Terriennes

Mansplaining : quand un homme explique à une femme ce qu’elle sait déjà

© uzenzen
© uzenzen

Le terme « mansplaining », « mecsplication » en français ou « pénispliquer » au Québec, a déjà 10 ans. Il est apparu pour la première fois sur Internet en 2008, et n'a cessé de prendre de l'ampleur. L'expression vient d'ailleurs de faire son entrée dans l'Oxford English Dictionary, dictionnaire de référence pour la langue anglaise. Un néologisme récent pour décrire un phénomène qui ne date pas d’hier. 

dans
Avant le « manspreading », il y avait déjà le « mansplaining ». Le premier dénonce la manière dont certains hommes s’étalent un peu – beaucoup – trop dans les transports publics. ​Le deuxième, contraction de « man » et « explaining » en anglais (en français : « homme » et « explication »), caractérise l’attitude paternaliste qu’ont certains hommes à l’égard des femmes, persuadés d’être plus éclairés sur un sujet donné, qu'elles connaissent déjà, voire mieux qu'eux. Cela ne les empêche pas d'expliquer aux femmes ce qu'elles doivent dire, faire, penser.
  La notion fait son apparition aux Etats-Unis en 2008, à la suite d’un témoignage de l’essayiste féministe Rebecca Solnit sur le blog TomDispatch -  « Ces hommes qui m’expliquent la vie » - repris par le LA Times (en anglais). Elle y raconte comment un homme, lors d’une soirée mondaine, lui conta, non sans arrogance, les vertus d’un ouvrage historique…  dont elle était en réalité l’auteure. 

L'origine du terme est souvent attribuée à l’écrivaine américaine alors qu'il n’apparaît pas dans sa tribune. Il aurait été inventé la même année, en 2008, sur Internet, lors d'un échange entre deux blogueurs sur la communauté virtuelle LiveJournal, relate France24 : « "Electricwitch", une Néerlandaise de 22 ans, commentait un post concernant le travail de l'artiste Mieko Shiomi quand soudain, "count-vronsky", un autre utilisateur, s'est mis à expliquer la signification de l'œuvre à la jeune femme. Ce à quoi cette dernière a répondu : Wow, merci de m'avoir « mansplainé » cette œuvre ! Avec mes diplômes en art, je n'étais pas apte à la comprendre par moi-même ! » 

Vieille pratique

Dix ans du mot "mansplaining". Qu'en est-il de la pratique ? L'attitude des hommes se croyant, volontairement ou non, supérieurs aux femmes n'a rien de nouveau, relèvent de nombreux sites, féministes ou non. 

En 2012, Lily Rothman du journal The Atlantic, a retrouvé l’une des premières traces écrites de cette forme de sexisme datant de 1903. Dans ce texte, le théologien américain Lyman Abbott explique pourquoi les femmes ne veulent pas… du droit de vote ! 

« Je pense que c’est parce que la femme ressent, qu’elle ne voit pas clairement, que la question du suffrage des femmes est plus qu’une seule question politique ; elle concerne la nature et la structure de la société – le foyer, la religion, l’industrie, l’Etat, le tissu social. Et à un changement qui implique une révolution dans tous ces domaines, elle (la femme) interpose une opposition inflexible, quoique généralement silencieuse. C’est pour ces femmes silencieuses, dont les voix ne sont pas entendues dans les conventions, qui n’écrivent aucun éditorial, ne donnent pas de conférences, et éloignées des Assemblées législatives – que je parle. » - Traduction d'un extrait dans The Atlantic.

Résonnance 

Depuis l’article de Rebecca Solnit, le phénomène n'a cessé de s'amplifier. Certains ont même décidé de prendre des mesures concrètes. En 2016, Unionen (L’Union), principal syndicat de Suède – pays considéré comme l'un des plus progressistes en matière d’égalité femmes-hommes – a lancé une ligne téléphonique pour permettre aux femmes de dénoncer le mansplaining. L’objectif ? « Mettre en évidence et éradiquer cette pratique insidieuse et dommageable », indiquait le syndicat.

A l’époque, cette décision a fait « grincer des dents », raconte LCI : « sur la page Facebook de Unionen, un internaute estime ainsi que cette initiative ne fera que diviser un peuple pourtant déjà très à cheval sur la parité : "Cette campagne est contre-productive et va contribuer à créer une société de plus en plus polarisée", cite le média. A quoi le syndicat a répondu : "C’est triste de voir que notre campagne contre le mansplaining soit mal perçue, mais en même temps, cela montre que c’est une question qui intéresse beaucoup de monde." » 

Encore aujourd’hui : en mars 2017, Tracy Boomeisha-Ann Clayton, coprésentatrice de « Another round », podcast du média Buzzfeed, a lancé un appel à témoignages sur Twitter : « Femmes, quelle est la chose la plus exaspérante que l'on a essayé de vous "mansplainer" ? » :
Exemples de réponses les plus drôles… ou pas : 
« La différence entre un vis et un clou … dans mon propre magasin de bricolage » 
« Comment mettre correctement un tampon. Non cette personne n’était pas médecin »
« Un homme m’a récemment « mecspliqué » la grossesse ainsi qu’à trois autres femmes, dont l’une a eu 4 enfants. Miraculeusement, il est encore en vie »