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Polémique en France autour d'une fête de la Rosière. Peut-on encore célébrer la vertu des filles en 2018 ?

(c) Wikipédia

Le 8 août 2018, le quotidien « Le Parisien » plaçait au centre de toutes les attentions Salency, une petite commune de 900 habitants. Et pour cause, cette commune de la région de l’Oise a créé la polémique en prévoyant de remettre en avant la cérémonie des Rosières, le 2 juin 2019. La fête créée en 1971 par Bertrand Tribout, président de la confrérie Saint-Médard, se targue en effet de célébrer la vertu des jeunes femmes. Oui, mais en 2018, que signifie être vertueuse ?

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La fête de la Rosière qui est à l'origine une cérémonie chrétienne, devenue par la suite tradition de la commune, représente aujourd'hui pour l’organisateur  « la célébration de la féminité des jeunes femmes ».
Fatima Benomar, fondatrice de l'association Les Effrontées
Fatima Benomar, fondatrice de l'association Les Effrontées
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Une célébration contestable mais surtout contestée par beaucoup d’associations féministes, comme les Effronté.e.s.

Elles y voient une fête qui prône « des principes passéistes puisqu’ils ne concernent que les femmes et qui célèbre leur vertu, leur modestie, leur sourire, tout ce que l’on demande plus facilement à une femme » confie Fatima Benomar, fondatrice de l'association. 

Célébrer la vertu, oui, mais c’est quoi ?

Cette tradition perçue comme sexiste vise principalement les jeunes filles, pré-pubères d’environ douze ans, le but étant à l’origine de célébrer leur vertu et leur virginité. La tradition remonte à 530, à Noyon, où l’évêque Saint-Médard, célébrait la vertu des femmes d’après une liste de critères tels que la modestie, le respect envers ses parents entre autres, et sa virginité. Les jeunes femmes étaient récompensées par une couronne de fleurs, 25 livres et un repas. Des notions qui, en 2018, restent tout à fait relatives et font débat.

Tout savoir sur les "Rosières" avec Terriennes : 
La promenade des vertueuses rosières

Un critère (ndlr, la virginité) que s’est empressé de démentir l’organisateur lors d’un reportage pour RT France. Pas de critère de virginité donc, mais une conduite qui se veut modeste, d’après la réputation que la jeune femme laissera dans son village. « C’est un critère insidieux car si c’est ce n’est pas objectif comme la virginité, à ce moment-là c’est quoi ? Ça va être plus ou moins lié à la réputation de la jeune femme, est-ce qu’elle sort avec des garçons, est-ce qu’elle a eu plusieurs copains, quelle est son orientation sexuelle ? C’est pire finalement car on ne sait pas exactement ce que c’est que cette vertu », un terme trop flou et dans le lequel on peut tout ranger finalement, constate encore Fatima Benomar. Une fête sexiste dont se défend aujourd’hui l’organisateur, qui explique qu'elle a pour objet de célébrer la « féminité des femmes du milieu rural ». Pas de quoi convaincre l’association les Effronté.e.s qui soutient la pétition en ligne lancée par le docteure Laélia Véron, pour demander l’annulation de cette fête.

Fête chrétienne sous couvert d’événement culturel ?

« Si la fête était présentée comme quelque chose de purement religieux, il y aurait eu une vraie résistance dans la société. La France tient beaucoup à la laïcité, il ne faut pas oublier qu’en France c’est un pays qui se targue de défendre les droits des femmes. Quand il y a un problème avec la mixité par rapport à d’autres religions on pointe du doigt le fait que la femme ne soit pas respectée. Cela aurait été mal vu de la présenter de façon décomplexée comme un événement religieux chrétien par rapport à la pureté des femmes. » explique Fatima Benomar. Un avis partagé par beaucoup d’internautes qui soulignaient le caractère à la limite du risible de l’événement, pas directement lié à son caractère religieux.

Le soutien logistique de la mairie : l’autre polémique

L’autre point « polémique » c’est que cette fête à caractère religieux devait être financée par le maire de la commune. Une initiative qui va à l’encontre de la loi de 1905 qui "sacralise" la laïcité et la neutralité des collectivités publiques en France. Mais aussi contraire à celle plus récente du 4 août 2014 impulsée par l'ancienne ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes qui prévoit que : « L'Etat et les collectivités territoriales, ainsi que leurs établissements publics, mettent en œuvre une politique pour l'égalité entre les femmes et les hommes selon une approche intégrée. Ils veillent à l'évaluation de l'ensemble de leurs actions. Des actions destinées à prévenir et à lutter contre les stéréotypes sexistes. » 

Une loi initiée pour encourager les municipalités à mettre en place des actions pour lutter contre les stéréotypes de genre et contre le sexisme. Le maire de la ville, Hervé Deplanque, qui suite à l’annonce de l’événement a reçu des centaines d’emails de plaintes, affirme aujourd’hui vouloir suspendre la cérémonie. Car beaucoup d’internautes pointent du doigt le fait qu’une fête religieuse soit financée par l’argent de la commune. Et le 22 août, le conseil municipal votait à l’unanimité l’annulation de l’aide de 1800 € promise à l’association. 

« Ce serait bien que l’argent du contribuable fasse plutôt des actions comme des cours contre le sexisme, sensibiliser à l’accès à la contraception sans avoir honte. Si la France veut être à la hauteur de ce qu’on voit constamment à la terre entière que la femme est libre. » commente la militante de 35 ans.


Avec cette fête on fait la promotion d'une certaine vision de la pureté
Fatima Benormar, fondatrice des Effrontées

« Encore une fois on profite d’une fête, de quelque chose de festif et traditionnel pour rappeler à l’ordre les femmes et récompenser leur comportement s'il est conforme à ce qu’on attend d’elle. On fait la promotion d'une certaine vision de la pureté », des critères anachroniques pour Fatima Benomar.

Une façon de penser que la féministe tente de déconstruire tous les jours sur le terrain auprès de jeunes femmes, dans les collèges et les lycées. « Encore aujourd’hui il y a la question de la réputation qu’une fille peut avoir dans un lycée, on essaye de leur faire comprendre que ce n’est pas parce qu’elles ont eu plusieurs petits copains par exemple, que cela fait d’elles des jeunes femmes moins ‘‘vertueuses ‘’. Alors si en plus on doit récompenser celles qui ont un comportement conforme à ce qu’on attend d’elles, c’est vraiment problématique ».
 
Aujourd’hui, la pétition qui circule en ligne a recueilli déjà près de 40 000 signatures, et le maire semble désormais bien hésitant à autoriser la célébration, une victoire pour Fatima Benormar qui se réjouit de cette réaction : « Il a pris conscience que quand même c’était l’argent du contribuable qui allait dans un événement sexiste et que c’était contraire aux valeurs de la République. » Un autre texte qui tente péniblement de soutenir la manifestation n'a pas encore atteint le millier de partisan.es...  
La décision d’annulation revient au conseil municipal qui organisera début septembre un vote, avant d’être soumis (ou pas) à l'approbation de la sous-préfecture.