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Presse jeunesse : «Kosmos», le monde par et pour les filles

La version suisse du magazine polonais destiné aux filles <a href="https://fr.kosmosmag.ch/" rel="nofollow" target="_blank">"Kosmos"</a> est publiée en deux langues, suisse alémanique et français. 
La version suisse du magazine polonais destiné aux filles "Kosmos" est publiée en deux langues, suisse alémanique et français. 
©Kosmos/capture d'écran

Un nouveau magazine destiné aux filles de 8 à 13 ans s’apprête à débarquer en Suisse, romande et alémanique, et donc dans les deux langues. Sur le modèle de sa version originale polonaise, «Kosmos» a pour ambition d'ouvrir le monde aux petites filles et pré-adolescentes. Un territoire qui restait à conquérir dans le domaine de la presse jeunesse helvétique. L'attente était forte : les quatre jeunes femmes à l'origine de ce projet croulent sous les pré-commandes du premier numéro.

«Stop, arrêtez de passer commande !» Le cri du cœur des quatre initiatrices de Kosmos, magazine pour filles (et pour le reste du monde) est lâché. A la rigolade, bien sûr. Il témoigne néanmoins de l’ampleur inattendue qu’ont prise la création de ce magazine et la charge qu’il représente pour celles qui mènent de front son lancement sur leur temps libre et leurs activités de traductrice, éditrice, journaliste, auteure ou encore libraire. «Au départ, on était naïves. On était simplement enthousiastes à l’idée de cette aventure commune», concède la journaliste alémanique Martina Polek, sous le regard amusé de ses consœurs, jointes par vidéoconférence.

[Aujourd'hui, c'est la #JournéeMondialedesFilles ! Pour les filles de ce monde, nous souhaitons qu'elles puissent se sentir en sécurité, soignées, valorisées. Nous souhaitons qu'ils aient accès à l'éducation et qu'ils puissent façonner librement leur vie en fonction de leurs intérêts et de leurs talents.]

Un magazine d’origine polonaise

Tout commence par une idée de Marta Kosinska, libraire polonaise installée depuis quatre ans à Bâle. Ses filles de 11 et 12 ans dévorent le magazine polonais Kosmos, un journal au contenu de qualité, pensé pour stimuler la créativité des préadolescentes et élargir leur horizon. Cheffe de projet chez Helvetiq, la Bâloise d’adoption rêve d’une revue similaire en allemand. «Je voulais que mes filles puissent se plonger dans la langue du pays, mais je n’ai pas trouvé d’équivalent», se souvient-elle. Réactions en chaîne, Marta s’ouvre à Martina, qui évoque l’idée à Laura, qui embarque dans son sillage Cyrielle. L’engouement est immédiat, l’excitation communicative.

Rapidement, les contacts sont pris avec la fondation qui gère l’édition polonaise de Kosmos, l’échange est fructueux, une licence est octroyée aux jeunes femmes installées en terres alémanique et romande. «Les initiatrices polonaises sont enchantées de voir qu’un pays comme la Suisse est intéressé par leur magazine. Elles sont fières de transmettre une vision progressiste de leur société», explique Marta Kosinska.

Faire rêver les filles en grand

Très proche dans sa ligne graphique de la version originale, le Kosmos suisse alliera des contenus sélectionnés dans les parutions polonaises et des articles dédiés aux spécificités helvétiques. Partageant leur passion pour les mots et leur amour d’une Suisse plurielle, les quatre acolytes miseront d’emblée sur une édition publiée en deux langues, de part et d’autre de la Sarine. Sans oublier la version italienne, qui suivra dès que les moyens le permettront.

«On est toutes fascinées par les richesses que ce pays peut offrir dès lors que l’on se familiarise avec plusieurs langues nationales. On a envie de réveiller la curiosité des jeunes pour les autres régions linguistiques en apportant un regard qui va au-delà des clichés», s’enthousiasme Cyrielle Cordt-Moller, la Romande de l’équipe qui travaille à la librairie L’Étage à Yverdon-les-Bains. «L’idée est d’encourager les échanges suprarégionaux, on pourrait même imaginer qu’un réseau se crée à travers ce magazine, via notre plateforme en ligne», embraie Laura Simon, éditrice bâloise et spécialiste des mots.

Fin décembre, le premier numéro de ce bimestriel sera consacré à la voix et entrera ainsi en résonance avec le jubilé en 2021 des 50 ans du suffrage féminin en Suisse. Ses articles y évoqueront la voix chantée, l’expression de la colère ou encore «le cri des couleurs» qui détaille les raisons de l’association entre le rouge et l’agressivité. Affranchi de stéréotypes liés au genre, écrit au féminin, Kosmos mise sur un contenu éditorial qui encourage les jeunes filles à rêver large et à adopter une posture conquérante. «Des études montrent qu’à l’âge de 9 ans, les jeunes filles ont beaucoup d’assurance et très peu de barrières. Mais dès 14 ans, cette confiance s’étiole et leurs perspectives d’avenir se réduisent», relève Laura Simon.

Ce magazine thématique qui paraîtra six fois l’an ambitionne donc de contribuer à briser certains carcans sociaux, sans pour autant totalement exclure un lectorat masculin. «Bien sûr, on espère que les frères liront le magazine en cachette. Mais notre but premier, c’est d’encourager les filles à être les actrices de leur vie», sourit Martina Polek.

Extrait du premier numéro de <em>Kosmos.</em>
Extrait du premier numéro de Kosmos.
©Kosmos/capture d'écran

Dans l’ère du temps

Début 2020, alors que ce nouveau venu de la presse jeunesse n’était encore qu’une utopie, la crise sanitaire a permis de précipiter la concrétisation du Kosmos helvétique. Alors que le monde s’est arrêté et que les agendas se sont vidés, les quatre jeunes femmes ont profité de cette «fenêtre qui s’est ouverte» pour peaufiner le concept, chercher les financements et créer une double structure d’association et de coopérative, qui devrait salarier deux postes et demi dès l’an prochain.

Le deuxième coup d’accélérateur a été donné en octobre lors du lancement d’un financement participatif. En moins de quatre jours, les 45 000 francs (41 400 euros environ) espérés étaient atteints. Face à cet engouement, l’équipe rehaussera son objectif et cumulera au final plus de 1700 contributions pour une somme totale à 120 600 euros. Inespéré, ce succès est confirmé par le nombre d’abonnements, qui ne cesse d’augmenter et suscite l’intérêt au-delà des frontières nationales. En Allemagne, en France et même en Finlande.

[Pour les filles fortes. Comment fonctionne la politique en Suisse? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de femmes au Palais fédéral pendant si longtemps? Que font les femmes en politique aujourd'hui? Les filles apprennent cela et plus encore dans un atelier ludique d'une demi-journée]

«C’est rassurant de voir que nous répondons à un besoin et que l’on vient combler un manque», se réjouit Cyrielle Cordt-Moller. Sourire radieux, la journaliste alémanique Martina Polek renchérit: «Surtout, les commentaires sont extrêmement positifs sur les réseaux sociaux, on sent que notre démarche répond à l’ère du temps.»