Terriennes

Gouvernement Castex : parité respectée mais colère des féministes après la nomination de deux ministres

Des militantes féministes manifestent leur "deuil" devant l'Assemblée nationale à Paris, au lendemain de l'annonce du nouveau gouvernement français, elles protestent contre les nominations de Gérald Darmanin, sous le coup d'une accusation de viol, et d'Eric Dupond-moretti, pour son positionnement anti-Metoo.
Des militantes féministes manifestent leur "deuil" devant l'Assemblée nationale à Paris, au lendemain de l'annonce du nouveau gouvernement français, elles protestent contre les nominations de Gérald Darmanin, sous le coup d'une accusation de viol, et d'Eric Dupond-moretti, pour son positionnement anti-Metoo.
©AP Photo/Thibault Camus
Des militantes féministes manifestent leur "deuil" devant l'Assemblée nationale à Paris, au lendemain de l'annonce du nouveau gouvernement français, elles protestent contre les nominations de Gérald Darmanin, sous le coup d'une accusation de viol, et d'Eric Dupond-moretti, pour son positionnement anti-Metoo.
A gauche, Roselyne Bachelot fait son retour en politique et devient ministre de la culture, au milieu, Elisabeth Moreno, nouvelle venue en politique, est nommée ministre déléguée à l'Egalité femmes-hommes et à la diversité, à droite, la députée Barbara Pompili prend le fauteuil de l'Ecologie. 

Sur la trentaine de ministres choisis par Jean Castex, la moitié sont des femmes. Une nouvelle venue en politique, Elisabeth Moreno succède à Marlène Schiappa à l'égalité femmes-hommes, qui elle rejoint le ministère de la citoyenneté, et Roselyne Bachelot fait un retour fort remarqué. Une parité respectée, mais qui ne suffit pas à calmer la colère des militantes féministes après les nominations de Gérald Darmanin et d'Eric Dupond-Moretti. 

"La parité, ça ne se négocie pas. C’est une force, c’est une chance et une évidence." lançait Jean Castex, au soir de sa nomination sur le plateau de TF1. Des paroles aux actes, voici trois jours plus tard la liste de son équipe : elle est composée de 31 ministres. Parité respectée avec 8 hommes et 8 femmes ministres, et 14 ministres délégués dont 9 femmes et 5 hommes. En comptant le Premier ministre et le secrétaire d'Etat Gabriel Attal, nommé porte-parole, le gouvernement compte au total 15 hommes et 17 femmes, dont un tiers est renouvelé par rapport à l'ancien cabinet. Les secrétaires d'Etat seront connus dans les prochains jours.

Des célébrités...

Aujourd'hui âgée de 73 ans, elle avait plus d'une fois assuré qu'on ne l'y reprendrait plus ! Très très largement commentée dans les médias, la nomination de Roselyne Bachelot à la Culture. La tonitruante ancienne ministre de la Santé et des Sports sous la présidence de Nicolas Sarkozy, devenue chroniqueuse télé est restée très populaire. Féministe convaincue, arborant fièrement en Conseil des ministres des chaussures "crocs" roses pour célébrer les 40 médailles françaises en 2008, ou interprétant sur scène les monologues du vagin, la voici de retour sur la scène politique, qu'elle n'avait jamais laissée très loin pour mieux la commenter de près... Le 30 juin dernier, elle appellait ses quelques 107 000 "followers" sur Twitter à l'écouter dans une émission de radio consacrée au changement de vie. Un sujet qu'elle connait bien, c'est certain, au point qu'un Twittos réagissait à sa nomination en écrivant "Vous saviez déjà ?".

©twitter/@R_Bachelot


Autre "célébrité politique" : la députée LREM de la Somme, Barbara Pompili, 45 ans, désignée ministre de la Transition écologique. L'ancienne député EELV avait été secrétaire d'Etat sous François Hollande. Présidente de la commission du développement durable à l’Assemblée nationale depuis 2017, elle s'est montrée très présente dans les médias au cours de ces dernières semaines, pour commenter les résultats du second tour des municipales notamment. La voir entrer dans l'équipe gouvernementale ne constitue guère une surprise, au vu du succès des candidat.e.s écologistes. Le 3 juillet dernier sur son compte Twitter, elle remerciait Edouard Philippe "pour le travail accompli depuis 3 ans" en rappellant les priorités du Président de la République, "une relance écologique et solidaire, et de nouvelles méthodes",  tout en souhaitant "Bon courage au nouveau Premier ministre. Nul besoin de lire entre les lignes pour comprendre qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres des pavés de Matignon.

Voilà qui est donc fait, à peine nommée, elle twittait "au travail" ! Est-ce que ce choix "vert" saura répondre aux attentes fortes autour de la protection de l'environnement et du réchauffement climatique exprimées par les Français.e.s lors des municipales?  Au travail donc... 

... et des nouvelles venues

Des personnalités moins connues du grand public comme du sérail politique figurent sur la liste Castex. L'une d'elles nous intéresse tout particulièrement ici : Elisabeth Moreno, qui reprend le fauteuil laissé par Marlène Schiappa ex-secrétaire à l'Egalité femmes-hommes. Née au Cap Vert, elle est arrivée en France à sept ans. Après une maîtrise en droit des affaires à l’Université Paris XII, elle crée une première entreprise pour décider bien plus tard de reprendre ses études à 35 ans. Pari réussi : elle obtient alors une seconde maîtrise, en administration des affaires, à l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC). 

Nommée présidente du groupe Hewlett-Packard Afrique en 2019, elle était partie s'installer en Afrique du Sud. Agée de 49 ans et mère de deux filles, elle multiplie aussi les engagements associatifs, dans les écoles des quartiers difficiles et auprès de la diaspora cap-verdienne en France. Elle est également à l’origine de Lenovo All, une initiative interne à l'entreprise, visant à renforcer la diversité au sein de la marque d’ordinateur. Cette ancienne cheffe d'entreprise dans le secteur high-tech devient ministre déléguée, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l'égalité des chances. A elle maintenant de défendre cette diversité qui lui tient à coeur dans ses premiers pas en politique. 

Une diversité qui dérange ? Sur Twitter, quelques heures à peine après l'annonce de sa nomination, certain.e.s s'inquiètent d'attaques racistes comme la Toile sait si bien les propager, en tenant à lui exprimer leur soutien alors qu'elle se retrouvait déjà sous le coup de messages aux accents de "misoginoire", comme le dénonce cette internaute. 

Une autre arrivée a déjoué les pronostics des observateurs avisés du gotha politique, celle de Brigitte Klinkert nommée ministre à l'Insertion. Présidente du conseil départemental du Haut-Rhin depuis septembre 2017 ; elle a succédé à Eric Straumann élu il y a quelques jours maire de Colmar. Elle a été la première femme élue au conseil général du Haut-Rhin en 1994. Agée de 64 ans, elle est née dans un berceau politique, son grand-père, Joseph Rey, était maire centriste de la même ville de Colmar.

Pour clore cette liste des nouvelles venues : la députée LREM Nadia Hai est nommée à la Ville, sa collègue Brigitte Bourguignon à l'Autonomie, et Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique.

Au jeu des chaises musicales, la gagnante est ...

Des précédentes ministres du gouvernement Philippe vont devoir déménager pour de nouvelles fonctions comme Elisabeth Borne, nommée ministre du Travail, Annick Girardin, elle, passe de l'Outremer à la Mer.

Et surtout, visage bien connu pour son engagement contre les violences faites aux femmes, initiatrice du Grenelle en septembre 2019 aux côtés d'Edouard Philippe, Marlène Schiappa laisse donc l'égalité entre les femmes et les hommes pour devenir ministre de la citoyenneté dans le gouvernement Castex. Au cours des dernières semaines, la ministre avait laissé entendre par voix médiatique qu'elle aspirait à d'autres responsabilités, sur un terrain plus élargi et plus seulement cantonné à la défense des droits des femmes. Connue pour être très réactive sur les réseaux sociaux, elle n'a pas attendu pour changer sa présentation sur son profil Twitter, tout en conservant en photo le numéro d'urgence d'appel gratuit pour les femmes victimes de violences, le 3919, mis en place sous son autorité. 

©twitter/@MarleneSchiappa

On prend les mêmes et ... 

Florence Parly (Armées), Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires) Frédérique Vidal (Enseignement supérieur) et Roxana Maracineanu (Sports) conservent leur poste et complètent cette équipe gouvernementale paritaire. A défaut d'une femme première ministre, ce qui aurait marqué un véritable tournant. Jusqu'ici, une seule femme, Edith Cresson, sous François Mitterrand, a pu se hisser sur la première marche du podium. Elle n'y était restée qu'une seule année. 

Mais au soir de l'annonce de la composition du gouvernement Castex, ce n'est pas ses qualités paritaires qui faisaient réagir sur les réseaux sociaux, mais bien les nominations de deux hommes. Le choix du ténor du barreau Eric Dupond-Moretti à la Justice, connu pour son aversion au mouvement MeToo et de Gérald Darmanin à l'Intérieur ne passe pas chez les militantes féministes. L'ex-ministre de l'Action et des Comptes publics est toujours visé par une enquête pour une affaire de viol présumé mais "après analyse juridique, les services compétents ont jugé qu’il n’y avait pas d’obstacle à cette nomination", assure l'Élysée.
 

Au moment même où Gérald Darmanin s'installait Place Beauvau, une vingtaine de féministes, vêtues de noir, qui voulaient manifester devant le ministère ont été stoppées par les forces de l'ordre. Scandant "Darmanin démission" et "Darmanin violeur", elles ont brandi des pancartes pour dire leur colère: "Darmanin à l'Intérieur, vous vous torchez avec nos plaintes". Le collectif féministe #NousToutes prévoit d'autres manifestations. Le collectif Osez le féminisme ! a de son côté lancé une pétition pour réclamer la démission des deux ministres.

Autre coup d'éclat, celui des Femen. Bouquets de fleurs à la main, seins nus avec "RIP les promesses" écrit sur leur poitrine, trois militantes Femen ont manifesté devant le palais de l’Elysée à Paris avant d’être rapidement évacuées par les forces de l'ordre.