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#NousToutes : raz-de-marée féministe contre les violences sexistes et sexuelles

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© TV5MONDE

Plusieurs dizaines de milliers de femmes, mais aussi d'hommes ont répondu à l'appel du collectif #NousToutes, déferlant dans la rue ce 24 novembre en France, à la veille de la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes. Un défilé tout en mixité et tout en couleur... violette.

Samedi 24 novembre 2018, 14h30, au coeur de Paris, à l'heure du shopping et des premières courses de Noël, le cortège quitte la place de l'Opéra en direction de République. Foulards, bonnets, manteaux ou banderoles, un seul signe de ralliement : le violet, éternelle couleur des suffragettes et des féministes.

Une mobilisation inédite dans son ampleur en France, comme s'en félicitent les organisatrices du collectif #NousToutes :

Pour dire l'évidence, les manifestants brandissent des pancartes souvent humoristiques,  à commencer par l'omniprésent "Ras le viol", mais aussi "Qui ne dit mot ne consent pas","La planète ma chatte : protégeons les zones humides", "La correspondance entre ta main et mon cul n'est pas assurée", etc.


Des centaines de syndicalistes, membres de partis politiques et personnalités d'horizons divers ont rejoint le cortège, parmi lesquelles les comédiennes Muriel Robin, Eva Darlan, Vanessa Demouy et Juliette Arnaud. "Je suis là pour soutenir toutes les victimes et continuer ce combat qui a commencé bien avant moi", déclare, foulard violet au bras, Muriel Robin, qui avait réuni plus d'un millier de femmes à Paris en octobre contre les violences conjugales.

Des personnalités, des militantes mais aussi des anonymes font partie du cortège. Des milliers de victimes venues crier leur colère au grand jour, comme Annie, 67 ans, du Havre, qui a vécu trente-deux ans avec un tortionnaire qui l'a violée, droguée pour la violer, qui a invité ses copains pour la violer. Aujourd'hui, Annie veut protéger les autres de ce qu'elle a vécu : "Je ne veux pas que mes filles, mes petites-filles subissent la même chose ! Quand on entend dire à la radio qu'un homme a tué par amour, je dis NON, un homme ne tue pas par amour, il tue parce qu'il veut tuer c'est tout."

Maryne a 27 ans. Elle travaillait dans la police à Fécamp, où elle a été victime de violences sexuelles de la part d'un supérieur hiérarchique. Il a été condamné, mais il exerce toujours. Ses paroles font écho au violent coup de gueule des manifestants du cortège parisien contre la police : 


Laetitia, du Havre, défile lunettes de soleil sur le nez, le visage dissimulé sous un chapeau. Aujourd'hui encore, elle subit les menaces de son ex-compagnon qui lui a infligé des violences conjugales pendant des années. Elle continue d'avoir peur, surtout pour ses enfants, car leur père a obtenu le droit de les prendre pendant les vacances. Des périodes qu'elle vit à chaque fois comme un cauchemar, la peur au ventre.

Assa Diallo, de la Maison des femmes de Saint-Denis, est bien placée pour savoir de quoi elle parle : "Il y a trop de femmes violentées. Le phénomène #Metoo n'a rien changé. Récemment, dans le métro, j'ai vu une jeune femme se faire taper dessus par son petit copain. S'il ose faire ça dans le métro, imaginez à la maison ! Nous avons besoin de soutien, nous les femmes, car nous devons pouvoir décider pour nous-mêmes". 

Et les hommes dans tout ça ?

Parmi les féministes, une majorité de femmes, mais aussi de nombreux hommes. Pour Tanguy, un étudiant de 19 ans de Rennes : "C'est un mouvement qui n'a pas de sexe. Ce n'est pas un combat des femmes contre les hommes mais un combat des hommes et des femmes, ensemble, contre les inégalités". 

Macan vient du Mali. Ce samedi, il est venu défiler à Paris. Il trouve que c'est bien qu'il y ait des hommes, même s'il ne sont pas encore assez nombreux, venus défendre la cause des femmes : "Il faut que cela change. Il faut aussi que les gouvernements engagent de véritables actions. C'est à eux de décider du changement. Moi je respecte ma mère, ma femme, ma fille, c'est pour ça que je suis là, sans les femmes, nous ne sommes rien !"

Ce jeune manifestant rencontré du côté de la place de la République, à Paris, ne dit pas autre chose :

A Paris, la gent masculine était cependant exclue d'un petit espace non-mixte pour rassurer des "femmes victimes de violences diverses qui ne se sentaient pas à l'aise à l'idée de défiler avec des hommes autour d'elles", comme nous l'a expliqué Marion Schaeffer, l'une des membres du comité organisateur de la marche. Une initiative critiquée sur les réseaux sociaux, y compris par des militantes féministes, et qui n'a attiré que cinq personnes, selon la responsable.

De la prise de conscience aux financements

Né en septembre et appuyé par plusieurs associations, le mouvement #NousToutes entend "passer du témoignage à l'action", un an après #MeToo, qui a fait bondir de 23% le nombre de cas de violences sexuelles signalées à la police. Il y a un an, le président Emmanuel Macron avait décrété l'égalité femmes/hommes "grande cause du quinquennat", lors d'un discours à l'Élysée.

En France, en 2016, 123 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit environ une tous les trois jours. Chaque année, près de 220 000 femmes subissent des violences de la part de leur conjoint ou ex-compagnon, selon des chiffres 2017 officiels. En outre, plus de 250 femmes sont violées chaque jour, et une sur trois a déjà été harcelée ou agressée sexuellement au travail.

Mais "s'il n'y a pas d'argent, les politiques publiques ne suivront pas", prévient Caroline De Haas. "En Espagne, ils ont sorti un milliard d'euros supplémentaire en cinq ans pour en finir avec les violences. En France, il faudrait deux milliards". Marie Cerveti est la directrice du FIT (une femme, un toit), le seul centre d'accueil uniquement réservé aux femmes victimes de violences sexuelles en région parisienne. Chaque année, elle refuse 400 femmes par an, tant son association est débordée. Ce samedi, elle plaide la cause des femmes en détresse : 

Les fonds consacrés à aider les femmes victimes de violences conjugales devraient être portés à au moins 506 millions d'euros par an, contre 79 aujourd'hui, ont plaidé cinq organisations, dont la Fondation des femmes, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Le coeur de la guerre, encore et toujours, passe par les financements, comme nous  le rappelle Caroline De Haas : "On est là aujourd'hui pour permettre une prise de conscience par les pouvoirs publics de l'ampleur du phénomène des violences sexuelles. C'est une première étape ! Maintenant, il faut obtenir des fonds !"

Liberté, égalité, sororité partout en France

A Marseille, Nantes, Lille, Rennes, Toulouse et dans d'autres villes de France, 20 000 manifestant.e.s se sont mobilisé.e.s ce 24 novembre. A Marseille, 1 500 personnes ont défilé, pour la plupart avec une touche de violet - foulard, boucles d'oreilles ou maquillage. "Malgré le mouvement #Metoo, dans les quartiers de Marseille, on ne parle toujours pas de ces sujets, c'est pourquoi c'est très important d'être là aujourd'hui", témoigne Manon Millet, directrice d'un centre social.

"Le sexisme tue", "tu n'es pas seule", "la rue est à nous toutes", "un non est un non", pouvait-on lire sur les pancartes lilloises, à côté de drapeaux de mouvements politiques (Générations, EELV) ou syndicaux (CGT et Sud).

A Toulouse, la manifestation entière a chanté d'une seule voix plusieurs slogans soigneusement préparés: "Fières, vénères, pas prêtes à se taire !", "Liberté, égalité, sororité", "Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule", "Taxer les cons, pas les tampons"...