Terriennes

Précarité menstruelle en France : des protections gratuites pour les étudiantes

protection périodiques, serviettes, tampons, dans un supermarché avec prix
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L'Ecosse et la Nouvelle-Zélande l'avaient déjà fait, et c'est en France, désormais, que des protections périodiques seront mises à la disposition de toutes les étudiantes. La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal promet une gratuité totale pour la rentrée 2021. Une mesure gouvernementale que les associations féministes et estudiantines réclamaient depuis des années.

C'est l'une des réponses du gouvernement à la précarité croissante des étudiant.es en temps de pandémie : dès la rentrée 2021, les jeunes femmes en études supérieures auront accès à des protections périodiques gratuites. Dans les semaines qui viennent, des distributeurs de serviettes et de tampons seront peu à peu installés dans les résidences universitaires des Centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (Crous), les services de santé universitaires, les lieux de passage des étudiantes... La ministre française de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, l'a annoncé le 23 février lors d'une rencontre avec des étudiant.es, à Poitiers. "On vise 1 500 distributeurs et une gratuité complète à la rentrée", annonce-t-elle :

Une étudiante sur trois en précarité menstruelle

A l'heure où beaucoup de jeunes sont confrontés à la précarité due à la crise sanitaire de la Covid-19, une étudiante sur trois aurait besoin d'aide pour acheter des protections périodiques, selon une étude réalisée début février par l'Association fédérative des étudiants de Poitiers, l'Association nationale des étudiants sages-femmes et la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) sur 6500 réponses recueillies.

La même étude conclut qu'une jeune fille en étude supérieure sur dix fabrique elle-même ses protections à l'aide de bouts de coton et de tissus par manque de moyens financiers, et que six étudiantes sur dix ont déjà manqué des cours ou le travail pendant leurs règles, de crainte d'une "fuite"et/ou à cause de crampes trop douloureuses. 

Alors pour Blandine, étudiante sage-femme à Poitiers, la gratuité des protections périodiques est loin d'être anecdotique : "Beaucoup doivent choisir entre manger ou s'acheter des protections périodiques, ce n'est pas normal. Dans le quotidien d'une étudiante, c'est important," réagit-elle au micro de nos confrères de France Inter. La gratuité des serviettes et tampons dans l'enseignement supérieur a été décidée en concertation avec différents acteurs - parlementaires, organisations étudiantes ou associations, comme Règles Elémentaires - précise la ministre Frédérique Vidal.
Le coût de cette mesure est évalué à 15 millions d'euros par an.

Budget : 100 euros par an

Les organisations étudiantes et féministes reconnaissent que la gratuité des protections périodiques pour les jeunes femmes qui poursuivent leurs études est un réel progrès et révèle une vraie volonté de lever le tabou des règles. L'Unef avait chiffré à 100 euros par an le coût des protections périodiques. "Il y a une volonté de ne plus cacher les distributeurs dans les toilettes, de les rendre visibles et accessibles à toutes et à tous, y compris les personnes non binaires et les hommes transgenres," se félicite Anna Prado de Oliveira, vice-présidente de la Fage, au micro de France Inter.

©ClaireSkinner via Twitter @AlbaneGaillot
©ClaireSkinner via Twitter @AlbaneGaillot

En 2015, après des mois de protestation de la part de collectifs féministes, le gouvernement français avait décidé d’abaisser le taux de la TVA sur le prix des protections périodiques de 20% à 5,5%, ces protections étant considérées comme des produits de première nécessité. Jusqu'à présent, les autres initiatives qui existaient en France restaient sur le terrain local ou solidaire.

En 2018, la Mutuelle des Etudiants décidait de rembourser à hauteur de 20 à 25 euros l’achat de protections périodiques. Depuis, certaines universités, comme celle de Lille, d'Evry, ou encore la Sorbonne, à Paris, distribuent gratuitement serviettes et tampons. Début février 2021, la région Ile-de-France annonçait que les facultés et les résidences étudiantes de la région seraient bientôt équipées en distributeurs gratuits de protections périodiques bio - les protections promises pour la rentrée, elles aussi, seront "respectueuses de l'environnement", selon le ministère.
En novembre 2020, les députés écossais faisaient oeuvre de pionniers dans le monde en votant à l'unanimité l'accès gratuit aux protections périodiques pour toutes les femmes afin de lutter contre la précarité menstruelle. C'est la députée Monica Lennon qui était à l'origine de ce texte de loi, voté quelque mois plus tard sous un gouvernement dirigée par une femme, la Première ministre Nicola Sturgeon.