Terriennes

Mariages forcés : "Go Girls", la nouvelle campagne d'UNICEF

Une fillette est mariée de force toutes les 2 secondes dans le monde. Au Bénin, une fillette sur trois est contrainte au mariage avant ses 18 ans.
Une fillette est mariée de force toutes les 2 secondes dans le monde. Au Bénin, une fillette sur trois est contrainte au mariage avant ses 18 ans.
©Capture d'écran/Unicef
Une fillette est mariée de force toutes les 2 secondes dans le monde. Au Bénin, une fillette sur trois est contrainte au mariage avant ses 18 ans.
Diabou, mariée de force à 13 ans au Mali, a du quitter l'école et depuis travaille 8 heures par jour à chercher de l'or.

Une fillette est mariée de force toutes les deux secondes dans le monde. Si rien n'est fait, d'ici 2030, 150 millions de fillettes seront mariées avant leurs 18 ans. Ces chiffres nous rappellent à quel point il est nécessaire de lutter contre ce phénomène. L'Unicef lance une nouvelle campagne de mobilisation baptisée "Go Girls", en français "Allez les filles". 

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Comme de plus en plus de jeunes filles rohingyas, Asmot a dû se marier très jeune, à 13 ans. A 14 ans, elle devient maman d'une petite fille. "Si mes parents étaient en vie, je ne me serais pas mariée parce que je suis trop jeune. Il m'a dit qu'il prendrait soin de moi comme mes parents. Il m'a acheté tout ce dont j'avais besoin." 
Issues de familles victimes du nettoyage ethnique à l'oeuvre en Birmanie, les filles rohingyas sont mariées de force dès l'âge de 11 ans dans les camps de réfugiés bangalais. Certaines de force pour obtenir des rations alimentaires et une protection, nous dit le film de cette campagne lancée par l'Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance) le 13 juin 2018. 

Ma fille, elle se mariera quand elle sera grande. Ce qu'elle veut faire, qui elle veut être, ce sera son choix.
Asmot, réfugiée rohingya

"Maintenant j'ai une famille, je me sens plus en sécurité. Mais maintenant que j'ai un bébé, je ne suis plus une enfant", poursuit Asmot avec un sourire, "Si je veux me former pour pouvoir travailler, je ne peux pas car j'ai un bébé et un mari. Quand elle grandira, je veux qu'elle aille à l'école. Et elle se mariera quand elle sera grande. Ce qu'elle veut faire, qui elle veut être, ce sera son choix." 

De nombreuses familles ont recours au mariage précoce pour que leurs filles échappent aux viols, au harcèlement et aux agressions. En outre, cela permet à ces familles d'avoir une bouche en moins à nourrir. Mais cela se fait au détriment de l'éducation et de la santé de ces jeunes filles. « Des filles âgées de 12 ans sont poussées à se marier, parce que cela signifie qu’il y aura une bouche en moins à nourrir », explique Carina Hickling, une spécialiste de l’Unicef sur les questions de violence liées au genre dans les situations d’urgence.

Mariées et privées d'école

Ce qui se passe pour les fillettes rohingyas, chassées de Birmanie, vaut pour des millions d'autres à travers la planète. Une fois mariées, parfois très jeunes, ces filles ne peuvent plus aller à l’école et sont ainsi privées des outils qui leur auraient permis de se développer pleinement. Isolées, elles voient leur horizon se limiter aux travaux domestiques et à l’accomplissement de corvées. Enceintes très tôt, elles ont des grossesses à risque, ce qui a des effets directs sur le taux de mortalité infantile et sur leur propre santé.

"En Syrie, mon école était petite. Elle était mixte, il y avait des garçons et des filles. C’était joli, il y avait des oliviers partout autour. Les filles étaient mariées tôt, elles ne restaient pas longtemps à l’école. C’était soit pour faire des économies, soit pour les protéger. Ça dépend de l’éducation et du niveau de connaissance des parents. Je suis contre le mariage des jeunes filles. C’est tellement dommage. C’est une honte quand une fille est mariée trop tôt et ne peut plus aller à l’école", confie la jeune Hanadi, réfugiée syrienne au Liban, dans une autre vidéo réalisée par l'Unicef. Deux de ses soeurs ont aussi été mariées avant de pouvoir finir leurs études.
 

"Les parents syriens sont parfaitement conscients de l’importance de l’éducation pour l’avenir de leurs enfants ; avant la guerre, le taux de scolarisation en Syrie dépassait 90 %. Mais leur situation est telle que, bien souvent, ils n’ont pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans la rue ou les champs pour générer un revenu, ce qui explique le taux de fréquentation scolaire d’environ 50 % seulement aujourd’hui. Le même désespoir pousse les parents à marier leurs filles. ", explique Tanya Chapuisat, Représentante de l’UNICEF au Liban. "C’est tout simplement une question de survie et il y a lieu de s’inquiéter car la situation socio-économique des réfugiés syriens dans le pays se dégrade", ajoute -t-elle.

Diabou, 14 ans, mariée à 13 ans, au Mali.
Diabou, 14 ans, mariée à 13 ans, au Mali.
©Unicef

Autre exemple, le cas de Diabou au Mali, fiancée à 9 ans, puis mariée de force à l'âge de 13 ans. L'année dernière, elle était encore à l'école. Maintenant, elle est mariée et passe huit heures par jour à chercher de l'or. "Quand j'étais petite, je voulais être médecin", dit-elle avec un large sourire, mais les yeux baissés.

Soutenue par son ambassadrice Laetitia Casta, l'initiative de l'Unicef  baptisée "Go Girls !" a pour objectif de "constituer une force engagée de femmes et d'hommes philanthropes décidés à mettre fin au mariage des enfants et favoriser l'émancipation des jeunes filles", peut-on lire sur le site de l'Unicef.


Retrouvez notre article Terriennes :
Mali : prévention des mariages précoces à l'école

Toutes les deux secondes dans le monde, une fille mineure est mariée de force dans le monde. Si la situation reste inchangée, d’ici 2030, 150 millions de jeunes filles seront mariées avant leurs 18 ans.
Source, site internet Unicef 

Pour Catherine Goudé, responsable philanthropie à l'Unicef, "Il y a deux angles dans cette campagne, le premier consiste en un playdoyer sur cette thématique très forte que sont les mariages forcés et l'autre est un appel aux philantropes pour s'engager de façon plus prégnante sur la solidarité internationale, et donc sur ce thème plus précisemment. L'idée est de monter en puissance jusqu'au 11 octobre 2018, Journée internationale des filles, où nous espérons présenter un certain nombre de philantropes, connus ou non, engagés à nos côtés".

On arrive à endiguer ce fléau, comme par exemple en Inde, où le nombre de mariages forcés a pu être divisé par deux.
Catherine Goude, responsable philantropie Unicef

"Il y a plusieurs contextes différents, tout d'abord dans les pays en conflit, où les parents marient leurs filles très tôt pensant ainsi les protéger alors que finalement ils les enferment dans un étau qui nuit à leur santé et à leur épanouissement. Dans d'autres pays, il s'agit plus de pratiques traditionnelles ou religieuses", nous précise la responsable de l'ONG.

"Nous voulons aussi insister que par différents leviers, de l'ordre de la loi, de la sensibilisation des parents, des communautés et des leaders religieux, mais aussi des jeunes filles elles-mêmes, via des centres de santé ou d'éducation sexuelle, ça fonctionne, on arrive à endiguer ce fléau, comme par exemple en Inde, où le nombre de mariages forcés a pu être divisé par deux", ajoute-t-elle. 

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Les hommes aussi peuvent être victimes de mariages forcés, exemple dans ce reportage en Inde, dans la région du Bihar, une région spécifique où des hommes se font enlever pour être mariés de force, souvent par des familles pauvres qui ne peuvent marier leur fille parce qu'elles ne peuvent pas payer la dot.
©France2/19 juin 2018

Pour preuve, ces chiffres publiés par l'Unicef en mars 2018 : 25 millions de mariages d’enfants pu être évités au cours de la dernière décennie. Globalement, la proportion de femmes mariées pendant leur enfance a diminué de 15 %, cette pratique ne touchant plus une femme sur quatre, mais environ une femme sur cinq.
Le meilleur élève en la matière est l'Asie du Sud, qui enregistre la baisse la plus importante. Ainsi, le risque pour les filles d’être mariées avant leur dix-huitième anniversaire a diminué de plus d’un tiers, passant de 50 % à 30 %, en grande partie grâce aux progrès accomplis en Inde. Cette évolution positive est principalement due à l’augmentation des taux d’éducation des filles mais aussi aux campagnes d'information publiques sur le caractère illégal de cette pratique.

D’après les estimations réalisées en ce printemps 2018, 650 millions de femmes actuellement en vie ont été mariées pendant leur enfance. En tête de ce sombre palmarès, l’Afrique subsaharienne, qui enregistre désormais le plus grand nombre de mariages d’enfants à l’échelle mondiale. Sur la totalité des filles récemment mariées, près d’une sur trois vit en Afrique subsaharienne, contre une sur cinq dix ans plus tôt.
Pourtant sur le même continent, des progrès sont aussi possibles. Exemple dans les cinq pays suivants : Rwanda (-62%), Guinée-Bissau (- 50%), Gambie (-48%), Ghana (-40%), Togo (-39%), où le nombre de fillettes mariées de force avant 18 ans a incroyablement baissé entre 1990 et 2015. (Source Achieving a future without child marriage, Unicef)

Gloria continue d'aller à l'école, grâce à l'intervention des autorités locales qui ont convaincu ses parents de ne pas la marier, alors qu'elle avait 10 ans.
Gloria continue d'aller à l'école, grâce à l'intervention des autorités locales qui ont convaincu ses parents de ne pas la marier, alors qu'elle avait 10 ans.
©Unicef

Le cas de Gloria, au Ghana où 27% des fillettes subissent des unions forcées, en dit long sur le travail encore à accomplir mais prouve aussi que lorsque les autorités s'engagent et s'en mêlent, cela peut permettre d'éviter le pire. Ses parents ont voulu la marier alors qu'elle avait 10 ans. Son futur mari était déjà marié, avec cinq enfants, dont certains plus âgés que sa"promise". "Je me suis dit qu'il fallait que je m'enfuie", raconte Gloria dans son témoignage. Les autorités locales ont entamé une médiation avec les familles, et ont permis à Gloria de retrouver le chemin de l'école et de rester libre. "Je n'en veux pas à mes parents d'avoir voulu faire ça, c'est à cause de leur pauvreté et de leur ignorance. C'est pourquoi je dis que Dieu leur pardonnera", conclut Gloria, "Toutes mes soeurs et mes frères sont mariés, je suis la dernière à aller à l'école. (...) Moi je veux devenir sage-femme pour aider les femmes enceintes à accoucher. Quand je serai plus vieille, je me marierai et j'aurais une famille."

L'Unicef n'a pas attendu la récolte de fonds ou l'arrivée de nouveaux philantropes pour lancer l'action sur le terrain. Deux programmes ont déjà été annoncés. Il y a tout d'abord un projet d'éducation sur les dangers du mariage des enfants au Bénin, où 3 filles sur 10 sont mariées avant leurs 18 ans. Privées d’éducation secondaire, exposées  à de multiples violences sexuelles, à des grossesses précoces souvent non désirées, et à des risques d’infection du VIH, les adolescentes se retrouvent en situation de grande vulnérabilité. L'autre programme concerne le Liban où l'on constate une augmentation des violences de genre et du mariage des enfants, particulièrement des jeunes filles réfugiées.

Campagne <a href="https://www.unicef.fr/contenu/espace-medias/go-girls-pour-mettre-fin-aux-mariages-des-petites-filles" target="_blank">Go girls de l'Unicef</a> pour lutter contre les mariages forcés.
Campagne Go girls de l'Unicef pour lutter contre les mariages forcés.
©Unicef

Pour toutes les autres Asmot, Hanani, et Diabou, avis aux philantropes, le ticket d'entrée est de 10 000 € mais tous les dons, même les plus modestes sont les bienvenus. Alors "Go, go mesdames et messieurs les philantropes!" et rendez-vous le 11 octobre prochain pour la Journée internationale des filles.