Terriennes

Municipales en France : Marie Cau, transgenre et maire

Marie Cau est devenue samedi 23 mai 2020 maire de Tilloy-lez-Marchiennes, village de 500 habitants dans la région lilloise du nord de la France. A 55 ans, elle devient la première maire transgenre du pays. 
Marie Cau est devenue samedi 23 mai 2020 maire de Tilloy-lez-Marchiennes, village de 500 habitants dans la région lilloise du nord de la France. A 55 ans, elle devient la première maire transgenre du pays. 
©FB/Marie Cau

Sa liste était arrivée en tête lors du premier tour des municipales. Confinement oblige, il a fallu attendre deux mois pour que le conseil municipal de Tilloy-lez-Marchiennes, petit village du nord de la France, la choisisse comme maire. Agée de 55 ans, mère de trois enfants, Marie Cau, devient la première maire transgenre du pays et peut enfin fièrement arborer son écharpe tricolore.

"Félicitations, Madame le maire, on vous souhaite du courage!", lance un quinquagénaire enthousiaste, dans la rue principale de ce village de 550 habitants. "Du plaisir à travailler, pas du courage!", réplique en riant Marie Cau, écharpe tricolore ceinte, devant la petite mairie de briques.

Ils n'ont pas voté pour moi parce que je suis transgenre, ni contre, ils ont voté pour un programme et des valeurs.
Marie Cau

Aux élections municipales du 15 mars, sa liste "apolitique", baptisée "Décider ensemble", a remporté entre 63,5% et 73,1% des suffrages en fonction des candidats, avec un taux d'abstention de seulement 32% (plus de 55% au niveau national).
 

"Toute la liste a été élue", se réjouit-elle, le regard bleu et assuré et "pas du tout surprise du résultat". Lassés par 20 ans d'immobilisme et "un village un peu endormi, où le lien social avait disparu, les habitants voulaient du changement", analyse-t-elle. "Ils n'ont pas voté pour moi parce que je suis transgenre, ni contre, ils ont voté pour un programme et des valeurs".

Ingénieure, titulaire d'un diplôme de technicien agricole et d'un BTS horticole, Marie Cau se décrit avant tout comme une cheffe d'entreprise "à la fibre agricole et environnementale".

Et dans cette commune rurale, les habitants "ont été sensibles à la volonté de préserver au maximum l'environnement, développer l'agriculture durable, la solidarité, l'économie locale à travers les circuits courts, les emplois de proximité...", détaille-t-elle.

Jamais élue auparavant, l'édile "démarre avec une feuille blanche, un budget quasi-nul, une école pas encore rouverte et beaucoup d'autres défis liés au coronavirus. Mais avec une dream team" d'une "grande mixité d'âge, d'origine, et de genre".

Recréer du lien, peu importe le genre

Son genre à elle, "ça n'est pas l'important ! Elle vit ici depuis 20 ans, on voit comment elle travaille. S'ils réussissent à recréer du lien, de l'animation, c'est tant mieux pour Tilloy !", commente Hervé Fontanel, un habitant. "Ca crée du renouveau et on parlera plus du village !", renchérit sa voisine Marie-Josée Godefroy.

Cette situation devrait être dans la normalité, puisque les gens votent pour une équipe et un projet.
Marie Cau

Depuis le début de sa transition il y a 15 ans, Marie Cau n'a vécu ici "ni discrimination, ni brimades": "c'est rare, les gens sont bienveillants, malgré quelques maladresses", confie-t-elle. Si elle doit encore accomplir les démarches administratives pour modifier son état civil, elle utilise déjà couramment son troisième prénom de naissance "et les gens le respectent".

Dans Le Parisien, elle explique qu'elle n'a pas eu à changer de prénom car Marie est son troisième prénom de naissance, "Je l'utilise couramment depuis deux ans comme le Code civil m'y autorise". Depuis 2016, les personnes transgenres n'ont plus à se justifier par des documents médicaux mais doivent toujours passer devant un tribunal pour obtenir un changement d'état civil.

De nature discrète, "pas militante", "elle n'a pas eu de tabou, a parlé d'elle aux habitants qui posaient des questions" pour clore le sujet et "se concentrer sur l'action municipale", explique sa compagne et conseillère municipale Nathalie Leconte, "surprise de l'énorme médiatisation de l'élection".

"Cette situation devrait être dans la normalité, puisque les gens votent pour une équipe et un projet", juge Marie Cau, attendant impatiemment "le jour où ce sera devenu un non-évènement". Elle reconnaît toutefois que son élection peut contribuer à "banaliser les choses", montrer "que les personnes transgenre peuvent avoir une vie sociale et politique normale".

La secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa a tenu à saluer et féliciter l'élection de Marie Cau sur son compte twitter, tout comme plusieurs associations. Pour la co-présidente de SOS Homophobie Véronique Godet, cette "première va marquer l'histoire des personnes trans et de la politique française".

"On note aujourd'hui que beaucoup de personnes trans sont dans un processus d'émancipation, commencent à occuper des espaces publics dans lesquels elles étaient autrefois niées, avec la volonté de rendre progressivement invisible le genre, pour qu'on voit ce qu'elles apportent au collectif", s'enthousiasme de son côté Giovana Rincon. La présidente d'Acceptess-T espère "voir ce type de progrès se démultiplier, jusqu'à ce qu'on élise un maire trans dans une grande ville comme Paris".

Sur les réseaux sociaux, nombreux.ses ont voulu aussi féliciter l'arrivée de la nouvelle mairesse. "Bonjour Madame, je ne vous connais pas mais votre élection me laisse à croire que peut-être en France la tolérance, le vivre ensemble et le respect ne sont pas des territoires perdus. J'ai une petite fille à qui j'explique tous les jours que les êtres humains sont tous différents et que cette différence fait leur richesse, pas un motif d'exclusion ou de haine. Merci pour l'espoir et l'exemple et félicitations !", commente un.e internaute sur sa page Facebook. 

Pas sûr que Marie Cau souhaite qu'on la cantonne à un rôle de porte-drapeau. Son rêve à elle c'est plutôt, comme elle le dit elle-même, "de bâtir un village exemplaire, démontrer que de simples citoyens peuvent faire ici des choses qu'un gouvernement tout en haut n'arrive pas à faire".

Outre l'écologie et lien social, Marie Cau a montré tout au long du confinement son engagement de proximité pour combattre la pandémie en relayant les appels à fabriquer des masques, ainsi que pour la lutte contre les violences conjugales.