Terriennes

#MeToo littéraire : les répliques du séisme Matzneff, lâché par ses maisons d'édition

A gauche, Gabriel Matzneff, 83 ans, à droite la couverture du livre <em>Le Consentement </em>de Vanessa Springora (Grasset). En plein coeur de la polémique, le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol sur mineurs de moins de 15 ans, vendredi 3 janvier 2020. 
A gauche, Gabriel Matzneff, 83 ans, à droite la couverture du livre Le Consentement de Vanessa Springora (Grasset). En plein coeur de la polémique, le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol sur mineurs de moins de 15 ans, vendredi 3 janvier 2020. 
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A gauche, Gabriel Matzneff, 83 ans, à droite la couverture du livre <em>Le Consentement </em>de Vanessa Springora (Grasset). En plein coeur de la polémique, le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol sur mineurs de moins de 15 ans, vendredi 3 janvier 2020. 
Vanessa Springora, autrice du livre <em>Le Consentement </em>(Grasset) dans lequel elle raconte sa relation, alors qu'elle avait 14 ans avec l'écrivain Gabriel Matzneff, 50 ans.

Le Consentement de Vanessa Springora provoque une véritable déflagration dans le monde littéraire et pas seulement. L'éditrice y décrit une relation sous emprise alors qu'elle avait 13 ans et lui 50. En pleine polémique, la justice décide d'ouvrir enquête contre l'écrivain pour "viols sur mineur de moins de 15 ans". Une à une, les maisons d'édition qui le publiaient ont décidé de mettre fin à leur collaboration.  

Un titre. Le Consentement. Une initiale "G" pour désigner Gabriel Matzneff. 200 pages pour libérer une parole, sa parole. Dans cet ouvrage publié le 2 janvier 2020, Vanessa Springora raconte comment elle a été séduite à 13 ans par celui qui était alors presque quinquagénaire au milieu des années 1980. 
 
Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime.
Vanessa Springora, dans Le Consentement (Grasset)

Celle qui est devenue la nouvelle directrice des éditions Julliard, y évoque l'ambivalence d'une époque (où la libération sexuelle flirte avec la défense de la pédophilie), la fascination exercée par l'écrivain, puis le poids de cette histoire sur sa vie. Et de décrire une emprise qui se poursuit sur le terrain littéraire: l'écrivain écrit beaucoup et couche sur le papier ses conquêtes et aventures sexuelles, y compris avec des garçonnets lors de voyages en Asie.

"Comme si son passage dans mon existence ne m'avait pas suffisamment dévastée, il faut maintenant qu'il documente, qu'il falsifie, qu'il enregistre et qu'il grave pour toujours ses méfaits", écrit Vanessa Springora, qui signe là son premier livre.

"Comment admettre qu'on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s'est empressé d'en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime", écrit-elle.

Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière... C'est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s'en glorifie.
Vanessa Springora, dans Le Parisien

Dans un entretien publié dans Le Parisien, mercredi 1er janvier, à la veille de la sortie officielle de son ouvrage, Vanessa Springora a tenu à s'exprimer sur la polémique. Elle dénonce les "dysfonctionnements" des institutions et "l'hypocrisie de toute une époque". "Je l'ai rencontré en 1986. On le connaissait. Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière... C'est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s'en glorifie", explique-t-elle. Et d'ajouter : "Ce n'était pourtant pas très difficile de savoir qui était Matzneff à l'époque",  évoquant les "citations terrifiantes" de son ouvrage "Les moins de seize ans".

Une enquête ouverte

Dans une toute première réaction, Gabriel Matzneff échange quelques SMS avec Le Parisien, il explique être à l'étranger actuellement, et précise qu'il est souffrant. Il ajoute qu'"il n'a pas l'intention d'écrire une seule ligne contre son accusatrice"  mais dénonce de "si injustes et excessives attaques", tout en évoquant "la beauté de l'amour que nous vécûmes, Vanessa et moi". 

Depuis, l'écrivain s'est exprimé dans L'Express qui a décidé de publier en intégralité le long texte que celui-ci a fait parvenir à la rédaction de l'hebdomadaire. "Elle tente de faire de moi un pervers, un prédateur", écrit-il, ajoutant qu'il ne compte pas lire le livre de Vanessa Springora . "Il va de soi que cette publication ne vaut pas caution. L'écrivain n'y fait aucunmea culpa ni ne demande le pardon, mais livre le récit de sa liaison avec la jeune fille. Nul doute que cette réponse suscitera de multiples réactions et commentaires", précise la rédaction du journal . 

L'écrivain n'a jamais été condamné par la justice. Dans sa loi contre les violences sexuelles d'août 2018, le gouvernement a renoncé à instaurer un âge minimal de consentement à un acte sexuel, promis à 15 ans, décevant très fortement les associations. Dans deux affaires ces dernières années, des fillettes de 11 ans avaient été considérées comme consentantes par la justice, provoquant un vif émoi.

"L'aura littéraire n'est pas une garantie d'impunité. J'apporte mon entier soutien à toutes les victimes qui ont le courage de briser le silence", a twitté Franck Riester. Le ministre de la Culture a estimé mardi 7 janvier que l’allocation annuelle aux auteurs accordée par le Centre national du livre (CNL), dont il bénéficie depuis 2002, n’était «pas justifiée». L'écrivain va donc se voir retirer cette aide publique. Le ministre a en outre proposé que l'on réexamine les décorations remises à Gabriel Matzneff, officier des Arts et Lettres depuis 1995 et chevalier de l’Ordre national du mérite depuis 1998, dans le cadre des prochaines réunions des organismes les attribuant.

Vanessa Springora a indiqué qu'elle n'envisageait pas de porter plainte. Mais le parquet de Paris a décidé de s'auto-saisir de l'affaire dans le cadre d'une "enquête d'initiative". Vendredi 3 janvier, on apprend que le Parquet de Paris a ouvert une enquête pour "viols commis sur mineur" de moins de 15 ans et confiée à l'Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP). "Les investigations s'attacheront à identifier toutes les autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l'étranger", a indiqué le procureur de la République de Paris Rémy Heitz. 

Le monde de l'édition tire les conséquences

Du côté du monde de l'édition, la maison Gallimard annonce le mardi 7 janvier qu'elle interrompt la commercialisation du Journal de Gabriel.  "La souffrance exprimée par Madame Vanessa Springora dans Le Consentement, fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle", écrit dans un communiqué la maison d'édition qui publiait le journal de Gabriel Matzneff depuis 1990.

Les éditions de La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), qui ont publié cinq volumes du Journal de l'écrivain entre 1979 et 1992, ont également cessé la commercialisation de ces livres.

La maison d'édition Stock, qui avait publié le livre Un diable dans le bénitier en janvier 2017, décide à son tour l'arrêt de sa commercialisation. Stock est le quatrième éditeur après Gallimard, La Table ronde et Léo Scheer à cesser leur collaboration avec l'écrivain.

Epoque révolue ?

Lauréat du Renaudot essai 2013, l'écrivain de 83 ans a longtemps été une figure prisée du milieu littéraire. Dans les années 1970, Gabriel Matzneff publie chez Julliard un essai intitulé Les moins de seize ans. Il est régulièrement invité à la télévision pour s'épancher sur ses attirances sexuelles, comme l'illustre une séquence de l'émission "Apostrophes" avec Bernard Pivot, (qui le recevra cinq fois au total sur son plateau au cours des années, ndlr). 

En 1990, il vient y présenter un tome de son journal intime, Mes amours décomposées, dans lequel il parle de sa relation avec une très jeune fille, Vanessa et décrit également son goût pour les enfants. "Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ?", demande l'animateur à celui qui n'a jamais fait mystère de son attrait et de ses relations sentimentales et sexuelles avec des "moins de 16 ans". 

La séquence, expurgée par l'Ina, a été vue près de 900.000 fois depuis sa mise en ligne la semaine de Noël.

"Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale; aujourd'hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c'est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d'un pays et, surtout, d'une époque", écrit l'ancien président de l'Académie Goncourt, sur Twitter, où il compte plus d'un million d'abonnés. 

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©TV5MONDE/ Séraphine Charpentier
Je le regrette évidemment, ayant de surcroît le sentiment de n'avoir pas eu les mots qu'il fallait.
Bernard Pivot, dans le JDD, le 29 décembre 2019

Face à la polémique grandissante, Bernard Pivot, qui est chroniqueur littéraire au JDD, a depuis tenu à faire part de ses regrets dans un texte publié dans le même journal : "Après Mai 68 dont le slogan majeur était 'il est interdit d'interdire', des livres comme ceux de Gabriel Matzneff ont été publiés sans que la justice n'intervienne, sans même que les associations de défense de l'enfance et de la famille ne protestent. On a même vu les plus grands écrivains de l'époque pétitionner pour la libération de trois hommes emprisonnés pour avoir eu des relations sexuelles avec de jeunes adolescents. Le monde des livres et la littérature se jugeaient alors au dessus des lois et de la morale. Animateur d'émissions littéraires à la télévision, il m'aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour me soustraire aux dérives d'une liberté dont s'accommodaient tout autant mes confrères de la presse écrite et des radios. Ces qualités, je ne les ai pas eues. Je le regrette évidemment, ayant de surcroît le sentiment de n'avoir pas eu les mots qu'il fallait."

J'ai fait ce que j'avais à faire.
Denise Bombardier, Radio-Canada, décembre 2019

Dans ce qui est devenu un "moment de télévision", cette séquence marque les esprits grâce à l'intervention de l'écrivaine canadienne Denise Bombardier, seule à réagir. La romancière prend la parole et fait face à Gabriel Matzneff en le comparant à ces "vieux messieurs" qui attirent les enfants avec des bonbons. Pour elle, il aurait "des comptes à rendre à la justice" s'il n'avait pas "une aura littéraire".Aujourd'hui, elle tient à saluer le livre "courageux" et "remarquable" de Vanessa Springora. "Elle raconte comment il l'a sodomisée, la première fois elle avait 13 ans et demi, elle croyait qu'il l'aimait, ensuite sa vie a été un enfer", relève Denise Bombardier. La propre mère de l'adolescente "savait que l'écrivain était pédophile" et le recevait malgré tout "parce qu'il était un des bonzes de la littérature française".

Dans une série d'interviews aux médias québécois, elle explique avoir reçu un courriel de Vanessa Springora la remerciant d'avoir été la seule à dénoncer publiquement les agissements de Gabriel Matzneff. "Vanessa dit que (mon intervention) lui a donné la force, au bout de 30 ans, d'écrire et de se décider à parler", dit-elle. "J'ai fait ce que j'avais à faire", note-t-elle, rappelant que cette intervention lui a valu de nombreuses critiques à l'époque au sein du milieu littéraire parisien. 

C'est l'hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question.
Vanessa Springora, Le Parisien

Réagissant aux regrets exprimés par l'ancien animateur télé Bernard Pivot accusé de complaisance avec l'écrivain, Vanessa Springora se dit "étonnée" qu'il soit le seul à avoir fait cette démarche. "Davantage que cette chasse à l'homme qui est en train de se mettre en place vis-à-vis de Matzneff, un vieux monsieur dans la misère qui n'est plus en mesure de nuire à qui que ce soit, pour moi, c'est l'hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question", insiste-t-elle.

"Chasse aux sorcières" VS culture du viol

Gabriel Matzneff est encore chroniqueur aujourd'hui au site du Point sur la spiritualité et les religions. "Comme tout le monde nous avons en horreur la pédophilie, il n'y a pas de débat là-dessus. Mais y a-t-il une raison de ne pas publier d'article de quelqu'un parce que son comportement est jugé immoral ?", réagit Etienne Gernelle, le patron du Point"Je ne protège personne mais je ne participe pas non plus aux chasses à l'homme", insiste-t-il, précisant qu'aucune chronique de l'écrivain n'a fait "l'apologie de l'amour avec les enfants". "Sinon, elle ne serait pas passée".

Dans la presse ou sur les réseaux sociaux, les révélations de Vanessa Springora suscitent un "vif" débat entre défenseurs de l'écrivain, qui dénoncent une forme de puritanisme voire un procès fait à une époque révolue, et ceux qui défendent les victimes de violences sexuelles.

Le quotidien Le Monde dans son article "Les temps ont changé, il est devenu indéfendable : dans un contexte post-#metoo, le malaise Gabriel Matzneff" reconnait lui-même que "Le Monde ne dit jamais de mal de l’écrivain pendant les années 1970 et Libération en parle peu mais soutient le mouvement pro-pédophile, raconte l’universitaire Anne-Claude Ambroise-Rendu, auteure d’Histoire de la pédophilie : XIXe-XXe siècles (Fayard)". 

Une de <em>Libération</em>, lundi 30 décembre 2019.
Une de Libération, lundi 30 décembre 2019.
©Libération

Consacrant sa Une lundi 30 décembre 2019 à l'affaire, le journal Libération a de nouveau exprimé ses regrets (il l'avait déjà fait en 2001 ) sous la plume de son directeur de la publication Laurent Joffrin"Libération, enfant de Mai 1968, professait à l’époque une culture libertaire dirigée contre les préjugés et les interdits de l’ancienne société", portant "souvent sur des causes justes" mais promouvant "parfois des excès fort condamnables, comme l’apologie intermittente de la pédophilie, que le journal a mis un certain temps à bannir".

Le 26 janvier 1977, Gabriel Matzneff rédige un appel en faveur de trois hommes inculpés d'attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans. Parmi les 69 signataires, on trouve Louis AragonRoland BarthesSimone de BeauvoirJean-Paul SartrePatrice ChéreauGilles DeleuzeAndré GlucksmannCatherine Millet12. Le 23 mai de la même année, il cosigne (avec notamment Jean-Paul Sartre, Philippe SollersMichel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-GrilletFrançoise Dolto ou Jacques Derrida) une lettre ouverte à la commission de révision du code pénal qui exige que soient « abrogés ou profondément modifiés » les articles de loi concernant « le détournement de mineur », dans le sens « d'une reconnaissance du droit de l'enfant et de l'adolescent à entretenir des relations avec les personnes de son choix ».  Gabriel Matzneff est soutenu par Le Monde — dans lequel il tient une chronique hebdomadaire à partir de 1977 — et Libération.

Sur Twitter, chez les défenseur.e.s de l'écrivain, certain.e.s voient dans cette polémique une "chasse aux sorcières" comme Josyane Savigneau, membre du jury Femina et ancienne patronne du Monde des Livres(c'est aussi ce que dénonce Gabriel Matzneff lui-même). D'autres estiment que "Punir Matzneff procède de l’ignorance érigée en morale.", comme le twitte l'animateur de télévision Guillaume Durand qui souligne aussi "la tartufferie de ceux qui ont fait semblant de découvrir Matzneff. A l'époque, personne n'a rien fait".

"J’ai l’âge d’avoir connu une époque où se disaient ce genre de choses à la télévision. Matzneff, Gide on se foutait de leur gueule mais on n’était pas plus révolté que ça. Des pédophiles assumés. J’ai un peu honte. Même plus que ça (...)", concède pour sa part l'ex-Guignol de l'Info Bruno Gaccio.

La littérature excuse-t-elle tout ?
Vanessa Springora

"Tout autre individu qui publierait (...) la description de ses ébats avec un adolescent philippin ou se vanterait de sa collection de maîtresses de quatorze ans (...) serait immédiatement considéré comme un criminel. La littérature excuse-t-elle tout ?", interroge Vanessa Springora dans Le Consentement

Pour l'essayiste et homme politique Raphaël Glucksman, la réponse à cette question est claire : "J'ai beau chercher, je ne comprends toujours pas en quoi le fait de ne plus tolérer qu'un dandy pervers de 40 ou 50 ans mette son sexe dans la bouche d'une enfant de 13 ans ou exploite des petits garçons en Asie du Sud-Est est une menace pour la création littéraire...".

Andréa Bescond, la réalisatrice du film Les Chatouilles, elle, s'adresse à Bernard Pivot, estimant qu'il aurait dû faire son "mea culpa". "Peut-être vouliez-vous dire : 'Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la loi et le crime, il était temps que cela change, nous avons été des complices passifs, sans aucune morale, nous étions les produits d'une triste époque, nous aurions dû réagir, mea culpa'".

Au coeur de cette polémique, c'est aussi la notion de consentement que beaucoup tiennent à mettre en avant et à défendre. Valérie Rey-Robert, autrice de l'ouvrage Une culture du viol à la française, du troussage de domestique à la liberté d’importuner (Editions Libertalia), s'en explique longuement dans un très clair et documenté "thread" sur Twitter. "C'est vrai. Les ados sont en demande de tester leur pouvoir de séduction, qu'on leur dise qu'ils sont sexy ou beaux. Et c'est votre putain de rôle d'adulte de leur mettre des limites immédiates". Elle dénonce aussi l'impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes. 

"Tous les experts et expertes du sujet expliquent depuis longtemps que le terme pédophilie ne convient pas. Que le terme pédocriminalité caractérise bien mieux la violence. Et parler 'd’ébats avec des enfants', c’est parler d’un acte consentant. Les mots sont importants"., tient à préciser Caroline de Haas, militante féministe du collectif NousToutes qui s'insurge contre le fait que les pédocriminels soient soutenus encore aujourd'hui. 

"Une petite pierre à l'édifice"

Cette polémique intervient quelques semaines après les révélations de l'actrice Adèle Haenel, nouvel épisode du #MeToo dans le cinéma français. Ainsi, certain.e.s voient en la parution du livre Le Consentement l'émergence d'un #MeToo littéraire. 

"J'espère apporter une petite pierre à l'édifice qu'on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement", explique à l'Obs Vanessa Springora, qui précise avoir commencé à écrire son livre "bien avant l'affaire Weinstein" fin 2017.  

©Grasset

Dans Libération, la pédopsychiatre Marie Rose Moro, qui dirige la Maison de Solenn et s’occupe des adolescents à l’hôpital Cochin, explique clairement : "Chez l’ado, il y a un développement qui se fait. Quand on dit qu’il choisit d’avoir une relation sexuelle avec un adulte, c’est faux, il ne choisit pas. Il ne peut pas avoir de libre arbitre sur une chose qu’il ne connaît pas. Il n’y a pas de réciprocité"

"Quel que soit le contexte, avoir des relations sexuelles sous emprise quand on est adolescent reste violent et déstructurant. La preuve, Vanessa Springora écrit ce livre quarante ans après les faits.", ajoute la psychiatre.

"Je reçois des témoignages qui me bouleversent. Je me dis que j'aurais peut-être dû écrire plus tôt, ça me culpabilise un peu, je ne sais combien d'années il a été actif, on m'a raconté des histoires terribles entre-temps, bien pires que la mienne, mais je ne peux pas en être le porte-parole", témoigne Vanessa Springora dans un entretien dans Le Parisien, cité plus haut. "Si d'autres personnes plus jeunes ont envie d'aller en justice qu'elles le fassent, ou témoignent, réparent chacune ou chacun à sa manière un traumatisme de jeunesse. Ce livre, c'est déjà une trace et une empreinte. Il va faire réfléchir.

Sur France Inter, l'humoriste et militante féministe, Sophia Aram signe un billet dans lequel elle s'imagine dans la tête de l'écrivain octogénaire, ce 2 janvier 2020, jour de la publication du livre, déambulant dans le quartier "littéraire" de St Germain des Prés. Sur les notes de piano des Gymnopédies d'Erik Satie, elle raconte : "Il se souvient de l'époque où le Paris littéraire frétillait d'un plaisir délicieux, coupable, au moindre soubresaut de ... sa quéquette... (...) Elle était comme ça, (sa quéquette) elle n'aimait jouer qu'avec des enfants, des adolescents de moins de 16 ans, toujours. (...) Il appelait ça l'amour, la liberté, le plaisir, légèrement transgressif oui, mais tellement jouissif, non ? Non. (...) Ce matin, Gabriel Matzneff a rendez-vous avec le livre de l'une de ses victimes. Elle a grandi. Elle ne l'intéresserait certainement plus si elle n'avait pas décidé aujourd'hui de siffler la fin de la récré. Elle s'appelle Vanessa Springora."