Terriennes

#MaintenantOnAgit, demande de quotas : réalisatrices et actrices s'emparent des Césars 2018, pour les femmes

La réalisatrice Tony Marshall à gauche et son interprête principale Emmanuelle Devos de "Numéro Une", dont le scénarion a été écrit avec Raphaëlle Bacqué (grand reporter au Monde)
La réalisatrice Tony Marshall à gauche et son interprête principale Emmanuelle Devos de "Numéro Une", dont le scénarion a été écrit avec Raphaëlle Bacqué (grand reporter au Monde)
(c) Pyramide Distribution

Pour la cérémonie des César 2018 l'industrie du cinéma français se met à l'heure américaine en déclinant le #TimesUp en #MaintenantOnAgit, et en réclamant la parité dans ce secteur largement dominé par les hommes.

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Il paraît que les producteurs et réalisateurs de ce rendez-vous cinématographique, télévisuel, annuel, et quelque peu mondain ont préparé un plan B au cas où "une professionnelle de la profession" pour reprendre l'expression de Jean Luc Godard "balancerait" en direct le nom d'un "porc", suivant l'injonction de #BalanceTonPorc. Qui jusqu'ici n'a jamais conduit personne à le faire nommément.

Un tel "faux pas" serait donc étonnant. Les deux mobilisations qui ont donné de la voix et de la plume à l'approche de la remise des Cesar semblent plus préoccupées par le futur, par le concret, qu'animées par le passé et la revanche.

Le cinéma pour aider les femmes victimes de violence

Il y a d'abord eu le mouvement lancé par le tandem Tony Marshall et Emmanuelle Devos, réalisatrice et comédienne qui ont réalisé ensemble l'efficace Numéro Une, récit de l'ascension contrariée à la tête d'un groupe du CAC 40. Emmanuelle Devos est d'ailleurs nominée pour le César de la meilleure actrice pour ce rôle de femme décidée, comptétente, attaquée de toutes parts, malmenée dans sa vie de couple, pour vouloir pénétrer dans le saint des saints de la domination masculine : le pouvoir économique...Appuyées par une centaine de consoeurs, en écho au #TimesUp américain (#CaSuffit, > à retrouver dans Terriennes > ici), face à la diminution des fonds alloués aux organisations de lutte contre les violences faites aux femmes, elles appellent, ruban blanc affiché cousu à la boutonnière, et mot dièse #MaintenantOnAgit en haut-parleur, à suppléer aux subventions publiques défaillantes par des dons privés et individuels. Leur appel est paru dans un supplément du quotidien Libération le mercredi 28 février 2018.


MAINTENANT ON AGIT 
"On a subi. (.../...) On a enduré. (.../...) On s'est tues. (.../...) On a crié. (.../...) On a balancé. (.../...) On a dénoncé. (.../...) On a polémiqué . (.../...) Maintenant on agit. (.../...) Les femmes victimes de violences méritent que les associations qui les accompagnent aient les moyens de le faire dignement. (.../...) Ensemble soutenons celles et ceux qui oeuvrent concrètement pour qu'aucune n'aut plus jamais à dire #MeToo."
Appel #MaintenantOnAgit

L'appel aux dons permettra en particulier d'aider la Fondation des femmes qui a fort à faire, et de plus en plus, avec des moyens de moins en moins en adéquation avec ses missions. 

Une initiative saluée également par la ministre de la Culture Françoise Nyssen .

Pour que les femmes parviennent à peser de la même façon que les hommes sur la société et sur son évolution, le chemin à parcourir reste encore long et sinueux
Tribune Contre le sexisme au cinéma, pour les quotas

Ensuite, sur un autre front, voici une Tribune publiée par le Monde daté du 2 mars 2018, jour même de l'événement consacré au cinéma français. Un texte de femmes et d'hommes (en petit nombre, tel le comédien Charles Berling) qui ne supportent plus que les réalisateurs et les acteurs soient plus visibles et mieux payés que les réalisatrices et les actrices. On retrouve parmi elles des Terriennes consacrées, Houda Benyamina, la vivifiante lauréate de la Caméra d'Or ou la très caustique et drôle Océanerosemarie. Pour y parvenir, suggèrent les signataires, on doit passer par des quotas.  


SEXISME AU CINEMA  : « LES QUOTAS, UNE ETAPE INEVITABLE POUR VAINCRE LES INEGALITES »
"(.../...) Si la France ne cesse d’œuvrer pour que les femmes parviennent à peser de la même façon que les hommes sur la société et sur son évolution, le chemin à parcourir reste encore long et sinueux. Ailleurs, dans le monde, émerge une prise de conscience pour une réelle égalité des sexes dans les métiers du cinéma.
La Suède et l’Irlande ont adopté des quotas avec pour objectif que, d’ici trois ans, 50 % des subventions aillent à des projets portés par des femmes. L’Espagne, elle, a choisi un système de points, qui bonifie les projets des femmes pour l’attribution des aides. Le Canada s’est donné trois ans pour atteindre et maintenir la parité en ce qui concerne le nombre de productions réalisées par des femmes et les postes clés de création. Les politiques de quotas sont les plus efficaces en matière de résultats. En Suède, à la suite de cette politique, la proportion de réalisatrices est passée de 16% en 2012 à 38% en 2016."

Tribune à retrouver > ici (abonnés)

Une proposition soutenue encore par Françaoise Nyssen, mais diversement accueillie, parfois franchement rejetée, sans doute parce qu'elle serait plus efficace et par là plus menaçante que le très concret mais un peu moins ample #MaintenantOnAgit.

On ne peut pas faire des quotas pour l'inspiration et l'imaginaire
Alain Terzian, producteur, président des Césars 2018

Quelles seront les suites de ces deux courants ? Difficile à dire. La riposte s'organise déjà. La création ne peut être entravée par des normes, répond ainsi le producteur Alain Terzian président de ce rendez vous 2018, très hostile aux quotas, alors qu'il est pourtant prompt à saluer #OnAgitMaintenant :  "Le cinéma, comme tout art, est un métier dans lequel vous ne pouvez pas décréter le talent. Si demain, vous me dites que 75% des films présentés à Cannes sont réalisés par des femmes, j'applaudis ! Mais ces films auront été sélectionnés parce qu'ils sont bons, et non pas parce qu'ils sont réalisés par des femmes. On ne peut pas faire des quotas pour l'inspiration et l'imaginaire."

Tandis que certain.es avancent, les résistances ont la vie dure... En mai 1968, dont on va célébrer le 50ème anniversaire cette année, un slogan était répété avec joie "Tout est dada. L'art c'est de la merde. Cours camarade le vieux monde est derrière toi !"
Une belle injonction, mais les tenants du passé sont loin d'être prêts à laisser la place et abandonner leurs privilèges...

En attendant, on ne saurait trop vous recommander de vous précipiter à Créteil (banlieue de Paris) pour y suivre la 40ème édition du Festival international de films de femmes, du 9 au 18 mars 2018, dont Terrienne est une fois encore partenaire, et avec joie. On vous en reparlera. 

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter > @braibant1