Terriennes

"Octobre rose", lutter contre le cancer du sein : le dépistage en baisse à cause de la crise sanitaire

Des manifestants portant des seins gonflables protestent devant le siège de Facebook contre l'algorithme du géant des médias sociaux à Londres, le 1er septembre 2021. Objectif : que tous les tatoueurs médicaux et les survivants du cancer du sein puissent publier librement leurs images sans être bloqué.e.s et perdre leur compte.
Des manifestants portant des seins gonflables protestent devant le siège de Facebook contre l'algorithme du géant des médias sociaux à Londres, le 1er septembre 2021. Objectif : que tous les tatoueurs médicaux et les survivants du cancer du sein puissent publier librement leurs images sans être bloqué.e.s et perdre leur compte.
©AP Photo/Frank Augstein

Le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes. Comme chaque année, la campagne "Octobre Rose" mobilise ses troupes pour aider à financer la recherche et briser le tabou de la maladie. Cette année, l'accent est mis sur le dépistage, en chute de 10% en 2020 à cause de la crise sanitaire.

Oui, on peut guérir du cancer du sein, et oui, on peut aussi y laisser sa vie. Beaucoup trop, aujourd'hui, ne veulent entendre ou ne retiennent que la première partie de cette phrase. Une femme sur neuf contracte un cancer du sein au cours de sa vie. En 2020, on a recensé 2,3 millions de femmes atteintes de cette maladie et 685 000 décès par cancer du sein dans le monde.

Près de 58 500 femmes sont touchées chaque année en France, dont 12 100 en meurent. En 2021, une femme sur huit risque d’être touchée. Si les chances de survie s'élèvent à 89% lorsque le dépistage arrive au stade localisé, il n'en reste que 20% quand la maladie est dépistée au stade méthastasique. 

Ces chiffres, il faut les lire, il faut le dire. Chaque année, le mois d'octobre revêt la couleur rose, couleur de ralliement de la campagne médiatique "Octobre Rose" lancée en 1985 et destinée à sensibiliser l'opinion publique. Avec le mot-dièse #CesSeinsJyTiens, les internautes insistent surtout sur la nécessité du dépistage. Avec le philtre #JeTAimeJeTeProtege, ils et elles sont appelé-e-s à partager sur Instagram, leur engagement, et parfois leur expérience, en tant que patiente, survivante ou proche d'une malade. 

Pendant le premier week-end d'octobre, à travers toute la France, les comités des différentes associations de lutte contre le cancer du sein ont mené des actions, ateliers, marches ou "foulées roses". De nombreux autres événements sont programmés tout au long du mois. 

Dépister, la priorité

L’année 2020 marque un recul historique de 10% de la participation au dépistage organisé du cancer du sein : 42,8% seulement des femmes concernées y ont participé en France.

En cause : la crise sanitaire. "La Ligue souhaite s'engager pour mobiliser les femmes de 50 à 74 ans, et dire à ces femmes qu'il faut aller au dépistage. À cause du Covid-19, une femme sur huit sera touchée par le cancer du sein l'année prochaine", lance Natacha Lefebvre-Hiolin, directrice de la Ligue contre le cancer Essonne, sur franceinfo ce vendredi 1er octobre 2021, date du coup d'envoi d'Octobre Rose. "Plus on détecte tôt le cancer du sein, plus on a de chance de le soigner, la femme guérit dans neuf cas sur dix. Il ne faut pas attendre d'avoir un symptôme pour se faire tester", ajoute-t-elle. 

Cancer du sein : témoigner pour mobiliser

Sur le site d'Octobre Rose, Sloane, en traitement pour un cancer du sein témoigne : "À six mois de grossesse, je me suis rendue compte que mon sein droit avait un aspect bizarre. Je pensais que c’était lié à la grossesse, mais après plusieurs examens, on m’annonce que c’est un cancer ! Ma tumeur grossissait trop vite, les médecins ont choisi de la retirer, mais il était hors de question que je fasse de la chimiothérapie durant ma grossesse : je ne voulais pas ingliger ça à mon bébé. J’ai donc commencé la chimio quand mon petit garçon a eu trois semaines... Huit mois après, on me retirait mes deux seins alors que je n’avais que 31 ans. Aujourd’hui je n’ai plus de traitement, plus rien, mais mon combat continue car je suis en train d’accepter ce corps plein de cicatrices.", rapporte-t-elle. 

Aujourd’hui je n’ai plus de traitement, plus rien, mais mon combat continue car je suis en train d’accepter ce corps plein de cicatrices.
Sloane, soignée pour un cancer du sein

"Le cancer, c’est quelque chose qui me touche. Ma mère a eu un cancer, j’ai des tantes qui ont eu des cancers, j’ai moi-même été touchée... Même si ce que j’ai vécu a été très compliqué, le travail des chercheurs m’a permis de bénéficier de traitements adaptés à ma vie de maman. Quand je revois ma mère au début de son cancer, ce n’était pas du tout les mêmes prises en charge : il y a une réelle évolution".

Voici aussi celui d'Amélie, en vidéo :

Aider la recherche, accompagner les patientes

Près de 90% des patientes opérées d’un cancer du sein reçoivent une radiothérapie. Or celle-ci entraîne dans 5 à 10% des cas une complication à long terme : la fibrose radio-induite. Cette fibrose modifie la texture et l’apparence du sein, avec parfois des douleurs : l’impact est à la fois physique et psychologique.

"Aujourd'hui, il est essentiel d'améliorer la qualité de vie des patientes traitées par radiothérapie, car celles-ci développent des fibroses mammaires dans 5 à 10% des cas", explique Céline Bourgier, radiothérapeute et chercheuse à l'Institut du Cancer de Montpellier. Elle mène un essai clinique de traitement préventif, pendant et après la radiothérapie, chez les patientes atteintes de cancer du sein présentant un risque élevé de fibrose radio-induite. 

<em>"Sois plus que rose"</em> peut-on lire sur les panneaux numériques du stade d'Arlington dans le cadre d'une campagne de sensibilisation au cancer du sein avant un match de football entre les Panthers de la Caroline et les Cowboys de Dallas, dimanche 3 octobre 2021, à Arlington, au Texas.
"Sois plus que rose" peut-on lire sur les panneaux numériques du stade d'Arlington dans le cadre d'une campagne de sensibilisation au cancer du sein avant un match de football entre les Panthers de la Caroline et les Cowboys de Dallas, dimanche 3 octobre 2021, à Arlington, au Texas.
©AP Photo/Brandon Wade

Non, "tout n'est pas rose"

Aujourd’hui, près de neuf femmes sur dix guérissent de leur cancer du sein. Mais ce chiffre optimiste recouvre des réalités multiples : il n’y a pas un, mais des cancers du sein. Parmi eux, les cancers dits "triple négatifs" sont les plus difficiles à soigner. Au cours des quinze dernières années, aucune innovation thérapeutique n’a émergé pour la moitié des femmes qui rechuteront après leur protocole de traitement standard. 

15 à 20% des cancers du sein sont des "triple négatifs", les plus agressifs, à évolution rapide. Ils frappent souvent des femmes de moins de 40 ans. Aucune prise en charge spécifique n’existe à ce jour pour ces cancers, qui sont généralement traités par chimiothérapie. 

Le cancer du sein, 1er sur le podium mondial

Selon une étude publiée en février 2021 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le cancer du sein touche désormais davantage de patients dans le monde ; il dépasse même celui du poumon comme première cause de cancer à l’échelle mondiale. En termes de mortalité, le cancer du sein occupe la 5ème place. Autre constat : le nombre de femmes survivantes cinq ans après le diagnostic atteint aujourd’hui près de 8 millions, soit bien plus que pour tous les autres cancers.

S’agissant des taux d’incidence du cancer du sein, les femmes les plus touchées sont celles vivant dans les territoires à hauts revenus (Amérique du Nord, Europe). Comme le précise cette étude, sont en cause les grands facteurs de risque des pays développés, comme le tabagisme, l’alcool, la sédentarité et le surpoids. Ainsi les modes de vie typiques des pays industrialisés, par exemple le report des grossesses et le fait d’avoir moins d’enfants, ainsi que les niveaux plus élevés de surpoids et d’inactivité physique, augmentent-ils le risque de développer un cancer du sein.

Dans les pays en développement, l’incidence des cancers du sein reste moins élevée, même si elle ne cesse d’augmenter d’année en année. En Afrique subsaharienne, le cancer du sein est la première ou la deuxième cause de décès par cancer chez les femmes, dans la plupart des pays.

Lancée en 2014, une étude porte sur plus de 2000 femmes nouvellement diagnostiquées d’un cancer du sein dans cinq pays d’Afrique subsaharienne. "Ces femmes sont suivies depuis le diagnostic grâce à la technologie de santé mobile, avec un appel téléphonique tous les trois mois, pour recueillir des données sur l’ensemble de leur parcours de cancer du sein, depuis le premier symptôme jusqu’au diagnostic, au traitement et, malheureusement, souvent jusqu’à la mort", explique Milena Foerster, chercheuse postdoctorale du CIRC. De son côté, la docteure Pauline Boucheron espère avec cette étude "sensibiliser à la dimension sociale dévastatrice des décès par cancer du sein en Afrique subsaharienne, aux enfants et autres membres de la famille laissés pour compte, et au cycle de pauvreté qui les accompagne".

Pour citer le titre du film publié sur le site de l'institut Gustave Roussy  spécialisé dans la recherche du cancer du sein et, même si c'est pour la bonne cause, n'en déplaise à la Tour Eiffel, non, "tout n'est pas rose".