Le voile ou la prison : les autorités accentuent la pression sur les Iraniennes

Depuis la mort de Mahsa Amini il y a un an, nombreuses sont les Iraniennes à oser défier le régime en marchant dans la rue les cheveux au vent, tête découverte. Une fronde que veulent à tout prix museler les députés iraniens. Un projet de loi renforçant les sanctions contre celles qui refusent de porter le voile vient d'être adopté. 

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Les Iraniennes défient les mollah

Des Iraniennes, certaines sans porter leur foulard islamique obligatoire, marchent dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le samedi 9 septembre 2023. Les Iraniens célèbrent le premier anniversaire des manifestations nationales contre la loi sur le foulard obligatoire qui ont éclaté après la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs.

©Photo AP/Vahid Salemi
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"Soutien à la culture de chasteté et du voile" : l'intitulé de ce projet de loi en dit long sur le bras de fer qui se déroule actuellement en Iran sous les yeux du monde. Au coeur de cette bataille, de "simples" chevelures de femme, devenues symboles de résistance et de liberté, en mémoire de Mahsa Amini. 

Ces derniers mois, de plus en plus d'Iraniennes sortent tête nue dans les lieux publics, en particulier à Téhéran et dans les grandes villes.

La fronde des Iraniennes

Des Iraniennes marchent à Téhéran, en Iran, le samedi 5 août 2023. Alors que les femmes découvertes sont monnaie courante dans les rues de Téhéran, les autorités ont commencé à perquisitionner des entreprises où des employées ou des clientes ont été vues sans foulard ni hijab.

©Photo AP/Vahid Salemi

Les autorités ont pris une série d’initiatives, allant de la fermeture de commerces, notamment de restaurants, à l’installation de caméras dans les rues, pour traquer celles qui bravent l’interdit. Visiblement, les autorités ont décidé d'aller encore plus loin. Et ce sont bien toutes ces femmes qui sont directement visées par ce texte.

Après des mois de discussion, 152 députés ont voté en faveur du texte tandis que 34 se sont prononcés contre et sept se sont abstenus. Cette adoption intervient quatre jours après le premier anniversaire de la mort de Mahsa Amini, qui avait déclenché un vaste mouvement de contestation dans le pays.

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"Promotion de la nudité"

Majoritaires au sein du pouvoir et au Parlement, les conservateurs défendent ardemment l'obligation du voile et estiment que sa disparition lancerait un processus qui modifierait en profondeur les "normes sociales".

Les véhicules dont la conductrice ou la passagère ne porte pas de hijab ou porte des vêtements inappropriés se verra infliger une amende de 5 millions de rials. Extrait projet de loi

Les députés ont approuvé le projet de loi "pour une durée d'essai de trois ans". Celui-ci prévoit ainsi des sanctions financières pour la "promotion de la nudité" ou la "moquerie du hijab" dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ainsi que des amendes et des interdictions de quitter le pays pour les propriétaires d'entreprises dont les employés ne portent pas de voile.

"Les véhicules dont la conductrice ou la passagère ne porte pas de hijab ou porte des vêtements inappropriés se verra infliger une amende de 5 millions de rials" (environ 10 euros), indique par ailleurs le texte. Est considéré comme "inapproprié" un vêtement "serré" ou "qui exhibe une partie du corps".

Au maximum, toute personne qui commet ce délit "en coopération avec des gouvernements, des médias, des groupes ou des organisations étrangères ou hostiles" à la République islamique, "ou de manière organisée, sera condamnée à une peine d'emprisonnement du quatrième degré", soit entre 5 à 10 ans, indique le projet de loi. Pour devenir loi, le texte doit être approuvé par le Conseil des gardiens de la Constitution.

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"Risques de harcèlement"

Actuellement, le fait d'apparaître "en public sans le voile musulman" est passible d'une "peine d'emprisonnement de dix jours à deux mois".

Si elle était adoptée, la nouvelle loi exposerait les femmes et les filles à des risques accrus de violence, de harcèlement et de détention arbitraire. ONU

Le 14 septembre, la Mission internationale indépendante mise en place par l'ONU après les troubles de 2022 avait estimé que, si elle était adoptée, la nouvelle loi "exposerait les femmes et les filles à des risques accrus de violence, de harcèlement et de détention arbitraire".

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Depuis le début de l'année, le bien-fondé d'un durcissement a été mis en cause par certains responsables politiques, notamment dans le camp minoritaire des réformateurs. Le Front des réformateurs a ainsi exprimé son inquiétude sur l'impact de mesures coercitives à l’encontre des élèves et des étudiantes.

En août, le président iranien Ebrahim Raïssi avait déclaré que "cette affaire des femmes ne portant pas le hijab" allait "prendre définitivement fin". Il avait estimé que cette question avait été instrumentalisée par "l'ennemi" de la République islamique, un terme visant habituellement les pays occidentaux et les opposants iraniens à l'étranger.

Mahsa Amini, un an après

Cette jeune femme kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre 2022 après avoir été arrêtée par la police des moeurs pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire strict imposé aux femmes. Sa mort a notamment relancé le débat sur cette règle, l'un des piliers idéologiques de la République islamique depuis la chute du chah en 1979.

Un an après, la commémoration de la mort de la jeune Mahsa a donné lieu à de multiples manifestations à travers le monde. Comme ici, sur le tapis rouge du festival du cinéma de Venise en Italie. 

La Mostra pour Mahsa

Manifestation de solidarité envers les femmes et les hommes d'Iran arrivent à la première du film "Maestro" avec des pancartes indiquant "Rise With The Women of Iran" lors de la 80e édition du Festival du Film de Venise, Italie, le samedi 2 septembre 2023.

©Photo de Vianney Le Caer/Invision/AP

Dans la rue ou sur les réseaux sociaux, la solidarité avec les Iraniennes se poursuit, plus que jamais, pour ne pas oublier la mort d'une jeune femme pour un voile "mal mis", et pour que son visage reste le symbole de la quête de liberté pour toutes les Iraniennes. 

Soyons claires, nous, les femmes d’Iran, n’abandonnerons pas notre combat. Masih Alinejad, militante iranienne en exil

"Ma colère… L'année dernière à @OsloFF je savais que le monde entier, en particulier les femmes politiques occidentales, allait abandonner les femmes iraniennes. Maintenant, écoutez ce court extrait, vous comprendrez alors pourquoi j'étais frustrée. Mais soyons claires, nous, les femmes d’Iran, n’abandonnerons pas notre combat", a écrit sur son compte X la très populaire Masih Alinejad, militante contrainte à l'exil, qui se bat contre le port du voile en Iran déjà depuis de nombreuses années.

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