Monique Olivier, la femme de l'ogre et ogresse elle-même ?

Comment concevoir le crime au féminin, d'autant plus lorsqu’il est de nature sexuelle ? A l'issue d'un procès de trois semaines, Monique Olivier, 75 ans, l'ex-femme de Michel Fourniret, "l'ogre des Ardennes" a été condamnée à une nouvelle peine à perpétuité. 

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Monique Olivier

Trois semaines de procès s'ouvrent aux assises des Hauts-de-Seine à Nanterre. Une seule accusée sera dans le box, Monique Olivier, 75 ans, l'ex-femme du tueur en série de Michel Fourniret, décédé en 2021.

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Quel a été son rôle exact dans le couple diabolique qu'elle formait avec le tueur en série Michel Fourniret ? Monique Olivier elle-même a-t-elle pris part aux innommables sévices infligés aux victimes ? Était-elle même commanditaire de ces crimes ou instigatrice du mode opératoire, autrement dit "le cerveau" ? Ou bien n'a-t-elle été que femme soumise et sous emprise, sous les ordres de son mari psychopathe ? Des questions qui resteront sans réponse.

Au terme de trois semaines d'audition, Monique Olivier a gardé tous ses mystères. Quelques heures avant l'annonce de la sentence, elle n'aura eu que quelques phrases à l'attention des familles des victimes, leur demandant pardon et exprimant des regrets. Tout au long du procès, elle s’est présentée comme la victime de son ex-mari et n’a apporté aucun nouvel élément tangible concernant l’emplacement des corps de la petite fille et de Marie-Angèle Domèce, jamais retrouvés ou les sévices infligés à Estelle Mouzin.

"C’est particulièrement éprouvant de voir (…) cette absence d’humanité avec cette personne, c’est quelque chose d’incompréhensible », a déclaré Eric Mouzin, le père d'Estelle.

Des aveux, mais pas de réponses 

Monique Olivier a été reconnue coupable de complicité dans l’enlèvement et le meurtre de deux jeunes femmes, Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish, en 1988 et 1990, ainsi que dans l’enlèvement et la séquestration d'Estelle Mouzin en 2003. Au terme d'onze heures de délibération, le tribunal l'a condamnée à la perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 20 ans, soit un peu moins que ce que le parquet avait requis, qui réclamait une peine de sûreté de 22 ans.

Le président de la cour d'assises a détaillé les motivations de ce verdict. La peine prononcée contre Monique Olivier est considérée comme "adéquate et proportionnée à l'extrême gravité des faits où son implication est totale contre deux jeunes femmes et une enfant de 9 ans, séquestrée dans des circonstances inhumaines".

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Monique Olivier avait déjà été condamnée à la perpétuité par la cour d'assises des Ardennes, en 2008, pour complicité dans quatre enlèvements et meurtres de son mari.Puis, à 20 ans de réclusion, en 2018, à Versailles, toujours pour complicité, dans le meurtre, crapuleux, de Farida Hamiche.

Rabatteuse et tueuse ?

Dans ses aveux, circonstanciés et répétés au fil de l’instruction, elle a reconnu avoir joué un rôle actif. Dans les deux premiers dossiers, elle était dans la voiture – enceinte de sept mois la première fois, avec son fils la seconde – pour "rassurer" les victimes et les pousser à monter dans le véhicule, et était là lorsqu’elles ont été violées puis tuées.

Michel Fourniret est décédé en 2021, c'est donc seule que son ex-épouse comparaissait devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.

Le couple Fourniret-Olivier

Michel Fourniret et Monique Olivier, le couple meurtrier le pire de l'histoire en France.

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Estelle Mouzin, disparue à jamais

En janvier 2003, Estelle Mouzin, 9 ans, disparaît sur le chemin du retour de l'école. Dans un premier temps, Monique Olivier fournit un alibi à son mari. Il faudra attendre 2019, après des années d'errements dans l'enquête, pour qu'elle contredise l'alibi fourni par Michel Fourniret. "L'ogre des Ardennes" avouera sa responsabilité quelques mois plus tard à la juge d'instruction Sabine Kheris, aujourd'hui coordinatrice du pôle "cold cases" de Nanterre. 

Selon les déclarations de Monique Olivier en août 2020, Michel Fourniret a séquestré, violé et tué Estelle Mouzin à Ville-sur-Lumes (Ardennes), dans la maison qu'il avait héritée de sa sœur. L'ADN partiel de la fillette a été retrouvé sur un matelas saisi en 2003 dans cette maison. En 2021, elle reconnaît pour la première fois un rôle dans la séquestration d'Estelle, précisant avoir accompagné son ex-mari près du bois d'Issancourt-et-Rumel (Ardennes) pour enterrer le corps de la fillette.

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Et toutes les autres ... 

En 2018, le tueur en série a avoué son implication dans deux autres affaires longtemps non-élucidées : les meurtres de Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish. Marie-Angèle Domèce, 18 ans, a disparu trente ans plus tôt à Auxerre, entre son foyer et la gare. L'affaire avait été rapidement classée faute d'éléments, avant que l'information judiciaire ne soit rouverte en 2012. Quant à Joanna Parrish, une Britannique de 20 ans, son corps dénudé a été retrouvé dans l'Yonne près d'Auxerre en 1990. Elle a été droguée, violée et battue avant sa mort. Malgré de nombreuses fouilles, les corps de Marie-Angèle Domèce et Estelle Mouzin n'ont jamais été retrouvés.

"C'est le couple assassin, de meurtriers en série tels que la France n'en n'a jamais connu", déclare le procureur Francis Nachbar, dans l'émission L'invité sur TV5monde. 

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Une seule accusée dans le box, une personnalité floue

Dans le box, un grand absent : Michel Fourniret lui-même, mis en examen en 2020 pour tous les crimes dont son ex-épouse est accusée, et décédé en 2021. Il "ne répondra pas de ses actes (…) parce qu'on n'a pas su mener l'enquête comme elle aurait dû l'être", regrette Me Seban, avocat des familles d'Estelle Mouzin, Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce. D’où un "procès un peu tronqué", pour Eric Mouzin, qui a bataillé sans relâche pour faire élucider la disparition de sa fille. 

Monique Olivier et Michel Fourniret

Monique Olivier et Michel Fourniret se sont rencontrés et mariés après avoir échangé une relation épistolaire alors que le futur meurtrier en série était en prison.

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Avant de rencontrer celle qui fut sa femme pendant vingt-et-un ans, Michel Fourniret n’avait jamais tué. Sans son mari, Monique Olivier ne serait pas devenue une telle criminelle, ont conclu les experts.

C'est une personne au moins aussi perverse que lui (Michel Fourniret), plus intelligente que lui, j'en suis absolument convaincu. Francis Nachbar, procureur

Monique Olivier est beaucoup plus compliquée à cerner, estime pour sa part Francis Nachbar. "C'est une personne au moins aussi perverse que lui (Michel Fourniret), plus intelligente que lui, j'en suis absolument convaincu", faisant référence à son QI de 131, mais qu'aujourd'hui d'autres experts ont contesté. "Je dis simplement ce que j'ai vécu avec elle, je dis combien parfois elle le dominait au point de démonter certains des alibis qu'il voulait donner et lui en proposer d'autres. Au point de lui faire traverser la frontière avec la petite Elisabeth alors que lui hésite. Au point de lui donner des conseils, quand il n'a pas d'érection, pour réussir à la violer", ajoute-t-il. Pour lui, "elle l'a dominé autant qu'il l'a dominée". 

 

On veut faire de la complice la principale responsable, quitte à tordre les faits. On oublie que c’est Fourniret qui viole et tue. Me Richard Delgenes, avocat de Monique Olivier

"Contrairement à lui, elle ne tire pas un plaisir particulier de la douleur de ses victimes ou des familles", affirme de son côté l'avocat de l'accusée, Me Richard Delgenes"On veut faire de la complice la principale responsable, quitte à tordre les faits. On oublie que c’est Fourniret qui viole et tue", déplore-t-il.

Elle essaie de se donner le rôle minimal. Me Seban avocat des familles des victimes

"Elle essaie de se donner le rôle minimal" dans les crimes de son ex-mari, alors qu'elle a déjà été condamnée deux fois pour complicité pour certains d'entre eux, déplore de son côté Me Seban.

En 2008 à Charleville-Mézières, elle a été condamnée à la perpétuité pour complicité dans quatre meurtres et un viol commis par son ex-mari. Dix ans plus tard, elle a été condamnée à vingt ans de prison pour complicité dans le meurtre de Farida Hammiche, épouse d'un ancien codétenu du tueur en série, à qui le couple avait volé des lingots d'or. Son corps n'a pas non plus été retrouvé.

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Des questions sans réponse

Les familles "n’attendent pas grand-chose de Monique Olivier". "Comme elle fonctionne par cran, les enquêteurs l’appelaient 'deux à l’heure' parce qu’elle réfléchissait quelquefois une heure avant de donner une réponse à une question", rappelle l'avocat interrogé sur France Bleu. "Nous essaierons, comme nous l’avons fait à chaque fois, d’avancer sur d’autres dossiers puisqu’il y a d’autres crimes encore qui restent non élucidés et pour lesquels on craint l’intervention du couple. Peut-être découvrirons-nous d’autres vérités dans ce parcours criminel ? On ne sait pas tout."

Elle n'a aucune empathie, le mot est trop faible pour elle. Elle n'a aucun sentiment d'humanité y compris pour la douleur terrible et définitive des familles. Je crains qu'elle ne se contente que de confirmer ses aveux. Francis Nachbar, procureur général

Francis Nachbar non plus n'attend pas grand chose de ce procès : "Elle n'a aucune empathie, le mot est trop faible pour elle. Elle n'a aucun sentiment d'humanité y compris pour la douleur terrible et définitive des familles. Je crains qu'elle ne se contente que de confirmer ses aveux, et rien de plus mais je peux me tromper". 

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Une fois entrée dans le box ce mardi 28 novembre 2023 au tribunal de Nanterre, Monique Olivier accepte d’être filmée. Elle décline son identité. À la question du président : "souhaitez vous vous expliquer ?". Elle répond : "Je vais faire de mon mieux". 

Femmes criminelles, tabou caché 

Au 1er mars 2023, sur plus de 72.000 détenus en France, seules 3,7 % étaient des femmes. En 2022, selon le ministère de l’Intérieur, les femmes ne représentaient que 9 % des mises en cause dans les affaires d’homicide, et seulement 3 % dans les dossiers de violences sexuelles.

Dans le quotidien Le Parisien, Catherine Ménabé, maître de conférences en Sciences criminelles à l’université de Lorraine explique que si les femmes commettent moins de crimes et délits que les hommes, "elles sont capables des mêmes atrocités, leur dangerosité peut être équivalente". "On touche là à un tel tabou de notre société qu’on préfère se mettre des œillères pour ne pas remettre en cause la perception du genre féminin. La femme reste considérée comme la mère symbolique, la garante du foyer, celle qui élève et protège", estime la chercheuse, autrice de La Criminalité féminine.

Il existe néammoins "un crime pour lequel les femmes sont surreprésentées : les infanticides. Selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance (ONDRP), entre 1996 et 2015, sur les 325 condamnations pour cette infraction, 70 % l’ont été à l’encontre de femmes.", précise l'article du Parisien.

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