka, rescapée d’Auschwitz-Birkenau aux côtés de Simone Veil, qui oeuvre inlassablement au devoir de mémoire. Agée de 93 ans, elle s’attache toujours à transmettre son témoignage, notamment dans les écoles aux jeunes générations. Un livre paru en septembre 2016 raconte son histoire : « Une famille française dans l'Histoire » (Philippe Dana, éditions Kéro). "Vous avez la mort sur la tête. Vous ne savez pas si demain, vous allez être bonne pour le travail ou la mort. La force mentale vous sauve. Simone ce jour-là ; je crois a sauvé ma vie", confiait-elle dans Paris-Match à l'occasion de l'entrée de Simone Veil au Panthéon en juillet 2018.
 

Des femmes, connues ou inconnues

Parmi les autres femmes distinguées, des noms et des visages plus connus, comme ceux des comédiennes Nathalie Baye, promue officier, Ludmila Mikaël et Michèle Laroque, toutes deux nommées chevaliers. 
 
L'actrice française Nathalie Baye, chevalier de la légion d'honneur.
L'actrice française Nathalie Baye, chevalier de la légion d'honneur.
©AP Photo/Michel Euler

Des scientifiques aussi : Martine-Michèle Sebag, spécialiste de l'intelligence artificielle, directrice de recherche au CNRS, est nommée chevalier. Experte depuis les années quatre-vingt-dix sur les questions d’intelligence artificielle, elle a d’ailleurs
Martine-Michèle Sebag, une "défricheuse", spécialiste de l'intelligence artificielle.
Martine-Michèle Sebag, une "défricheuse", spécialiste de l'intelligence artificielle.
©Inria
été récemment considérée par la revue L’Usine Nouvelle comme faisant partie des « défricheur.e.s » de l’intelligence artificielle : ces « spécialistes du machine learning et de la donnée qui font progresser les performances des algorithmes et les lancent à la conquête de nouveaux territoires » .

Et c'est une consoeur, experte en intelligence artificielle également, Françoise Soulié-Fogelman, mathématicienne et informaticienne, qui reçoit aussi l'insigne de chevalier de la légion d'honneur. Elle fait partie des experts retenus par la Commission européenne pour élaborer une stratégie en matière d'IA.

Sur la liste des promues 2019, on trouve aussi une ancienne  ministre, Marisol Touraine, nommée chevalier. Et coup de chapeau au sport féminin avec deux de ses figures récompensées : Florence Hardouin, directrice de la fédération française de football, celle que le journal l'Equipe qualifiait de "la troisième femme la plus puissante du sport international" et Cécile Hernandez, médaillée de bronze en Snowboard cross lors des derniers JO handisports en mars 2018 en Corée, dont les larmes ont ému des milliers de télespectateurs.trices et qui témoigne à la télévision de ses difficultés techniques rencontrées lors de ces jeux olympiques.
 

Nous trouvons sur cette liste également, Emmanuele Perron, ancienne présidente du conseil de surveillance du grand port maritime du Havre, vice-présidente d'un groupe industriel de travaux publics.

Sans oublier, encore ces autres femmes, ces femmes de l'ombre comme on les appelle, dont nous citerons quelques noms : Marie-Hélène Marisseau-Perrier qui a fondé une association d'aide aux personnes autistes à Fonsorbes dans le sud de la France, Michèle Uzan, professeure des universités en gynécologie obstétrique, Georges Tarer, ancienne sage-femme en Guadeloupe. Et encore, saluons aussi ces deux dames : Odette D'Aboville et Renée Martin, toutes deux anciennes conductrices ambulancières, affichant respectivement 79 et 74 ans de service !

Polémique Houellebeck mais qui parle des femmes ?

Sur les 402 personnes distinguées, 201 sont donc des femmes, et même s'il est impossible ici de les nommer toutes, il semble important d'en citer quelques unes, du moins plus que trois ou quatre. Sur Twitter, nombre d'internautes ont relayé cette absence fort remarquée des "femmes légion d'honneur" dans les grands titres des informations du jour.
 

Un autre nom pour l'Histoire: celui de la première femme distinguée par la légion d'honneur. Marie-Angélique Duchemin, une militaire française née en Bretagne, qui avait décidé de s'engager après la mort de son mari soldat et de son père, également sous les drapeaux. Première femme à être admise à l'hôtel des Invalides, avec le grade de sous-lieutenant, elle refusa de voir Napoléon le tenant pour responsable de la mort de son mari. Elle fut décorée de la Légion d'honneur, le 15 août 1851.
 

Fondée par Napoléon Bonaparte en 1802, la Légion d’honneur est la plus élevée des distinctions nationales françaises. Elle compte aujourd’hui 92 000 membres, récompensés pour leurs mérites éminents au service de la nation.

Alors pour la petit "Histoire", nous rendrons hommages à celles qui n'en ont pas voulu : Simone de Beauvoir, Marie Curie ou encore Georgees Sand sont parmi les plus connues à avoir refusé la légion d'honneur, et c'est aussi tout à leur honneur.