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#NousToutes : marée violette en France contre les violences faites aux femmes

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue ce 23 novembre 2019 dans les villes de France. Une deuxième marche contre les violences faites aux femmes plus radicale, plus politisée, plus masculine, aussi, que celle de l'année dernière - une tendance qui révèle une prise de conscience de la gravité du phénomène.

"Agresseur, harceleur, t'es foutu, les femmes sont dans la rue" : des dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé samedi dans toute la France pour dire stop aux violences sexistes et sexuelles, une marée violette pour peser sur le gouvernement à deux jours de la fin du Grenelle lancé contre ce fléau.

"Dans 32 féminicides, c'est Noël"

Depuis le début de l'année 2019, au moins 116 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un décompte et une étude au cas par cas menés par l'AFP, tandis que la page Facebook Féminicides par compagnons ou ex en recense déjà 137. 

En 2018, le chiffre avait atteint 121 femmes victimes, selon le ministère de l'Intérieur. "Dans 32 féminicides, c'est Noël", pouvait-on lire sur une pancarte dans le cortège parisien, composé de femmes en majorité mais aussi d'hommes. L'ambiance était à la fois festive et empreinte de gravité.

A Paris, derrière la banderole de tête tenue par l'Union nationale des familles de féminicide (UNFF), plusieurs personnes portaient des pancartes affichant la photo de leur proche tuée.

Egalement en tête du cortège, de nombreuses personnalités menaient le défilé parisien. Parmi elles, les comédiennes Muriel Robin, Alexandra Lamy, Julie Gayet, Sandrine Bonnaire et Eva Darlan, ou encore Vincent Trintignant - le frère de la comédienne Marie Trintignant, morte suite aux coups portés par son compagnon, le chanteur Bertrand Cantat en 2003.

Muriel Robin estime qu'après une telle mobilisation "qui réunit tout le monde, hommes, femmes, notre président sera obligé de s'exprimer et il devra prendre des mesures" :

Une grande banderole s'élevait contre une "justice complice", tandis qu'une multitude de pancartes proclamaient: "Ras le viol", "Féminicides, pas une de plus", "Brisons le silence, pas les femmes", "Qui ne dit mot ne consent pas", "On ne tue pas par amour" ou encore "Aux femmes assassinées la patrie indifférente". Si la protestation visait en priorité le féminicide, elle ciblait aussi toutes sortes de violences sexuelles et sexistes.

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Dans le cortège, les personnes LGBTQ+ clamaient leur force et leur fierté d'être "Queer, radicales et en colère".

L'occasion aussi pour les militantes Femen, comme à leur habitude poitrines dénudées, d'exprimer leur colère, en annonçant "la mort du patriarcat". 

Les militantes féministes du mouvement Femen, sur les marches de l'Opéra de Paris, lors de la marche du 23 novembre 2019 contre les violences sexistes et sexuelles en France.
Les militantes féministes du mouvement Femen, sur les marches de l'Opéra de Paris, lors de la marche du 23 novembre 2019 contre les violences sexistes et sexuelles en France.
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Vers 18 heures à Paris, les manifestant.e.s sont peu à peu arrivé.e.s en vue de la place de la Nation. C'est de là qu'Isabelle Mourgère tire un premier bilan de cette marche en direct dans le 64' de TV5MONDE : 

Vague violette partout en France

Pendant le défilé de ce 23 novembre 2019, la police, interrogée par Terriennes, annonçait environ 25 000 participants à Paris. En province, la police ou les préfectures dénombraient 5 500 manifestants à Lyon, 2 000 à Rennes, 1 650 à Strasbourg, 1000 à Bordeaux...

A Strasbourg, la manifestation a été marquée par un moment fort : le témoignage des deux enfants et de la soeur d'une femme tuée par son compagnon. Tous sourds-muets, ils se sont exprimés en langue des signes, avec une interprète qui traduisait pour la foule, suscitant une très forte émotion. Rappelons que les femmes handicapées sont particulièrement vulnérables, comme l'exprimait Catherine Zlatkovic, première femme sourde à gagner un concours d’éloquence, le Prix Gisèle Halimi de la Fondation des Femmes, en septembre 2019.

Le cortège bordelais, lui, était rythmé par les percussions d'une batucada "féministe", et les premiers rangs étaient réservés aux femmes. "Ce sont les femmes qui sont en tête, on est quand même les premières concernées, il faut donc qu'on nous entende et qu'on nous voie. D'habitude on est invisibles. Les hommes peuvent se mettre avec nous derrière, ce n'est pas une ségrégation", explique Claire Chartier-Grimaud, du Collectif bordelais du droit des femmes. Une minute de silence a été observée à la mémoire de Safia M., mère de quatre enfants poignardée à mort le 21 octobre par son ex-conjoint dans un quartier populaire de la ville. Elle a été suivie par une "minute de cris", pour que les participantes puissent "hurler leur colère".

Le collectif #NousToutes a globalement pointé un "manque de moyens" et une "absence de réponse à la hauteur de la part du gouvernement". Il réclame un milliard d'euros par an pour la lutte contre les violences faites aux femmes, alors que le budget qui lui est consacré est de 361,5 millions d'euros, selon des chiffres du secrétariat d'État à l'Égalité femmes-hommes.

Cette mobilisation survient juste avant la clôture lundi du "Grenelle contre les violences conjugales", lancé début septembre. Le Premier ministre Édouard Philippe, accompagné d'une douzaine de membres du gouvernement, doit y annoncer ou confirmer une quarantaine de mesures, dont celles dévoilées au lancement de ce chantier le 3 septembre. Parmi les mesures attendues: l'inscription dans la loi des violences psychologiques, afin de mieux les repérer et sanctionner, ou encore la levée partielle du secret médical pour permettre aux médecins d'alerter les autorités judiciaires (avec ou sans l'accord de la victime, ce qui crée déjà une polémique).

Colleuses d'affiches 

Voici plusieurs semaines, déjà, que les organisatrices oeuvrent à la préparation des pancartes et banderoles portant des slogans choc, et que la mobilisation contre les violences sexuelles et les féminicides s'affiche sur les murs de Paris. TV5Monde est allé à la rencontre des jeunes femmes qui ont voulu agir contre les violences faites aux femmes avec leurs mots  :

Le point de vue des Tunisiennes

La militante féministe tunisienne Nadia Chabaane a décidé de relayer la parole des femmes tunisiennes et du collectif #EnaZeda, le #metoo des Tunisiennes. Elle était l'invitée de TV5Monde :