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Philippines: une journaliste renommée libérée sous caution

La journaliste philippine Maria Ressa (c) fait une déclaration aux médias après sa libération sous caution, le 14 février 2019 à Manille
La journaliste philippine Maria Ressa (c) fait une déclaration aux médias après sa libération sous caution, le 14 février 2019 à Manille
afp.com - Noel CELIS

La journaliste philippine Maria Ressa, l'une des "personnalités de l'année" du magazine Time, a été libérée sous caution jeudi, au lendemain de son arrestation pour diffamation condamnée à l'international.

Mme Ressa, 55 ans, dont le site d'informations Rappler est engagé dans un bras de fer avec le président Rodrigo Duterte, a passé la nuit en détention après son arrestation dans son bureau de Manille mercredi.

Elle est poursuivie pour diffamation, chef passible de 12 ans de réclusion, après avoir déjà été accusée, ainsi que son site, d'évasion fiscale. Rappler mène bataille contre la guerre antidrogue meurtrière menée par M. Duterte depuis son arrivée au pouvoir en 2016, lors de laquelle des milliers de personnes ont été tuées.

"On parle de deux choses, d'abus de pouvoir et du détournement de la justice", a déclaré la journaliste aux médias après avoir déposé sa caution dans un tribunal de Manille. "On assiste à la mort à petit feu de la démocratie", a-t-elle ajouté, visiblement émue.

Mme Ressa s'est acquittée de 100.000 pesos (1.700 euros). C'est la sixième fois qu'elle doit verser une caution pour éviter la détention au terme des multiples poursuites engagées contre elle.

Les condamnations internationales ont été immédiates. "L'arrestation de Maria Ressa est un scandale", avait déclaré Kathleen Carrol, présidente du conseil d'administration du Committee to Protect Journalists. "Elle doit être libérée immédiatement et le gouvernement philippin doit cesser ses attaques tous azimuts contre Rappler".

L'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright lui a également apporté son soutien. "L'arrestation de la journaliste @mariaressa est scandaleuse et doit être condamnée par toutes les nations démocratiques", a-t-elle dit sur Twitter.

Les nouvelles charges contre Mme Ressa découlent d'un article écrit en 2012 sur les liens supposés entre un homme d'affaires et le président de l'époque de la Cour suprême de l'archipel.

La plainte déposée par l'homme d'affaires avait initialement été rejetée en 2017 mais le dossier a ensuite été transmis au parquet.

Les poursuites à l'encontre de la journaliste résultent d'une loi controversée sur la cybercriminalité, réprimant la diffamation en ligne mais aussi le harcèlement ou la pédopornographie.

La défense de Mme Ressa fait valoir que l'article avait été publié des mois avant la promulgation de la loi - qui ne peut être rétroactive - mais le gouvernement argue qu'il tombe sous le coup de cette législation puisqu'il avait été actualisé en 2014.

L'homme d'affaires à l'origine de la plainte, Wilfredo Keng, a salué ces développements car le site "a détruit ma réputation et mis ma vie en danger".

Un certain nombre de médias sont dans le collimateur du gouvernement pour leur couverture critique, dont le journal Daily Inquirer et la chaîne ABS-CBN.

Le président a menacé de poursuivre leurs propriétaires pour fraude fiscale présumée ou de bloquer le renouvellement de la licence de la chaîne de télévision.

Certaines des voix les plus critiques contre la campagne présidentielle antidrogue sont derrière les barreaux, dont la sénatrice Leila de Lima, emprisonnée pour trafic de stupéfiants, des accusations montées selon elle de toutes pièces.