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Gisèle Halimi, un hommage national en attendant le Panthéon ?

Manifestation pour la "panthéonisation" de Gisèle Halimi, 11 octobre devant le Panthéon, à Paris.<br />
Image extraite du compte Twitter de Claire Charlès @ClaireCharls1
Manifestation pour la "panthéonisation" de Gisèle Halimi, 11 octobre devant le Panthéon, à Paris.
Image extraite du compte Twitter de Claire Charlès @ClaireCharls1

Par son action en faveur de la décriminalisation de l'avortement et la criminalisation du viol, l'avocate Gisèle Halimi a marqué son temps et changé la vie des femmes. Des dizaines de milliers de personnes réclament la "panthéonisation" de l'autrice de la plaidoirie de Bobigny. La France a prévu de rendre un hommage national à la militante début 2022 aux Invalides, tout en poursuivant l'étude de son entrée "Place des Grands hommes". 

Un "hommage national" sera rendu début 2022 aux Invalides à l'avocate Gisèle Halimi: les associations féministes se félicitent de cette décision annoncée par l'Elysée, mais beaucoup auraient préféré une entrée au Panthéon de la militante pour les droits des femmes, décédée en juillet 2020 à 93 ans.

"Sa farouche liberté, elle l'utilisa pour libérer les autres. Par ses combats pour l'égalité, Gisèle Halimi changea et change encore la vie de millions de femmes. En accord avec sa famille, la Nation lui rendra hommage début 2022 aux Invalides", a précisé Emmanuel Macron dans un tweet.

"Nous sommes très heureuses de cet hommage national. Cependant, reconnaître que des millions de femmes lui doivent beaucoup et ne pas considérer que c'est une raison valable pour entrer au Panthéon, c'est dommage", a commenté Violaine Lucas, présidente de l'association "Choisir la cause des femmes", que Gisèle Halimi cofonda avec Simone de Beauvoir en 1971. Cette association a lancé il y a plusieurs mois une pétition en ligne - signée à ce jour par plus de 35.000 personnes - pour demander l'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, qui oeuvra à la criminalisation du viol, et à la légalisation de l'avortement et de l'homosexualité.

L'annonce de l'Élysée a d'autant plus surpris qu'elle est arrivée au lendement de l'annonce de l'entrée au Panthéon de Joséphine Baker (1906-1975), artiste franco-américaine et résistante. Certain-e-s ont cru y voir un lien: "On accueille une femme noire à l'engagement et au parcours remarquables pour cacher le fait qu'on refuse celle qui a été dans le combat anticolonial", a ainsi fustigé dans Le Monde le député (ex-LREM) Aurélien Taché.

Contacté par l'AFP, Jean-Yves Halimi, l'un des fils de Gisèle, affirme cependant avoir reçu des assurances, de la part des conseillers du chef de l'Etat, que les deux dossiers n'avaient aucun lien. "La panthéonisation de Joséphine Baker n'a jamais été pour l'Élysée une solution alternative" (à celle de Gisèle Halimi), a-t-il dit, soulignant n'avoir "pas de raison de remettre en cause" ces assurances.

Retrouvez notre article >Le Panthéon va accueillir Joséphine Baker

"Une figure d'opposition à la guerre d'Algérie"

En janvier 2021, le rapport rendu par Benjamin Stora à l'Élysée sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie commandé par Emmanuel Macron, l'historien recommande de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon, comme "figure d'opposition à la guerre d'Algérie".

Mais selon des informations de France Inter, du 13 mai 2021, cette panthéonisation pourrait être compromise :"Il y a de fortes chances qu'Emmanuel Macron y renonce. En cause, l'engagement de Gisèle Halimi pendant la guerre d'Algérie". "La panthéonisation de l'emblématique combattante féministe et anticolonialiste est toujours en cours d'examen par la commission "Mémoire et vérité" mise en place par l'Élysée dans la foulée du rapport Stora", lit-on sur le site de la radio. Selon un conseiller, cité dans l'article, "L'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi serait pourtant l'occasion d'envoyer au passage un message à la gauche" à quelques mois de l'élection présidentielle, et de "mettre en lumière la grande cause du quinquennat", l'égalité entre les femmes et les hommes.

Une rebelle obstinée (...) qui a marqué l'histoire du féminisme et de notre pays.
Elisabeth Moreno, ministre à l'Egalité femmes-hommes

"La réflexion est en cours. C'est une décision qui exige que de nombreuses parties prenantes soient consultées. Auprès des acteurs, témoins ou dépositaires de tous les combats où Gisèle Halimi s'est engagée", commente une source proche de l'exécutif au lendemain des informations révélées par France Inter. La ministre chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, rappelle de son côté qu'elle "militait" pour l'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, cette "rebelle obstinée (...) qui a marqué l'histoire du féminisme et de notre pays". "Je reste déterminée dans cet objectif, même si je sais que les processus de panthéonisation peuvent être longs et complexes car ils nécessitent dialogue et consensus", ajoute la ministre.

Le procès de Bobigny, procès pour l'histoire

Mercredi 11 octobre 1972. Des militantes du Mouvement de libération des femmes manifestent devant le Tribunal de Grande Instance de Bobigny où va s'ouvrir le procès de Marie-Claire Chevalier, 16 ans, et de sa mère Michèle, qui a aidé sa fille à avorter suite à un viol. Défendue par l'avocate Gisèle Halimi, avec sa célèbre "plaidoirie de Bobigny qui a ouvert la voie à la légalisation de l'avortement en France, la jeune fille sera acquittée.

Dimanche 11 octobre 2020. Des militantes féministes d'associations de lutte pour le droit à l'IVG et les droits des femmes sont rassemblées devant le Panthéon, à Paris, pour demander l'entrée de Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet à 93 ans, dans le célèbre monument : "Nous sommes ici en ce jour anniversaire du procès de Bobigny car Gisèle Halimi, cette avocate et militante infatigable a changé nos vies; parce qu'elle a contribué à changer nos lois et de façon déterminante à écrire notre histoire, lance au porte-voix Danielle Simonnet, conseillère de Paris, écharpe bicolore en bandoulière. Nous souhaitons que cette grande femme entre au Panthéon. Nous sommes ici pour la remercier d'avoir combattu pour notre liberté, pour notre émancipation, et nous souhaitons que la République la remercie". Ecoutez Danielle Simonnet :

"Aux grandes femmes, la matrie reconnaissante"

"Notre histoire aussi a besoin de parité !", "Contre le racisme, le néocolonialisme, Gisèle on continue !", "Aux grandes femmes, la matrie reconnaissante !" scandent les militantes, alignées, en robes ou tenues noires, debout et portant des pancartes, devant une large banderole noire affichant le hashtag #GisèleHalimiAuPanthéon.

Elles rappellent tour à tour le combat de celle qui fut avocate et imperturbable combattante pour la cause des femmes et le droit à l'avortement, la criminalisation du viol ainsi que la cause anticoloniale, mais aussi députée et autrice. Paroles et refrains retentissent en fin de matinée à l'ombre du célèbre monument qui affiche sur son fronton : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante".

Claire Charlès pour l'association féministe les Effronté-e-s, rappelle que "seules cinq femmes pour 73 hommes reposent au Panthéon, ce qui n'est pas le reflet de la réalité car les femmes sont nombreuses à avoir fait l'histoire de France et toutes aussi nombreuses à être restées dans l'ombre... Il est temps de rétablir l'équilibre en faveur des femmes mais aussi des racisés et des Français d'Outre-Mer, il est temps de sortir de l'illusion d'une histoire uniquement faite par des hommes blancs... Nombreuses ont été les erreurs du gouvernement à l'égard des femmes, difficiles à pardonner, c'est l'occasion de les réparer, ce que vous ne manquerez-pas de faire en lui accordant cette distinction", dit-elle à l'adresse d'Emmanuel Macron - faute de l'hommage national promis par le président début septembre.

Une manifestation en ligne "ouverte à toutes et tous" se déroulait parallèlement à cette action toute la journée de dimanche "pour inonder les réseaux sociaux du hashtag #GisèleHalimiAuPanthéon". La pétition en ligne lancée pour réclamer la "panthéonisation" de Gisèle Halimi s'achemine désormais vers les 35 000 signatures.

Echos outre-Manche de cette journée d'action en faveur de l'inhumation de Gisèle Halimi au Panthéon :

En 2018, Simone Veil était la cinquième femme inhumée au Panthéon, après Sophie Berthelot, inhumée aux côtés de son mari le chimiste Marcellin Berthelot ; la physicienne Marie Curie ; les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2015. Le dimanche 22 août 2021, Emmanuel Macron annonçait l'entrée au Panthéon de l'artiste franco-américaine Joséphine Baker. D'autres noms sont sur la liste des candidates, comme la révolutionnaire féministe Olympe de Gouges ou Lucie Aubrac, grande résistante pendant la seconde guerre mondiale.