Mort de la journaliste Shireen Abu Akleh : Al Jazeera réclame justice auprès de la Cour pénale internationale

Shireen Abu Akleh était l'un des visages les plus connus d'Al Jazeera. La journaliste palestinienne a été tuée par balle, au cours d'un reportage à Jénine. Annonçant détenir de nouvelles preuves, la chaîne de télévision qatarie a soumis au procureur de la Cour pénale internationale un dossier incriminant l'armée israélienne. 
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©AP Photo/Adel Hana
Un Palestinien tient une photo de la journaliste palestinienne-américaine d'Al Jazeera tuée Shireen Abu Akleh, lors d'une cérémonie d'hommage, devant le bureau du réseau Al Jazeera, dans la ville de Gaza, le 11 mai 2022. La chaîne de télévision qatarie Al Jazeera a annoncé mardi avoir soumis au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) un dossier incriminant l'armée israélienne. 
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Shireen Abu Akleh, correspondante pour la chaine Al Jazeera dans les territoires palestiniens, est morte mercredi 11 mai 2022 à Jénine en Cisjordanie occupée, sous les balles de l'armée israélienne. Ici, on la voit le 14 février dernier, lors d'un de ses reportages, dans une photo postée sur sa page Facebook. 
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Elle était une cible. Pour Al Jazeera, la chaîne pour laquelle elle travaillait, cela ne fait aucun doute : Shireen Abu Akleh a été tuée "de sang froid" par les forces israéliennes alors qu'elle couvrait des affrontements dans le secteur de Jénine, en Cisjordanie occupée.

"Dans ce qui est d'évidence un meurtre, en violation des lois et des normes internationales, les forces d'occupation israéliennes ont assassiné de sang-froid la correspondante d'Al Jazeera en Palestine, Shireen Abu Akleh, prise pour cible de tirs à balles réelles tôt ce matin", précise Al Jazeera.

Le 7 décembre 2022, la chaîne de télévision qatarie annonce avoir soumis au procureur de la Cour pénale internationale (CPI) un dossier incriminant l'armée israélienne pour la mort de sa journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh, tuée en mai. La chaîne dit que les éléments transmis à la CPI mettent en évidence "de nouvelles preuves et des images vidéo montrant clairement que Shireen Abu Akleh et ses collègues se sont fait tirer directement dessus par les forces d'occupation israéliennes" le 11 mai dernier.

Ma famille ne sait toujours pas qui a tiré la balle mortelle et qui était dans la chaîne de commandement qui a tué ma tante.
Lina Abu Akleh, nièce de Shireen Abu Akleh

Lina Abu Akleh, nièce de la journaliste, a exhorté la CPI à enquêter sur la mort de sa tante, lors d'une conférence de presse à La Haye. "Les preuves sont extrêmement claires et nous attendons de la CPI qu'elle agisse", a-t-elle déclaré, "Ma famille ne sait toujours pas qui a tiré la balle mortelle et qui était dans la chaîne de commandement qui a tué ma tante".

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Rodney Dixon, avocat d'Al Jazeera, et Lina Abu Akleh, nièce de la journaliste d'Al Jazeera tuée par balle Shireen Abu Akleh, se rendent à la Cour pénale internationale de La Haye, aux Pays-Bas, le mardi 6 décembre 2022, pour présenter une lettre demandant une enquête officielle sur le meurtre. Des responsables palestiniens, la famille d'Abu Akleh et Al Jazeera accusent Israël d'avoir délibérément pris pour cible et tué le journaliste de 51 ans, une affirmation qu'Israël dément.
©AP Photo/Peter Dejong

"Que justice soit faite pour Shireen"

Rodney Dixon, l'avocat mandaté par Al Jazeera estime qu'il y a une "tentative de dissimulation complète" des circonstances de la mort de la journaliste de la part d'Israël. La mort de la journaliste procède "d'une campagne systématique et à grande échelle" d'Israël contre Al Jazeera, affirme-t-il, faisant aussi référence à la destruction de l'immeuble qui abritait le bureau de la chaîne qatarie à Gaza lors d'un bombardement israélien en 2021. "Il y a clairement une tentative de fermer Al Jazeera et de la réduire au silence", a-t-il ajouté devant la presse, tout en disant croire "que justice serait faite pour Shireen".

Israël n'a cessé de rejeter cette accusation et ce malgré des enquêtes journalistiques et un rapport de l'ONU concluant à un tir israélien, qui excluaient toutefois qu'il ait été délibéré, jusqu'à ce que l'armée concède en septembre ne pas avoir de certitude "sans équivoque" sur l'origine du tir fatal à la journaliste.

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Touchée par balle réelle

"Touchée par une balle réelle alors qu'elle couvrait des raids israéliens dans la ville de Jénine, elle a été transportée d'urgence à l'hôpital dans un état critique, selon le ministère qatari et des journalistes d'Al Jazeera", lit-on sur le site de la chaîne TV. Shireen Abu Akleh portait un casque et gilet pare balle de presse lorsqu'elle a été tuée. Elle est morte à l'hôpital, a indiqué le ministère qatari. Les circonstances de sa mort ne sont pas claires, "mais des vidéos de l'incident montrent qu'Abu Akleh a reçu une balle dans la tête", a précisé sa consoeur d'Al Jazeera Nida Ibrahim.

[Les forces israéliennes ont abattu la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh en Cisjordanie occupée]

Une version contestée par les autorités israéliennes. Selon le Premier ministre israélien, Naftali Bennett, la journaliste a "probablement" été tuée par des tirs palestiniens et non israéliens. "Selon les informations que nous avons réunies, il semble probable que des Palestiniens armés, qui ont ouvert le feu sans discernement à ce moment, sont responsables de la mort malheureuse de la journaliste", a déclaré Naftali Bennett dans un communiqué.

Le compte-rendu en images ►Qui a tué Shireen Abu Akleh ? Deux versions s'opposent

Un autre journaliste a été blessé lors de ces affrontements. Ali al-Samoudi a accusé l'armée israélienne d'avoir ouvert le feu sur les journalistes. "Nous étions en route pour couvrir l'opération de l'armée lorsqu'ils ont ouvert le feu sur nous (...) Une balle m'a atteint. La seconde balle a touché Shireen", a-t-il déclaré. "Elle s'est retournée en panique" lorsque son collègue a été touché, et puis elle a été elle-même atteinte d'une balle derrière la tête, a indiqué à l'AFP Majid Awais, témoin de la scène.

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Des personnes en deuil portent des photos de la journaliste d'Al Jazeera assassinée Shireen Abu Akleh et en arabe qui dit : « Shireen, la voix de la Palestine », devant le bureau de la chaîne Al Jazeera, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le mercredi 11 mai 2022.
©AP Photo/Nasser Nasser

Au prix de sa vie

Née à Jérusalem, Shireen Abu Akleh avait 51 ans. Après avoir effectué sa scolarité à la Rosary Sisters School à Jérusalem, elle étudie l'architecture à l'Université technique de Jordanie, puis se tourne vers des études de journalisme à l'Université de Yarmouk à Irbid. Après avoir obtenu son diplôme, elle retourne en Palestine et travaille pour des sites Web, notamment Voice of Palestine Radio, Aman Satellite Channel. Elle rejoint Al Jazeera en 1997. Elle habitait à Jérusalem-Est. 

Shireen Abu Akleh
Shireen Abu Akleh avait 51 ans, elle avait rejoint la chaîne Al Jazeera en 1997. 
©Facebook/Al Jazeera

"Comme vous pouvez l'imaginer, c'est un choc pour les journalistes qui ont travaillé avec elle.", a déclaré, en larmes Nida Ibrahim, depuis Ramallah, ajoutant que Shireen Abu Akleh était une "journaliste très respectée". Elle travaillait avec Al Jazeera depuis le début de la deuxième Intifada palestinienne en 2000.

Elle était l'une des journalistes plus connues de la chaîne arabe. Le 6 mai dernier, elle publiait sur sa page Facebook cette vidéo, alors qu'elle se trouve en voiture sur la route de Jénine sous une pluie torrentielle. 

Fin mars, elle apportait son soutien à une autre journaliste qui avait été la cible d'attaques de la part de colons israéliens, postant une photo de sa voiture, le pare-brise défoncé par des jets de pierre. "Toute ma solidarité avec mon amie et collègue Christine Renawi qui a été attaquée hier par des colons (...) Elle m'a dit 'en quelques instants j'ai vu la mort de mes propres yeux'", écrit-elle. 
 

Un an après l'attaque contre Al Jazeera

Contactée par l'AFP, l'armée israélienne n'a pas commenté dans l'immédiat le décès de Shireen Abu Akleh qui intervient près d'un an jour pour jour après la destruction de la tour Jalaa, où étaient situés les bureaux de la chaîne qatarie dans la bande de Gaza, lors d'une frappe aérienne israélienne en pleine guerre entre le mouvement islamiste palestinien Hamas et l'Etat hébreu. Selon Al Jazeera, l'armée israélienne a déclaré qu'elle avait été attaquée avec des tirs nourris et des explosifs alors qu'elle opérait à Jénine, et qu'elle avait riposté. Elle a ajouté qu'elle "enquêtait sur l'événement".

Depuis le 22 mars dernier, Israël a été la cible d'une série d'attaques ayant fait au moins 18 morts. Deux de ses attaques ont été perpétrées par des Arabes israéliens, et quatre d'entre elles par des Palestiniens, dont trois jeunes originaires de Jénine, où l'armée israélienne a multiplié les opérations ces dernières semaines.

Le Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, a condamné le meurtre de Shireen Abu Akleh. Selon Oussama al-Qawasami, porte-parole du Fatah, "Israël veut envoyer un message aux journalistes du monde entier que le sort de quiconque veut couvrir la vérité sera abattu et tué."

"Les forces d'occupation israéliennes ont assassiné notre chère journaliste Shireen Abu Akleh alors qu'elle couvrait leur brutalité à Jénine ce matin. Shireen était la journaliste palestinienne la plus en vue et une amie proche"
, écrit Husam Zomlot, l'ambassadeur palestinien au Royaume-Uni.

Une journaliste courageuse, connue pour porter la voix des Palestiniens

"Nous avons une histoire à travers le monde mais particulièrement dans cette région où nous avons connu des drames, en tant que journaliste nous continuons, nous ne nous tairons pas malgré les tentatives de nous réduire au silence", a posté sur Twitter le directeur de la chaîne Giles Trendle, se déclarant "choqué et attristé" par la mort de Shireen Abu Akleh.

Les gens la connaissaient comme une journaliste courageuse et la voix des Palestiniens.
Groundreport

"Shirin était une journaliste intrépide et n'avait pas peur d'exposer au monde les excès d'Israël en Cisjordanie. Même mercredi, elle faisait un reportage sur l'action brutale d'Israël lorsqu'elle a été tuée par balle. Les gens la connaissaient comme une journaliste courageuse et la voix des Palestiniens", écrit le site groundreport.in.

►Sur le plateau du 64', l'éditorialiste de TV5monde Slimane Zeghidour rappelle le parcours de Shireen Abu Akleh 

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Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes rendent hommage à la journaliste dont ils connaissaient bien le visage pour ses nombreux reportages de terrain sur la condition de vie des Palestiniens. 

Des Palestiniens ont déposé des fleurs aux abords de la route au passage de la voiture transportant sa dépouille dans le nord de la Cisjordanie occupée. Un drapeau noir a été hissé au bureau d'Al Jazeera à Ramallah. La mort de Shireen Abu Akleh porte à sept le nombre de journaliste tués dans les territoires palestiniens depuis 2018, selon Reporters sans frontières. Paris, Washington, ONU, Union européenne ou encore l'Unesco, de nombreuses voix s'élèvent au sein de la communauté internationale pour appeller à une enquête transparente et approfondie sur ce drame.
 
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Une immense foule entoure le cercueil recouvert du drapeau palestinien de la journaliste Shireen Abu Akleh, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le mercredi 11 mai 2022.
©Abbas Momani/Pool via AP