Terriennes

La cuisine, un ingrédient d'intégration pour les réfugiées syriennes au Québec

Les Filles Fattoush devant leurs créations.
Les Filles Fattoush devant leurs créations.
©Catherine François

La cuisine rassemble : c’est sur ce principe qu’Adelle Tarzibachi, une Syrienne installée au Québec depuis 2003, a fondé les "Filles Fattoush", un service de traiteur  qui emploie des dizaines de réfugiées syriennes afin de les aider à s’intégrer dans la société québécoise. 

Ces dernières années, quelque 25 000 Syriens se sont installés au Canada, dont plusieurs milliers au Québec. Adelle Tarzibachi est une femme d’affaires d’origine syrienne déjà bien implantée dans la société québécoise ; elle est notamment à la barre de la compagnie Adeco Import, qui importe des produits du Moyen-Orient, dont le fameux savon d’Alep, des foutas et des produits de beauté.

A voir, le reportage de Catherine François ►

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Adelle Tarzibachi a voulu venir en aide à ses compatriotes déracinés, plus particulièrement aux femmes de sa patrie. Elle fonde ainsi, en 2017, les Filles Fattoush, "fattoush" du nom d’une salade emblématique de la cuisine syrienne. Et elle ouvre les fourneaux de ce service de traiteur et de plats prêts-à-manger à ces Syriennes qui ont trouvé refuge au Québec. "Je me suis demandé comment vont vivre ces gens-là, comment on peut les aider ? C’est comme ça qu’est venue l’idée de fonder cette entreprise sociale," raconte Adelle Tarzibachi.

Adelle Tarzibachi (au premier plan, en robe rayée noire et blanche) et les Filles Fattoush.
Adelle Tarzibachi (au premier plan, en robe rayée noire et blanche) et les Filles Fattoush.
©Catherine François

F comme Force, F comme Femme, F comme Fattoush

Depuis, une trentaine de femmes sont venues cuisiner les recettes de leur pays avec les Filles Fattoush : elles y ont trouvé un endroit pour partager leur vécu, parler de leur installation au Québec, améliorer leur français et faciliter leur processus d’intégration. Car les Filles Fattoush donnent à ces femmes un salaire pour pouvoir s’autonomiser et gagner leur vie ici. C’est un cadeau qui n’a pas de prix.

Avoir un compte bancaire, gagner sa vie, avoir une indépendance financière, cela leur donne une belle motivation.
Adelle Tarzibachi

"Avoir un compte bancaire, gagner sa vie, avoir une indépendance financière, cela leur donne une belle motivation pour continuer à vivre ici et offrir leur cuisine aux Québécois, c’est un moyen de montrer ce qu’elles ont emmené avec elles de leur pays", explique Adelle Tarzibachi.

Geneviève Comeau, co-propriétaire et directrice générale des Filles Fattoush, renchérit : "Je trouve que l’emploi est la meilleure façon d’intégrer une personne àla société ; c’est une clé pour l’intégration et, pour ces femmes, c’est l’occasion d’obtenir une autonomie financière, de sortir de la maison, se créer un réseau de contacts, de nouvelles amies, de briser l’isolement. Le projet répondait à tous ces critères qui étaient importants pour moi ; je n’ai pas hésité une seconde à embarquer."

Actuellement, les Filles Fattoush compte dix employées, dont la majorité sont à temps plein. Leurs produits sont proposés en ligne, mais aussi au Marché Jean Talon, l’un des plus grands de Montréal. Le critère de base pour l’embauche ? Savoir et aimer cuisiner les plats de son pays, bien sûr.

Le stand des Filles Fattousch au marché Jean Talon de Montréal. 
Le stand des Filles Fattousch au marché Jean Talon de Montréal. 
©lesfillesfattoush.com

Une livre de recettes pour couronner le succès

Neuf de ces Syriennes, Amal, Wiam, Tamar, Maria, Nourma, Gada, Seba, Arpik et Rana, étaient donc tout sourire et toute fierté pour présenter à des journalistes, le 30 septembre dernier, ce livre de recettes syriennes baptisé tout naturellement Les Filles Fattoush. En plus de détailler les meilleures recettes de chacune, toutes plus appétissantes les unes que les autres, le livre nous présente également ces femmes, en nous racontant leur histoire.

©Catherine François
©Catherine François

En entrevue avec Terriennes, Wiam témoigne de l’amour et l’expérience unique que lui a offert sa participation aux Filles Fattoush : elle raconte comment cela lui a ouvert des portes sur la société québécoise et qu’elle a pu tisser des liens importants avec des femmes qui ont vécu les mêmes choses qu’elle. Wiam se dit maintenant très contente de vivre ici et très fière d’avoir obtenu sa résidence permanente ; elle précise qu’elle ne pourra jamais assez remercier le Canada d'avoir ouvert ses portes aux réfugiés syriens.

Tamar cuisine avec les Filles Fattoush depuis 4 ans : cela lui a permis d’avoir un travail, alors qu’en Syrie elle n’en avait pas, elle était femme au foyer. C’est aussi, dit-elle, un bon moyen pour apprendre le français et s’intégrer à sa société d’accueil.

Même son de cloche du côté de Seba, dans les fourneaux des Filles Fattoush depuis trois ans : avant la pandémie, c’est elle qui faisait le service des buffets offerts dans des entreprises par exemple, cela lui a donc permis de rencontrer des Québécois, et elle adorait ça.

"Mange autant que tu m’aimes"

Quand on reçoit des invités en Syrie, on leur dit, à leur arrivée : "Mange autant que tu m’aimes". C’est dire toute la générosité et le sens du partage qui caractérise cette cuisine syrienne qui est dans la lignée des autres cuisines orientales comme la marocaine ou la libanaise. Les Filles Fattoush applique ce principe à la lettre. Et plus que jamais, la cuisine est un ingrédient de base dans la recette d’une bonne intégration à une société d’accueil.

Les plats syriens des Filles Fattoush.
Les plats syriens des Filles Fattoush.
©Catherine François