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Mondial 2019 : des expertes africaines donnent leurs pronostics

Trois questions à Yeo Moriba, la maman de Paul Pogba (au centre), Aissata Traoré (en bas à gauche), Seyni Ndir Seck (en haut à gauche), Jeannette Grâce Ngock Yango (en haut à droite), et Fatou Camara (en bas à droite).
Trois questions à Yeo Moriba, la maman de Paul Pogba (au centre), Aissata Traoré (en bas à gauche), Seyni Ndir Seck (en haut à gauche), Jeannette Grâce Ngock Yango (en haut à droite), et Fatou Camara (en bas à droite).

A quelques heures de la rencontre France - Nigeria, quelles sont les équipes favorites ? Les sélections africaines ont-elles leurs chances ? Sur quelles joueuses faut-il parier ? Des expertes et passionnées de football du continent africain nous donnent leur point de vue avisé (en partenariat avec le magazine Divas).

Est-il possible de revoir, comme en 1999, une équipe africaine en
quarts de finale de la Coupe du monde en France ?


Yeo Moriba, mère de Paul Pogba, ancienne internationale guinéenne, Ambassadrice du foot féminin en Guinée :
Les trois sélections ont leurs chances. Je crois que l’Afrique du Sud et le
Nigeria peuvent aller jusqu’en quart de finale. Avec le football d’aujourd’hui,
il n’y a plus de petites équipes. Tout peut se jouer sur un match.

Aïssata Traoré,  internationale malienne, championne de Turquie 2018-2019 avec Besiktas : 
Ces dernières années, le football féminin s’est développé en Afrique. Le
Cameroun, le Nigeria et l’Afrique du Sud sont de bonnes équipes. À la précédente CAN, nous avons pu jauger leurs talents respectifs. Le Nigeria a beaucoup d’expérience et peut atteindre les huitièmes de finale. L’Afrique du Sud aussi, car elle a un effectif très jeune qui joue collectivement. Ce sera sa première participation à la Coupe du monde, mais elle s’est bien préparée même si elle n’a gagné pour l’instant aucun de ses matchs amicaux. Des défaites qui lui serviront sans doute de leçons.

Jeannette Grâce Ngock Yango, internationale camerounaise, US Saint Malo
(2e division) :

Je pense que seul le Cameroun pourrait atteindre les quarts de finale. C’est vrai que le Nigeria nous élimine tout le temps en Coupe d’Afrique des Nations, mais quand on analyse le jeu, nous sommes meilleures. L’Afrique du Sud est aussi une très bonne équipe, mais le Cameroun est plus fort.

Seyni Ndir Seck, ancienne capitaine de l’équipe de football du Sénégal, présidente de la Commission du football féminin à la Fédération sénégalaise de football : Pendant la CAN, l’Afrique du Sud et le Cameroun se sont distingués. Certes, le Nigeria a remporté le trophée, mais ce n’était pas la meilleure sélection du tournoi. Le Cameroun, qui a réalisé un bon parcours à la Coupe du Monde 2015, a la poule la plus diffcile : les Pays-Bas (champions d’Europe), le Canada (médaillé de bronze aux J. O. de 2012 et 2016) et la Nouvelle-Zélande sont de grosses pointures. L’Afrique du Sud a également hérité d’un tirage au sort compliqué. Les Banyana Banyana affronteront l’Allemagne, la Chine et l’Espagne. En revanche, le Nigeria est dans un groupe plus clément, même s’il se retrouve avec le pays organisateur, la France. Le principal atout des Super Falcons, c’est leur expérience. Elles ont participé à presque toutes les Coupes du monde. Aujourd’hui, en matière de football, tout est possible. C’est ce qui fait la beauté de ce sport. On a beau prédire des scores, seule la réalité du terrain compte.

Fatou Camara, ancienne internationale malienne, coordinatrice des projets pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre du Bureau régional de la FIFA à Dakar :
Oui, car le niveau du football africain progresse. Vous avez vu que la dernière CAN au Ghana ne ressemblait pas aux autres. Bon nombre de filles ont évolué. Je pense que l’Afrique du Sud a une équipe vraiment talentueuse. Le Nigeria, c’est l’expérience, le Cameroun aussi a déjà participé à une Coupe du monde. Donc nous avons des chances d’atteindre les quarts de finale. Il faut y croire : l’Afrique a le niveau pour y arriver.
 
Les supportrices au rendez-vous de cette 8ème Coupe du monde de football féminine organisée pour la première fois en France, avec trois équipes africaines en lice.
Les supportrices au rendez-vous de cette 8ème Coupe du monde de football féminine organisée pour la première fois en France, avec trois équipes africaines en lice.
©twitter/CynthiaNzetia

Quelle joueuse vous impressionne le plus et pourquoi ?

Yeo Moriba : La Brésilienne Marta. J’ai vu quelques vidéos. Elle m’impressionne
par sa technique. Elle mérite, vu son palmarès, le ballon d’or féminin.
J’espère, en tant qu’ambassadrice du football féminin en Guinée, qu’une Guinéenne atteindra un jour ce niveau. En tout cas, nous allons tout faire pour donner de
l’espoir aux jeunes footballeuses guinéennes afin qu’elles puissent exercer leur passion. Il faut qu’elles soient encouragées.

Aïssata Traoré : Dans le monde du foot féminin, j’admire particulièrement le talent d’Eugénie Le Sommer. Elle est très bonne, c’est la meilleure. Elle peut marquer dans n’importe quelle position, elle a de bons réflexes et quand elle ne marque pas, elle fait
marquer une de ses camarades. Ce qui me plaît aussi chez elle, c’est qu’elle est toujours présente lors des grands matchs.
 

Jeannette Grâce Ngock Yango : Dzsenifer Maroszàn, l’internationale allemande qui évolue à Lyon. Elle joue au même poste que moi, milieu de terrain. Actuellement, c’est la plus douée. Elle est très calme, très posée, très technique, très intelligente. J’aimerais bien atteindre son niveau de jeu.

Seyni Ndir Seck : J’ai un coup de cœur pour Chrestinah Thembi Kgatlana, meilleure joueuse africaine 2018. Elle a réalisé une bonne Coupe d’Afrique des Nations et elle a inscrit le plus beau but de l’année. Je pense également à Raissa Feudjio, la milieu de terrain du Cameroun. C’est une super joueuse. J’ai été surprise qu’elle ne fasse pas partie, en 2018, des trois nominées au titre de meilleure joueuse africaine.
 

Fatou Camara : Chrestinah Thembi Kgatlana, la Sud-Africaine élue pour l’année 2018, meilleure joueuse et meilleure buteuse du continent. Elle a des qualités techniques exceptionnelles. Sans oublier qu’elle est jeune : elle a tout l’avenir devant elle. Je pense qu’elle sera l’une des révélations de cette Coupe du Monde.

Quelle équipe pourrait remporter cette année la Coupe du Monde ?

Yeo Moriba : J’hésite entre l’Allemagne et la France. Mais j’espère que les Françaises vont imiter les garçons D’autant qu’elles jouent à domicile, et c’est une première pour elles. Les autres ont ramené la coupe à la maison, aux flles maintenant de tout faire pour la garder ici.

Aïssata Traoré : Toutes les équipes qui sont parvenues à se qualifer sont motivées pour remporter la Coupe du monde, mais c’est la France qui est favorite. Elle va jouer devant son public. En plus, elle compte les meilleures joueuses du monde comme Eugénie le Sommer, Wendie Renard, Kadidiatou Diani. Mais attention, dans le football, un bel effectif ne fait pas tout : il faut jouer ensemble. Bref, quand on voit l’intensité que les Françaises ont mis dans leurs matchs de préparation et qu’on sait que leur équipe masculine a gagné la Coupe du monde, on se doute qu’elles feront tout pour remporter la compétition à leur tour.

Jeannette Grâce Ngock Yango : Je pense à l’Angleterre qu’on a tendance à oublier. Et bien sûr la France, le pays organisateur. Il y a aussi les États-Unis. Mais pourquoi pas le Cameroun ? On verra bien. Tout est possible dans le football.

Seyni Ndir Seck : La France est favorite. Elle joue à domicile. Elle prépare ce Mondial depuis deux ans. Les Bleues ont affronté toutes les grandes nations du football. Aujourd’hui, je pense qu’elles sont fin prêtes pour remporter leur première Coupe du Monde.

Fatou Camara : Mon souhait, c’est qu’un pays africain l’emporte même si ce ne sera pas facile du tout. La France, pays organisateur cette année, a de fortes chances. Si on regarde les résultats des Bleues lors des matchs de préparation, le niveau a beaucoup évolué. En plus, elles jouent pour la première fois à domicile. Elles aurontà cœur de montrer ce dont elles sont capables.