Femmes, noires, francophones : les "Puissantes"

En politique, musique, sport… De tout temps, les femmes noires et francophones ont soulevé des montagnes. Et pourtant, ces héroïnes restent trop souvent dans l’ombre. Les Puissantes : 26 femmes noires francophones qui ont fait, font ou feront l’Histoire les met en lumière et redonne des couleurs à la littérature jeunesse. 

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francophones noires

Détail de la couverture du livre Les Puissantes : 26 femmes noires francophones qui ont fait, font ou feront l’Histoire (éd. Les Insolentes) 

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Lorsque la maîtresse a demandé à ses élèves de choisir un livre de l’école avec un personnage qui leur ressemble, Laura Nsafou a cherché mais n’a rien trouvé… Alors que la majorité de ses camarades avaient "l’embarras du choix", raconte l’écrivaine française et blogueuse afroféministe dans la préface des Puissantes : 26 femmes noires francophones qui ont fait, font ou feront l’Histoire

fillette noire

Détail d'une illustration de Les Puissantes : 26 femmes noires francophones qui ont fait, font ou feront l’Histoire (éd. Les Insolentes)

Un livre jeunesse dédié aux parcours inspirants de femmes noires et francophones qui ont ouvert des portes, milité, gagné des médailles, créé des œuvres majeures et qui, pourtant, ne figuraient dans aucun livre... jusqu’à aujourd'hui.

Leur travail, leur art, et parfois leur existence même sont constamment remis en question. Diariatou Kebe

"Les femmes noires en France sont souvent stigmatisées, victimes de misogynoir, de colorisme et des pires insultes sur les réseaux sociaux. Leur travail, leur art, et parfois leur existence même sont constamment remis en question", regrette Diariatou Kebe, l’une des autrices et présidente de l'association Diveka qui milite pour plus de diversité dans la littérature jeunesse, et ailleurs. 

L'union fait la force

Pour preuve, la récente polémique autour de l'artiste francophone la plus écoutée dans le monde, Aya Nakamura. La chanteuse franco-malienne est victime d’attaques racistes depuis qu’elle a été pressentie pour chanter en ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. "Une femme noire, fière, qui réussit et qui s'assume, va plutôt avoir tendance à déranger. Notre livre est un moyen de dire : nous sommes là, nous existons, nous sommes multiples et nous prenons notre place. L'union fait la force !", complète Marjorie Bourgoin, co-autrice des Puissantes.

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Pionnières

"L’important pour nous était de montrer que les femmes noires ne sont pas un bloc homogène", précise Diariatou Kebe. Elles sont toutes différentes, mais ces "puissantes" ont en commun "d'avoir pris le parti de refuser. Refuser d’être aliénée, de se soumettre, refuser les préjugés, refuser la discrimination, refuser la place que la société attendait d'elles." A l’image de Paulette Nardal. Avec sa soeur Jeanne, elles furent, dans les années 1920, les premières femmes noires à étudier à l'université de la Sorbonne, à Paris. Cette journaliste martiniquaise est aussi l'une des inspiratrices du courant de la négritude. 

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En 1967, la Guadeloupéenne Gerty Archimède de devient la première femme afro-descendante avocate. Lors des Jeux olympiques d'hiver de 1998 au Japon, la patineuse Surya Bonaly réussit un salto arrière. Un exploit ! 

Matrimoine d’hier et d’aujourd’hui 

Ces pionnières ont ouvert la voie à de jeunes puissantes, nourries de leur détermination et d’une multitude d’autres parcours. Les films de l’anthropologue Eliane de Latour ont ainsi été une révélation pour Alice Diop. La réalisatrice franco-sénégalaise s’affirme dans le cinéma avec des documentaires engagés qui font le portrait de la France d’aujourd’hui. 

Elles contribuent à faire rayonner le français à travers leurs productions artistiques ou militantes. Marjorie Bourgoin

Nombreuses sont aussi les militantes comme Rachel Keke, la première femme de ménage à entrer à l'Assemblée nationale et la journaliste Rokhaya Diallo, à prendre la parole contre le racisme et dire à la jeunesse que "même si c’est difficile, c’est possible !"

Diariatou Kebe rappelle d’ailleurs que ce livre est pour tout le monde : "Il résonne différeemment chez les petites filles noires qui se voient dans le livre à travers leurs cheveux, notamment… Au cours de la promotion, nous avons rencontré des femmes noires adultes qui sont contentes qu'un tel livre existe et qui auraient aimé l'avoir plus jeunes. Mais il y aussi des personnes non noires qui sont ravies de pouvoir diversifier leurs représentations en prenant de nouveaux exemples tirés du livre." 

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Francophonie 2024

Le 20 mars 2024 a été donné le coup d'envoi du festival de la Francophonie. Durant six mois, une centaine de projets seront proposés en France et dans 40 autres pays jusqu'au 19e sommet de la Francophonie qui aura lieu début octobre à Villers-Cotterêts. 

Entretien avec Valérie Senghor, Commissaire du festival de la Francophonie.

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Notre dossier : Les femmes au coeur du 18e sommet de la francophonie

Ambassadrices de la Francophonie 

D’autant que ces "puissantes" partagent un autre point commun : "Elles contribuent à faire rayonner le français à travers leurs productions artistiques ou militantes, insiste Marjorie Bourgoin. Les chansons d'Aya Nakamura sont écoutées dans le monde entier, les livres de Laura Nsafou (dont les très beaux albums jeunesse Comme des millions de papillons noirs et Le chemin de Jada (éd. Cambourakis, 2018 et 2020), ndlr) sont publiés dans de nombreux pays. Jocelyne Béroard fait vivre le créole martinquais à l'international dans ses chansons et celles de Kassav. Sans oublier le cinéma !"

Chacune à leur manière, et dans leur propre style, elle enrichissent la diversité linguistique de la francophonie. Yseult

Une jeune femme noire, la chanteuse Yseult, a été nommée marraine du sommet de la Francophonie 2024 par le président de la République, Emmanuel Macron. Yseult fera entendre les voix de mille ambassadeurs de la jeunesse francophone à la Cité internationale de la langue française, au château de Villers-Cotterêts, en octobre 2024.

 Une décision là encore vivement critiquée sur la Toile, en particulier par l’extrême droite. Connue pour ses avis bien tranchés, l’artiste-compositrice de 29 ans avait déclaré au Guardian : "En France, je me sens blâmée parce que je suis moi-même. » N’en déplaisent à certains, ces femmes puissantes enrichissent, "chacune à leur manière, et dans leur propre style, la diversité linguistique de la francophonie.

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