Terriennes

Liberia : le mea culpa d'une ONG américaine sur des viols de mineures sous sa protection

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L'ONG américaine More Than Me, animée par des évangélistes, oeuvrant au Liberia reconnaît que des filles qui fréquentaient son école dans un bidonville de la capitale Monrovia, ont été victimes de viols perpétrés par son principal dirigeant sur place. Certaines ont pu être contaminées par le HIV, transmis par leur prédateur, aujourd'hui décédé de la maladie.

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"Nous sommes profondément, immensément désolés". C'est sur ces mots de repentance que s'ouvre la page d'accueil du site Internet de More Than Me. Dans une lettre publiée le 12 octobre 2018, cette ONG américaine, reconnue aux Etats-Unis pour son action en faveur de l'éducation et la protection des jeunes filles dans un bidonville de Monrovia, la capitale du Liberia, fait un aveu terrible : "A toutes les filles qui ont été violées par Macintosh Johnson en 2014 et avant : nous avons failli. Nous avons donné à Johnson un pouvoir qu'il a exploité en abusant des enfants". Et de poursuivre "notre direction aurait dû reconnaitre les signaux plus tôt". 

Sur son compte Facebook, la fondatrice de l'ONG, Katie Meyler, loue pour sa part le courage des 10 jeunes filles qui ont dénoncé l'agresseur, cet homme qui les avait violées, y compris dans les locaux de l'école de More Than Me, ouverte en 2013, où elles étaient censées être protégées. La première à avoir dénoncé Macintosh Johnson avait 11 ans. Pour Katie Meyler et son organisation, cette parole libérée de victimes mineures — des années d'avant la vague #Metoo — serait le signe que "More Than Me a créé un environnement favorable qui a encouragé ces filles à rapporter [ces] abus".

Exercice de communication ou réelle autocritique ?

Cette version ne correspond pourtant pas à celle de la longue enquête journalistique co-publiée par Time Magazine et un site d'investigations américain ProPublica. C'est d'ailleurs cette enquête qui a poussé More Than Me à faire cet exercice de communication en forme d'autocritique, 4 ans après l'éclatement de l'affaire. Macintosh Johnson a été arrêté, puis traduit en justice en 2015. Il est mort en détention en 2016, malade du sida, dont il a pu contaminer certaines de ces victimes, dans cette école "devenue le terrain de chasse d'un prédateur".

Le premier point qui pose problème : la place qu'occupait Macintosh Johnson. Il était bien plus qu'un "membre de l'équipe" comme le présente désormais More Than Me, c'était en réalité une pièce maîtresse qui a rendu possible l'ouverture en 2013 de l'école de More Than Me dans le bidonville de West Point à Monrovia, capitale d'un pays marqué par la misère et la violence. C'est lui, qui très tôt, a accompagné Katie Meyler, alors expatriée chrétienne évangélique venant du New Jersey, dans cet environnement hostile et méconnu. Ils auraient même eu une liaison et sont restés proches. 

"Sortez les filles de la rue et envoyez-les à l'école au Liberia, Afrique de l'ouest", vidéo de More Than Me. 

Katie Meyler réalise une vidéo Facebook (voir ci-dessus) - dans laquelle Macintosh Johnson apparaît -, sur les enfants prostitués de Monrovia qu'elle veut aider : en décembre 2012, cette vidéo obtient le plus grand nombre de "J'aime" sur Facebook et remporte - en direct sur NBC -, un concours doté d'un million de dollars. C'est le début de l'aventure : ouvrir une école pour filles victimes de prostitution. More Than Me n'a guère d'expérience. En revanche, selon l'enquête journalistique, Macintosh Johnson avait déjà abusé sexuellement de fillettes. Des faits connus par certains au sein de la communauté de West Point, mais qui auraient été tus pour ne pas lui nuire, ni entraver les perspectives d'un projet humanitaire.

Une si longue attente empreinte de menaces 

Deux années vont s'écouler avant que Johnson ne soit dénoncé. Selon les témoignages, il avait menacé d'exclusion, voire de mort, ses victimes si elles le dénonçaient. Dix ont osé. La première fillette s'est confiée à une infirmière de l'école début 2014, cette dernière a attendu plusieurs mois avant de rapporter l'affaire, par crainte des conséquences. 

Quatre jours après, Johnson est arrêté. Il est le seul à être poursuivi et à être en procès. Aucun dirigeant de More Than Me ne sera amené à témoigner. La procèdure va être retardée en raison de soupçons de pots-de-vin. Johnson mourra en prison. Reste ces jeunes victimes de viols, sans coupable, sans responsable. Et More Than Me de leur promettre : "Aux survivantes atteintes du sida, nous nous engageons à continuer de vous aider".