Terriennes

Municipales en France : de Paris à Marseille, des batailles au féminin

(De gauche à droite) Rachida Dati, candidate de la droite LR, Anne Hidalgo, maire sortante candidate à sa succession, PS, Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, candidate LREM, parti présidentiel : trois femmes pour un seul fauteuil à l'Hôtel de Ville de Paris. 
(De gauche à droite) Rachida Dati, candidate de la droite LR, Anne Hidalgo, maire sortante candidate à sa succession, PS, Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, candidate LREM, parti présidentiel : trois femmes pour un seul fauteuil à l'Hôtel de Ville de Paris. 
©APimages/capture d'ecran
(De gauche à droite) Rachida Dati, candidate de la droite LR, Anne Hidalgo, maire sortante candidate à sa succession, PS, Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, candidate LREM, parti présidentiel : trois femmes pour un seul fauteuil à l'Hôtel de Ville de Paris. 
Les trois candidates à la maire de Paris, lors du débat télévisé organisé sur le plateau de France Info une semaine avant le second tour des municipales en France. Anne Hidalgo, maire sortante PS (en haut à gauche), Agnès Buzyn, ex-ministre de la santé (milieu), et Rachida Dati, candidate Les Républicains (à droite). Un débat animé par deux journalistes... masculins. 

Le second tour des élections municipales, reporté en raison de la pandémie, aura finalement lieu dimanche 28 juin en France. Dans plusieurs grandes villes, le futur maire a de fortes chances d'être une maire. Le cas le plus emblématique est sans aucun doute la bataille parisienne. Trois femmes pour un seul fauteuil, un cas de figure historique. Etat des lieux avec Richard Werly, journaliste suisse à Paris.

Les «Madame le-la maire» vont devenir de plus en plus fréquents en France, à l’issue du second tour des élections municipales dimanche 28 juin.

Seulement 15% des 35 000 communes du pays doivent encore élire leur Conseil municipal, qui désignera ensuite leur maire pour les six prochaines années. Un chiffre qui trahit le nombre de communes de moins de 1000 habitants, qui représentent 71% du total, où il arrive souvent qu’une seule liste se présente devant les électeurs, automatiquement élue au premier tour.

La campagne électorale, en revanche, bat son plein dans les métropoles. Quarante-sept des 53 villes françaises de plus de 100 000 habitants n’ont pas vu de vainqueur porter la majorité à la sortie des urnes lors du premier tour, le 15 mars dernier. Or dans ces villes, plusieurs batailles opposeront pour la première fois des femmes, qui constituent 39% des conseillers municipaux sortants… mais seulement 17% des maires. C’est notamment le cas à Paris et à Marseille, les première et deuxième villes de l’Hexagone.

Trois femmes et un fauteuil

Dans la capitale, la reine du scrutin se nomme Anne Hidalgo. Les listes de la maire sortante PS (le scrutin parisien a lieu par arrondissements et l’élection du maire est ensuite l’affaire du Conseil de Paris) ont réussi à atteindre 30,2% des voix au premier tour, malgré un bilan très «clivant» et une réputation d’intransigeance décrite dans plusieurs ouvrages dont Sainte Anne! (Ed. Albin Michel), une enquête à charge des journalistes Airy Routier (décédé ces jours-ci) et Nadia Le Brun.

Son alliance avec les écologistes lui garantit a priori une réélection facile dimanche prochain, face à deux autres candidates: l’ancienne ministre – sous la présidence Sarkozy – Rachida Dati pour la droite (22% des voix au premier tour) et Agnès Buzyn, l’ex-ministre de la Santé démissionnaire en pleine crise du Covid-19 de l’actuel gouvernement (17% des voix). Trois femmes pour accéder à cet Hôtel de Ville des bords de Seine dont Anne Hidalgo fut la première maire au féminin, élue en 2014 après avoir été l’adjointe de son prédécesseur, le socialiste Bertrand Delanoë.

«Le symbole est important. Paris se conjugue au féminin et en vert. C’est cela, malgré toutes les critiques, la modernité de notre ville» expliquait ces jours en campagne son allié et adjoint écologiste, David Belliard. En 2014, l’actuelle maire l’avait emporté au second tour contre son adversaire Nathalie Kosciusko Morizet. 

Les trois candidates ont avancé leurs arguments lors d'un débat télévisé mercredi 17 juin, un débat animé par deux journalistes... masculins.

Duel au féminin à Marseille

Autre refrain au féminin sur la Canebière et sur le Vieux-Port, où le duel entre les deux candidates à la mairie de Marseille, laissée libre par le départ de l’historique Jean-Claude Gaudin (maire depuis 1995) est en train de tourner à la guerre ouverte, sur fond de malversations sur les procurations.  

A droite, Martine Vassal: la dauphine de Gaudin, longtemps donnée favorite. Très à gauche: Michèle Rubirola, à la tête d’une liste d’union soutenue par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Plus qu’un affrontement: un duel de deux itinéraires dans le grand port méditerranéen où une femme n’a jamais dirigé l’Hôtel de Ville.

Entrepreneuse, diplômée de l’Ecole de commerce de Marseille, Martine Vassal mise sur la peur du «péril rouge» dans cette ville où la gauche radicale rime avec les syndicats d’éboueurs ou les dockers du port, souvent en grève.

Médecin généraliste, petite-fille d’immigrés espagnols, Michèle Rubirola est son antithèse. «Son» Marseille est celui des quartiers populaires dans lesquels elle a exercé. Or le Covid-19 est passé par là. La popularité du professeur Didier Raoult, le médecin épidémiologiste directeur de l’Institut Méditerranée Infection, a fait de la santé un enjeu majeur. Avec, en arrière-plan, l’ouverture, début juin, d’une enquête préliminaire pour «faux et usage de faux» sur l’utilisation, par l’équipe de la candidate de droite – qui a démenti et s’est distanciée de ses pratiques –, de «procurations simplifiées» permettant aux personnes âgées dépendantes de voter plus facilement…

Martine Aubry, symbole des femmes en politique

Une autre femme politique française est dans la ligne de mire de ces municipales dont le second tour, trois mois après le premier, sera naturellement influencé par l’épidémie et les polémiques sanitaires qu’elle a engendrées: la maire socialiste de Lille, Martine Aubry.

La fatigue électorale joue pour les femmes comme pour les hommes.
Pierre Mathiot, politologue

En place depuis 2001, l’héritière de «l’éléphant socialiste» et ancien premier ministre Pierre Mauroy, fille de l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, incarne depuis deux décennies la place des femmes en politique en France.

En 2001, sa victoire lilloise est symbole de renouveau: «Son dilemme aujourd’hui est qu’elle est devenue logiquement un cacique. La fatigue électorale joue pour les femmes comme pour les hommes. Le facteur féminin va-t-il jouer face à son adversaire l’écologiste Stéphane Baly? C’est à voir», note le politologue Lillois Pierre Mathiot. Martine Aubry a totalisé 39% des voix au premier tour. Son concurrent Stéphane Baly, un ingénieur spécialiste de l’énergie et du climat, tête de liste écolo a recueilli 37% des voix. La candidate macronienne Violette Spillebout, arrivée troisième et qui se maintient, fut… la directrice de cabinet de la maire sortante (17,5 % des voix au premier tour).

A Marseille, à Lille, à Paris, les batailles entre femmes sont tout aussi redoutables et dures que celles où les hommes s’affrontent.
Johanna Rolland, maire de Nantes sortante

«A Marseille, à Lille, à Paris, les batailles entre femmes sont tout aussi redoutables et dures que celles où les hommes s’affrontent» reconnaissait, en mai, la maire de Nantes sortante PS, Johanna Rolland, bien placée pour être réélue dans sa ville.

Une certitude: pour devenir «Madame le maire», en France, les candidates doivent se battre avec autant de rudesse que leurs adversaires ou prédécesseurs masculins.